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La Lettre des Achats - Février 2017 N°257
Février 2017

Tendances

Entretien

Jean Delalandre - Délégué général du Comité Richelieu
« Nous tenons à ce que les Achats soient pleinement impliqués »

Par Guillaume Trécan

Jean Delalandre - Délégué général du Comité Richelieu

« Nous tenons à ce que les Achats soient pleinement impliqués »

L’association Comité Richelieu vient de publier un livre blanc dans lequel elle résume ses propositions pour améliorer la collaboration entre grands groupes et PME innovantes, fortes de plusieurs expériences réussies d’open innovation avec EDF, GRT Gaz ou encore Huawei France.

Quelles sont les initiatives développées par le Comité Richelieu en faveur du rapprochement entre grands groupes et PME innovantes ?

Depuis quatre ans le Comité Richelieu a développé des partenariats avec des grands groupes sur des actions qui visent à dynamiser l’écosystème de l’innovation. Nous le faisons avons avec EDF – avec déjà trois éditions de leur journée PME innovantes et des discussions en cours pour prolonger l’expérience – nous le faisons aussi avec GRT Gaz depuis cette année ainsi qu’avec Huawei. Nous sommes partenaires au niveau national de leur événement baptisé Digital In Pulse, un concours d’innovation pour lequel nous sommes notamment en charge d’un sourcing d’entreprises candidates. Nous sommes également partenaire de Huawei pour leur conférences fournisseurs innovants pour lesquelles nous identifions des entreprises innovantes capables de répondre à des thématiques qu’ils ont identité sur lesquelles ils ont des besoins non satisfaits. Nous avons aussi un partenariat avec la DGA (direction générale de l’armement), avec qui nous organisons des rencontres baptisées Business dualité destinées à favoriser la rencontre d’entreprises du secteur militaire avec des grands groupes du monde civil.
Enfin, nous organisons les rencontres Business SATT, dont l’objet est de connecter ces sociétés d’accélération et de transfert de technologies (SATT) issues du monde de la recherche publique avec le monde de l’entreprise. Nous avons dernièrement rassemblé sept SATT et 80 entreprises au sein du WAI Massy (espace de BNP Paribas dédié à l’innovation).

Quel est le degré d’implication des directions achats dans ces rencontres ?

Il est variable et dépend notamment de la manière dont l’entreprise est organisée. Avec Huawei par exemple, nous travaillons avec Huawei France mais les équipes achats innovants sont organisées à l’échelon européen, elles sont jusqu'ici présentes sur les conférences mais elles ne les pilotent pas. Au contraire de ce qui se passe chez GRT Gaz avec les Challenge Open Innovation. Avec EDF, ce sont les Achats et la R&D qui sont à la manœuvre. Avec la DGA, quand nous faisons venir des grands groupes, ils sont parfois représentés par des acheteurs mais pas toujours

Que préconisez-vous en la matière ?

Au fond, que l’acheteur pilote ou non ce type d’événement n’est pas la question. Mais inévitablement, à un moment donné il y aura acte d’achat et il faut donc absolument qu’il soit impliqué et présent. S’il n'est pas dans la boucle, l’opération ne sera pas bien ficelée. Nous tenons à ce que les Achats soient pleinement impliqués dans ce type d’opération, cela concourt aussi au travail d’acculturation qui est nécessaire au sein des grands groupes vis-à-vis des entreprises innovantes.

Comment définissez-vous le rôle du Comité Richelieu ?

Nous sommes un acteur de réseau. Les membres de notre association sont des start-ups, des PME et des ETI innovantes et nous jouons le rôle de tiers de confiance entre elles, les grands groupes et l’ensemble des acteurs de l’écosystème. Il y a une dimension militante derrière nos actions… militante dans le sens le plus noble du terme, au service du développement des entreprises innovantes. Nous souhaitons être une interface avec le plus grand nombre de groupes possible, français ou étranger. Notre qualité de tiers de confiance est aussi liée à notre liberté de parole, que nous exerçons notamment vis-à-vis des grands groupes, quitte à parfois dire des choses qui peuvent ne pas plaire.

Justement, quels messages leur sont adressés dans le livre blanc que vous venez de publier ?

Ce livre blanc contient un message qui s’adresse directement à eux sur une problématique d’innovation ouverte. Il faut bien sûr que les Achats soient impliqués, mais il est surtout essentiel que le top management soit un moteur. Si les directions des grands groupes ne sont pas convaincues de l’intérêt de l’innovation ouverte, il n’y a pas de raison que la base prenne la liberté de mettre en œuvre ce type d’actions. Pour cela, nous proposons que chaque conseil d’administration de grand groupe accueille un administrateur indépendant patron d’une start-up, d’une PME ou d’une ETI innovante. Nous ne voulons pas que ce soit une obligation imposée par la loi, mais que la Médiation des entreprises l’encourage à travers les chartes qu’elle fait signer, en y ajoutant cet engagement. En intégrant les conseils d’administration, ces patrons de PME y apporteront une fraîcheur et une réalité différentes et aideront à faire comprendre les préoccupations des PME innovantes. En retour ils intégreront sans doute mieux les contraintes qui sont celles des grands groupes.
Une autre de nos propositions s’adresse aux grands groupes, mais de manière plus indirecte. Elle concerne le crédit d’impôt d’innovation (CII) qui est une réussite indéniable. Nous demandons au pouvoir public que cette mesure réservée aux PME ne soit pas remise en cause. Aujourd’hui son taux s’élève à 20 % des sommes investies et il est plafonné à 400 000 euros. Le crédit impôt recherche (CIR), destiné aux grands groupes, s’élève quant à lui à 30 %. Nous demandons un alignement des conditions du CII et du CIR ainsi qu’un plafonnement à 1 million d’euros. Pour financer cette mesure sans coût supplémentaire pour la puissance publique, nous proposons que les groupes qui ont opté pour une consolidation fiscale de leurs résultats voient le cumul de leurs dépenses de recherche s’apprécier au niveau du groupe et pas filiale par filiale.

Quelles sont vos propositions concernant l’achat public ?

Nous demandons que l’objectif d’achats publics innovant qui a été fixé à 2 % soit rehaussé à 10 % et étendu aux Métropoles et aux Régions. Nous souhaitons aussi qu’il y ait un suivi et un contrôle de la réalisation de cet objectif.

Quelle définition retenez-vous pour les entreprises innovantes ?

Le Comité Richelieu retient que peut être considéré comme de l’achat innovant l’achat réalisé auprès de toutes les entreprises ayant le statut de jeunes entreprises innovantes et de toutes les entreprises qui investissent au moins 10 % de leur chiffre d’affaires dans la R&D et l’innovation.
Portrait
Jean Delalandre (34 ans, DEA de droit comparé et Master 2 de droit communautaire) est délégué général de l’association Comité Richelieu depuis février 2013. Il a auparavant exercé les responsabilités de conseiller défense et Europe du président de l’UMP de 2009 à 2013, après avoir été, entre 2007 et 2009, conseiller juridique à la direction des affaires juridique du ministère de la Défense.

Les autres propositions du livre blanc
•    Défiscalisation de la cote part des bénéfices des JEI (jeunes entreprises innovantes) affectés à leur fonds propres durant toute la durée de leur statut (huit ans).
•    Simplification des seuils d’attribution du statut d’entreprises de croissance.
•    Différenciation des mesures fiscales, sociales et réglementaires appliquées aux entreprises en fonction de leur nature exportatrice ou non.
•    Sanctuarisation du budget de Business France et rééquilibrage de sa présence internationale en fonction des besoins des entreprises.
•    Sanctuarisation du Pacte Défense PME, qui œuvre au rapprochement entre les sept grands groupes français du secteur de la défense et les PME.

Par Guillaume Trécan

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