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La Lettre des Achats - Décembre 2014 N°233
Décembre 2014

Tendances

Entretien

Noureddine Taktak - Directeur général de l’APII
« Les industriels tunisiens sortent de la relation donneur d’ordres, preneur d’ordres »

Par Guillaume Trécan

Noureddine Taktak - Directeur général de l’APII

« Les industriels tunisiens sortent de la relation donneur d’ordres, preneur d’ordres »

Pour le directeur général de l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation tunisienne les élections qui viennent d’avoir lieu dans son pays normalisent un contexte resté transitoire depuis la révolution du jasmin et vont permettre aux sous-traitants locaux de poursuivre leur essor.

Pouvez-vous nous présenter l’APII et ses missions

Cette agence gouvernementale a été créée il y a quarante ans pour promouvoir les investissements étrangers en Tunisie. Après s’être concentrée sur le secteur industriel et les services liés à l’industrie, elle est devenue dernièrement l’Agence pour la promotion de l’industrie et de l’innovation. Elle possède un siège à Tunis et des antennes dans tous les gouvernorats du pays, où elle joue un rôle d’assistance et d’orientation aux chefs d’entreprise. Elle propose des guichets uniques qui permettent à tout investisseur de constituer une société en moins de 24 heures. L’APII est aussi habilitée à octroyer les avantages offerts par l’Etat au secteur industriel. Nous sommes par ailleurs producteur d’information industrielle à travers la gestion d’une banque de données. Dans le cadre de nos missions, nous mettons en relation les entreprises tunisiennes avec leurs homologues d’autres pays. Nous avons également une structure d’étude de l’activité de nos branches et une dernière structure dédiée à l’innovation.

Vers quels métiers la sous-traitance industrielle s’est-elle développée ?

De très longue date, la Tunisie s’est investie dans le travail des métaux, dans des activités telles que la fonderie ou la mécanique, mais aussi ces dernières années dans l’électromécanique. Dans le secteur des industries électriques et électroniques à peu près toute la chaîne est couverte, depuis la conception et fabrication des composants, jusqu’à l’assemblage. Je pense notamment aux faisceaux de câbles, dont la Tunisie est le premier pays fournisseur pour l’Union européenne, après les pays de l’Union européennes eux-mêmes. Le troisième métier dans lequel la sous-traitance tunisienne est active est la plasturgie. Enfin le quatrième est celui du textile, d’abord pour l’habillement, puis pour nous démarquer de la concurrence chinoise, dans les textiles techniques destinés à des marchés de niche.

Qui sont les principaux secteurs clients ?

Les deux principaux secteurs qui ont contribué au développement de la sous-traitance tunisienne sont l’automobile et l’aéronautique. Aucun constructeur automobile n’est implanté en Tunisie, pourtant nous fabriquons 65 % des composants présents dans un véhicule. Les quatre métiers que j’ai cités sont concernés, y compris les textiles, qui fabriquent par exemple des airbags ou des housses pour les avions. Tous ces métiers se sont orientés de manière à pouvoir servir ces deux secteurs qui sont globalement en croissance, même si certains constructeurs automobiles, notamment en France, connaissent actuellement des difficultés.

Comment se situent les donneurs d’ordres français dans vos exportations ?

Dans l’industrie, notre premier client est l’Union européenne qui représente 90 % de notre clientèle et 90 % de nos clients européens sont français.

Comment vivez-vous le coup de frein actuel sur la croissance européenne ?

Les difficultés économiques de nos partenaires européens ont coïncidé avec les problèmes internes en Tunisie, qui vit depuis trois ans une transition politique. Dans ce contexte doublement pénalisant, notre industrie ne s’est pas développée, mais elle n’a pas non plus régressée. En attendant de meilleurs lendemains, nous devons parachever la période transitoire et faire les réformes attendues pout améliorer notre attractivité et permettre au pays de se remettre au travail.

Quelles réformes peut-on attendre du nouveau gouvernement ?

Beaucoup sont en cours, notamment en matière fiscale, mais l’essentiel reste à venir. Je pense par exemple à un nouveau code des investissements, à une nouvelle loi sur les partenariats publics privés… Il fallait attendre les élections pour faire ces réformes. Pour la période à venir une économie libérale ouverte sur l’extérieur est une nécessité, mais il faut aussi que l’Etat joue un rôle important pour le développement du pays à la fois en termes d’infrastructures et dans le domaine social. Les couches les plus démunies de la société doivent trouver leur compte dans le nouveau développement économique. Ce n’est qu’à travers des réformes qui tiennent compte de leurs capacités que le pays pourra se remettre au travail et sera plus attractif pour des investisseurs étrangers.

Dans cette période transitoire comment évolue votre offre industrielle, notamment vis-à-vis de vos clients français ?

Nous devons concevoir un nouveau positionnement – notamment en ce qui concerne nos relations avec la France – et développer la notion de colocalisation. La Tunisie conserve une situation privilégiée par rapport aux clients français du fait de ses coûts, de sa proximité, mais aussi de sa montée en gamme.

Comment se manifeste cette montée en gamme ?

Les industriels tunisiens sortent de la relation donneur d’ordres, preneur d’ordres et envisagent désormais de ne plus seulement se positionner en sous-traitants mais en co-traitants. Cela passe par exemple par le fait d’aider à la conception, de développer des projets innovants qui améliorent la compétitivité des produits, voire de proposer des produits finis. Nous devons pour cela développer nos capacités de prototypage et de design, mais aussi nous positionner sur de nouveaux métiers, tels que la plastitronique, ou encore le travail des métaux non-ferreux, la mécatronique, le traitement cryogénique. Ces nouveaux métiers ne répondront pas uniquement aux besoins des secteurs clients actuels mais ouvriront aussi d’autres débouchés, en particulier dans les énergies renouvelables et l’industrie pharmaceutique.
L’atout principal de la Tunisie pour cela est son capital humain. La majorité des Tunisiens sans emploi disposent déjà d’un diplôme du secondaire, nous devons assurer des formations professionnelles complémentaires pour qu’ils puissent investir ces métiers d’avenir. Parmi les aides accordées aux entreprises étrangères qui s’implantent sur son sol, la Tunisie met notamment en place des formations professionnelles dédiées pour répondre à leur besoin. Aérolia en bénéficie par exemple en ce moment.

Les donneurs d’ordres accompagnent-ils cette montée en gamme ?

Tout à fait. La France est le premier investisseur industriel en Tunisie et par ce biais les donneurs d’ordres se rapprochent de leurs sous-traitants. Une preuve que les grands groupes étrangers implantés y aident à la montée en gamme de nos sous-traitants, est qu’ils installent en ce moment des cellules de R&D.

Quels sont vos conseils pour un donneur d’ordres qui souhaite faire appel pour la première fois à de la sous-traitance tunisienne ?

Très souvent les entreprises qui font appel à de la sous-traitance tunisienne pour la première fois le font parce qu’elles affrontent des difficultés et qu’elles ont besoin d’obtenir des gains de compétitivité. Si j’ai un conseil à donner c’est : venez en Tunisie avant de faire face à des problèmes de compétitivité !




Portrait
Noureddine Taktak (59 ans, diplôme d’économie de l’université de Tunis) directeur général de l’APII depuis 2013. Il a fait toute sa carrière dans cet organisme. D’abord en région, à la tête d’un centre pour la création d’entreprises, puis dans l’appui au PME au sein de la Bourse des entreprises, avant de devenir directeur général adjoint de l’APPII en 2011. Il est également expert pour l’ONUDI et coordinateur de la charte nationale Euro-Méditerranée, rebaptisée dernièrement charte Euro-Méditerranée Small Business Act.

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