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La Lettre des Achats - Mai 2019 N°282
Mai 2019

Secteur Public

Interview

Lisa Eason - Présidente de la National Association of State Procurement Officers (NASPO)
« La préoccupation n°1 reste le recrutement »

Par Céline Bontron

Lisa Eason - Présidente de la National Association of State Procurement Officers (NASPO)

« La préoccupation n°1 reste le recrutement »

Lisa Eason est devenue cette année présidente de l’association Naspo (National Association of State Procurement Officers) qui regroupe les dirigeants des organisations achats de chaque Etat des Etats-Unis. Elle explique la professionnalisation de l’organisation mais aussi les enjeux des achats dans les Etats.

Pouvez-vous nous présenter l'association que vous présidez ?

Initialement créée pour les acheteurs publics de toutes collectivités, l’organisation, qui regroupait surtout des acheteurs des Etats, s’est recentrée et a pris le nom actuel. Aujourd’hui Naspo regroupe plus de 1 700 membres actifs. Elle est passée d’une assemblée de volontaires à une organisation professionnalisée qui propose des conférences, des services, de la formation et un réseau d’entre-aides et de bonnes pratiques à ses membres. Nous avons tous des outils et des maturités différentes : certains ont déjà un ERP efficient, d’autres non. Mais dès que quelqu’un a besoin d’aide, il va sur le forum de la communauté et peut parler à chacun des Etats.

Comment avez-vous créé Naspo ValuePoint ?

Dans les années 1990, beaucoup de membres de Naspo se posaient des questions sur l’évolution de la technologie et son influence sur les processus achats. Plusieurs Etats de l’Ouest ont décidé d’unir leurs efforts sur des événements de sourcing pour palier des manques de personnels, un peu comme un consortium. Chaque membre du groupe avait la possibilité de profiter des contrats réalisés dans le cadre du travail de sourcing. Le but était d’éviter de refaire la même chose et de gagner du temps. C’est ainsi qu’est né WSCA (Western States Contracting Alliance) composé des quinze directeurs achats des quinze Etats de l’Ouest. En 2013, Naspo a intégré WSCA et l’a élevé au niveau national, créant Naspo ValuePoint. Il faut dire qu’après des années de succès, d’autres Etats utilisaient déjà des contrats rédigés par WSCA au lieu de ré-inventer la roue à chaque fois.

Comment avez-vous fait en sorte que tous puissent bénéficier des contrats montés par Naspo ValuePoint ?

L’accord de participation autorise à réaliser des changements sur les termes et conditions qui peuvent être spécifiques à votre Etat. D’habitude, nous avons des besoins similaires. Mais si votre Etat a des lois spécifiques, il faut intégrer le groupe de travail qui travaille sur votre sujet pour pouvoir influer sur les clauses du contrat.

Quels sont vos objectifs en tant que présidente ?

Je viens de la comptabilité. Dans ma vie précédente, j’ai pu bénéficier de la formation continue pour évoluer et développer des compétences de leadership. J’ai une passion pour la formation. Je veux donc continuer à développer l’accès à la formation pour les professionnels de l’achat, et valoriser la professionnalisation. Et je veux également continuer à améliorer le service client. Cet objectif est d’ailleurs classé comme numéro 1 par les membres de Naspo. Le service client est toujours au cœur des politiques achats des Etats mais je voudrais mettre plus particulièrement en valeur ce thème, à travers des conférences, des partages d’expérience. La semaine prochaine, par exemple, nous organisons ce que nous appelons une Spark session, cela s’apparente aux TED talks*, dans laquelle de brillants directeurs achats vont nous parler du top 4 de leurs priorités pour leurs Etats mais aussi pour Naspo.

Les directeurs achats des Etats que vous regroupez, ont-ils des préoccupations communes ?

La préoccupation numéro 1 chez les directeurs achats des Etats demeure le recrutement. Trouver des professionnels de l’achat est un véritable défi. Il y a une très forte concurrence entre le secteur privé et le secteur public. Nous essayons de motiver les nouvelles recrues et quand nous réussissons à en trouver, les agences d’Etat veulent nous les prendre ! Et comme les agences proposent souvent un meilleur salaire, les recrues finissent par les rejoindre. Nous devons produire beaucoup d’efforts pour construire une relation pérenne. C’est pour cela que Naspo a créé une offre de formation. L’association s’est alliée avec certaines des plus grandes universités pour promouvoir les Achats, montrer que la profession est aujourd’hui valorisée et donner les clés pour pouvoir évoluer dans les Achats. Notre autre préoccupation commune est évidemment financière. Nos budgets sont toujours serrés.

Vos priorités sont-elles identiques dans votre Etat de Georgie ?

Nous avons les mêmes préoccupations. La rotation du personnel est un vrai défi. Nous devons organiser un planning de la relève car nos collaborateurs commencent à prendre de l’âge et à s’approcher de la retraite.

Quelles solutions avez-vous mises en place ?

Nous avons développé une académie du leadership. C’est une formation qui dure neuf mois, à raison d’un jour par mois. Le projet consiste à développer le leadership pour permettre aux collaborateurs de s’impliquer dans tous les services de l’Etat. Nous les exposons à tous le leadership à travers tout l’Etat et à l’intérieur de notre organisation. Nous avons mis cette formation en place avec l’université locale, l’an dernier, en trois mois ! J’ai eu l’opportunité de participer à une de ces formations et j’ai clairement vu les bénéfices. J’ai réuni mes cadres et nous avons décidé d’avancer vite. Tout le monde nous a suivis avec enthousiasme sur ce dossier. Pour y prétendre, les candidats ont dû déposer une candidature, montrer des dossiers ou des articles et passer un entretien. Nous avons eu dix personnes dans la classe sur les 46 acheteurs de mon service. C’est une belle réussite ! L’une d’entre elles est d’ailleurs déjà promue : mes collaborateurs peuvent voir les bénéfices de la formation. Initialement nous avions lancé l’académie du leadership pour mes équipes mais cette année, le Commissaire a voulu également l’étendre aux agences.

Comment fonctionnez-vous en Georgie ?

Nous travaillons principalement en contrats-cadres que les agences de l’Etat utilisent. Nous n’achetons pas directement pour elles. Nous avons cependant une unité de sourcing pour les agences, qui assiste ces clients internes dans la conduite des marchés complexes et au montant supérieur à un million de dollars. Cette unité peut soit conduire le marché pour les agences, soit proposer une supervision et permettre à l’agence de le faire elle-même. Cette unité a sourcé pour 153 millions de dollars en 2018. Et nous avons réalisé 19,7 millions de dollars d’économies pour 1,2 milliard de dollars d’achats à travers nos contrats cadres.

*Lancées dans les années 80, les conférences annuelles TED (Technological, Entertainment & Design) sont organisées par la société américaine The Sapling Foundation.
Portrait
Lisa Eason (Bachelor of Business administration, licence en comptabilité, Master en Business administration, Université de West Georgia, Etats-Unis) est présidente de Naspo et vice-commissaire de la division des achats de l’Etat de Georgie. Lisa Eason a commencé dans la comptabilité au Technical College System of Georgia, après un passage comme chef adjoint de l’administration du Technical College, elle rejoint l’Etat de Georgie au département des vérifications et de la comptabilité, puis au Bureau du commissaire aux assurances de Géorgie avant de rejoindre les Achats.

En chiffres
Etat de Géorgie
Montant des achats : 1,2 Md de $
Effectif achats : 46 personnes

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