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La Lettre des Achats - Février 2005 N°125
Février 2005

Interview

OLIVIER DEBARGUE - Directeur de la coordination des achats - France Télévisions
« Dégager des moyens pour les programmes »

Par la rédaction

OLIVIER DEBARGUE - Directeur de la coordination des achats - France Télévisions

« Dégager des moyens pour les programmes »

Depuis un an et demi, le groupe France Télévisions se penche de très près sur ses achats. D'ores et déjà, des réductions de coût de 15 % en moyenne ont été obtenues sur les achats traités et un système d'e-procurement est lancé. Coordinateur des achats du groupe, Olivier Debargue fait le point et dégage les grandes lignes de travail à venir.

Qu’est-ce qui a poussé France Télévisions à se pencher sur ses achats ?

France Télévisions est certainement l’une des entreprises publiques les mieux gérées. Nos comptes sont équilibrés et nos résultats bénéficiaires depuis cinq exercices consécutifs. L’entreprise a toujours été axée sur ses programmes mais depuis quelques années, nous nous mesurons aussi sur un bon équilibre entre grilles de programmes et objectifs de gestion. Nos objectifs sont d’ailleurs définis dans un contrat d’objectifs et de moyens (COM) passé avec l’État. Et nous les atteignons tous les ans. Pour nous, il s’agit aussi de bien utiliser l’argent public de la redevance. Ce que confirme le rôle essentiel accordé aux achats. Il y a environ deux ans, Marc Schwartz, alors directeur financier, a décidé de créer une coordination des achats pour le groupe. En juillet dernier, il a été nommé directeur général adjoint du groupe, en charge de l’ensemble des fonctions supports. Je lui suis toujours rattaché, ce qui confère aux achats une position stratégique, au plus près de la direction générale.

Comment s’est organisée la construction du service achats ?

Le travail sur les achats a d’abord commencé sur les programmes, avec la création d’une direction des achats de programmes en 2002. Le but est de mieux utiliser le levier de négociation apporté par l’effet groupe. Début 2003, la coordination des achats a été mise en place pour les achats de fonctionnement. J’ai alors rejoint le groupe avec des objectifs ambitieux. En effet, les moyens accordés à France Télévisions ne s’accroissent que modérément, malgré des investissements importants tels que la télévision numérique terrestre (TNT) cette année. Il nous faut donc trouver des financements par nos propres moyens, tout en restant positionné sur des créneaux coûteux comme le sport et le cinéma. Les économies liées aux achats dégagent des moyens pour notre cœur de métier, les programmes.

Cette situation a-t-elle  amené à une reconnaissance plus rapide de la fonction ?

Cela nous a conduits à bien positionner notre rôle et à conforter notre installation. Auparavant,  les achats étaient très décentralisés, sans organisation spécifique, avec de nombreuses personnes qui achetaient sans appartenir  à une organisation achats à proprement parler. De plus, les chaînes étaient autonomes dans leur fonctionnement. En 2001 et 2002, le groupe est vraiment devenu opérationnel. Nous avons ainsi pu commencer à rassembler autour de la table toutes les personnes concernées par l’achat, avec des objectifs communs. D’ores et déjà, notre volonté était de concilier intérêt général et intérêts particuliers. Pour faire des exemples, nous avons aussi tenu à sélectionner un nombre limité de sujets à fort enjeu financier : nous avons fait la démonstration de notre méthodologie, avec des contrats-cadres favorables au groupe et à chacune de ses entités. Avec nos résultats, nous avons gagné en crédibilité. Maintenant, certaines suggestions nous viennent des filiales, comme de notre direction technique qui n’était pourtant pas incluse dans notre périmètre initial.

À l’heure actuelle, quel est le périmètre de la coordination des achats ?

À mon arrivée il y a deux ans, la coordination couvrait les achats de fonctionnement et les investissements, pour des montant  respectifs de 170 et 52 millions d’euros. Notre périmètre s’est étendu aux achats de liaison et de transmission (émetteurs TDF, satellites), aux dépenses liées aux agences de presse et aux voyages. À l’heure actuelle, le montant couvert est de 470 millions d’euros, dont 200 pour les liaisons, 215 pour les achats de fonctionnement et 55 pour les investissements. Pour l’ensemble des achats, nous travaillons à la renégociation et à  l’établissement de contrats-cadres pour le groupe.

Quels résultats avez-vous obtenus ?

Il faut replacer ces gains dans le contexte plus large de notre contrat d’objectifs et de moyens, avec le lancement de Synergia.  Initié par le nouveau directeur financier,  Philippe Nicolas, ce plan vise à renforcer les synergies au sein du groupe. Nous en sommes partie prenante. Sur le total de nos achats de fonctionnement, soit 215 millions d’euros, 9,1 millions d’euros d’économies ont été obtenus, dont un bon tiers provient directement des achats. Nous avons travaillé sur les voyages, les cassettes dont nous sommes très consommateurs, la téléphonie  portable avec plus de 2 000 lignes, les assurances ou encore les fournitures de bureau et les consommables informatiques. Nous sommes en plein dans la négociation de plus de 1 000 véhicules de la flotte d’entreprise.

En moyenne, quel gain obtenez-vous en prenant en main un nouveau portefeuille ?

Nos gains varient de 15 à 20 %. C’est la règle que j’ai toujours connue aux achats : un nouveau sujet bien préparé peut dégager un tel niveau d’économies. Nous jouons aussi sur l’attractivité de France Télévisions auprès des fournisseurs. Sur le périmètre que je viens d’évoquer, nous avons travaillé sur 30 millions d’euros, avec des gains en moyenne de 15 %. Pour 2005, j’ai déjà présenté un ensemble de cibles à atteindre à la direction générale. Nous poursuivrons notre travail sur les familles déjà traitées et nous allons nous attaquer à une seconde vague de contrats-cadres avec la reprographie, les prestations intellectuelles, la bureautique, les voyages ou la téléphonie fixe.

Disposez-vous d’outils  pour mesurer ces résultats ?

À l’échelle du groupe, l’une des priorités est effectivement l’implantation d’un ERP. Dès mon arrivée, j’ai donc ajouté cet objectif à mes priorités. Auparavant, nous disposions d’autant de systèmes de gestion que de filiales. La direction financière a donc lancé ce projet d’ERP baptisé Ariane qui comprend une partie e-procurement. C’est Oracle qui a été retenu. De par ma position, j’ai été impliqué à deux titres : tout d’abord dans le choix de l’outil et la négociation des contrats de licence et d’intégration ; ensuite pour le pilotage de la partie achats et e-procurement qui concerne notre coordination au premier chef.

Ce système contribuera-t-il à accroître  les gains déjà réalisés aux achats ?

Il nous oblige à revoir nos processus et à renforcer les bonnes pratiques d’achat. Ce qui nous conduit à faire sa promotion en interne pour passer les commandes, avec pour but d’optimiser le rapprochement comptable des bons de commandes et des factures. Dans cette démarche, nous travaillons très étroitement avec les directions financières et comptables. J’ajouterai un point : cet outil nous a amenés à changer un nombre important de logiciels en interne, notamment pour des projets limitrophes (frais de mission, requêteurs, gestion des immobilisations). Ariane nous donne en partie les moyens de nos ambitions : guider nos achats vers les fournisseurs stratégiques et pouvoir analyser nos dépenses.

À terme, l’e-procurement concernera-t-il tous les achats ?

Nous avons la volonté de couvrir tous les achats du groupe, même si notre action ne sera que partielle pour les programmes.  Ils imposent en effet des procédures particulières d’engagement où l’e-procurement n’est pas adapté. L’avantage majeur de cet outil est surtout qu’il nous permet de constituer une base unique de fournisseurs pour l’ensemble du groupe, tout en renforçant notre segmentation des achats. Cette segmentation facilitera la passation des commandes et la récupération des informations pour réaliser des analyses de sourcing. Nous créons véritablement un cercle vertueux qui va de l’e-procurement au sourcing. Notre outil sera opérationnel au printemps 2005 pour France 2 et  la holding. Ce sera le tour de France 3 et de France 5 au début 2006 puis de RFO. Pour nous, il s’agit d’une initiative essentielle parce qu’elle implique une révolution du mode de fonctionnement des achats.

Les initiatives liées achats sont multiples. De quel effectif disposez-vous pour les mener à bien ?

Nous ne sommes que deux personnes en central. Nous accueillons régulièrement un stagiaire dans notre équipe pour former de futurs professionnels des achats. Chacune des trois grandes filiales, France 2, France 3 et RFO, a récemment créé un poste de coordinateur des achats. Pour les autres filiales, chaque directeur financier a nommé un contact privilégié, avec un rôle de relais des achats. Je n’ai pas la volonté d’accroître significativement la taille de notre service et  l’e-procurement me conforte dans cette voie. J’anime cette coordination et je confie certains sujets aux membres de cette équipe qui avancent parallèlement en appréhendant les problématiques du groupe. Le système fonctionne bien. Cette année, une formation achats complétera la formation liée à notre outil d’e-procurement. Elle est destinée aux approvisionneurs, aux acheteurs et aux managers, afin de leur donner une perspective plus stratégique des achats.

Outre la poursuite de  la réduction des coûts et de  l’e-procurement, avez-vous d’autres projets en tête pour cette année ?

Nous avons déjà couvert pas mal de terrain. Nous avons construit une méthodologie de gestion des projets, des conditions générales d’achat qui n’existaient pas, des documents types de consultation d’appels d’offres pour faciliter la négociation, des contrats types. Nous avons aussi défini des conditions de règlement fournisseurs pour le groupe et établi notre outil de mesure des économies. Il faut maintenant que l’onde de choc se propage, renforcée par l’impact de notre outil d’e-procurement. Mais nous pensons bien sûr à d’autres axes de travail.

Sur quelles pistes portez-vous  votre réflexion ?

Nous pensons faire profiter nos fournisseurs stratégiques des conditions dont nous bénéficions. Cette initiative pourrait concerner les co-productions, par exemple pour les frais de voyages des producteurs indépendants, avec une baisse des coûts à la clé pour nos achats. De même, nous sommes clients et actionnaires de Médiamétrie, le spécialiste de la mesure d’audience, avec les autres chaînes françaises de télévision. Nous réfléchissons à aider Médiamétrie à réduire ses dépenses de fonctionnement, là encore avec une baisse de nos prix d’achat. Un raisonnement semblable pourrait concerner l’INA. En juillet dernier, France Télévisions a aussi intégré les 1 500 personnes de RFO et nous devons mettre l’accent sur les achats. Alors que France Télévisions était en retard sur les achats, j’ai vraiment la volonté de nous repositionner dans le peloton de tête des entreprises les plus performantes sur ce  terrain.

Olivier Debargue  (France Télévisions)
(42 ans, Sup de Co Le Havre, chambre de commerce de Londres) a notamment été négociateur de contrats d'achats globaux aux États-Unis pour General Electric, avant de créer la direction des achats de services France puis Europe au sein de GE Medical Systems. Il occupait le poste de responsable des achats des activités corporate du groupe GE  en Europe quand il a rejoint France  Télévisions en février 2003.
France Télévisions en chiffres
Chiffre d'affaires prévisionnel 2004 : 2,646 milliards d'euros
Effectif 2004 : 8 577 personnes
Montant des achats hors programmes 2004 : 470 millions d'euros
- fonctionnement :
215 millions d'euros
- liaisons et transmissions : 200 millions d'euros
- investissements corporels : 55 millions d'euros
Effectif achats : 2 personnes en central, des correspondants dans les filiales

 

 

 

Bâtiment de France Télévisions
Photos : © FRANCE 2 / Xavier Gassmann & FRANCE 3 / Charlotte Schousboe

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