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La Lettre des Achats - Février 2015 N°235
Février 2015

Secteur Public

Événement

Mulliez Flory
Un patron de PME face aux acheteurs publics

Par Jean Chabod-Serieis

Mulliez Flory

Un patron de PME face aux acheteurs publics

Une table ronde en pleine campagne. Thème : l’accès des PME aux marchés publics. Invités : la médiation des marchés publics, le Pacte Défense PME, la RATP et la région Pays-de-la-Loire. C’était en décembre, pour les 190 ans de Mulliez-Flory, fabricant de vêtements professionnels.

«Nous n’avons pas encore trouvé la clé des grands marchés publics, sauf avec la RATP et le conseil régional des Pays de la Loire (PDL), se désole Jacques Gindre, le PDG de Mulliez-Flory, créateur et confectionneur de vêtements de travail (60 millions d’euros de chiffre d’affaires). « Les marchés dont je parle sont considérables, précise ce dernier. Les marchés de textiles et d’habillement de la gendarmerie sont de 30 millions d’euros, ceux de la police de 18 millions d’euros et ceux de l’armée de 150 millions d’euros. Ma question est donc : est-ce un problème de taille, de compétence, de risque, de lobbying ou de savoir-faire pour répondre à ces appels d’offres ? » Ce problème – que rencontrent un grand nombre de PME – a poussé Jacques Gindre à organiser une table ronde dédiée à l’éligibilité des PME dans les appels d’offres, à l’occasion de la journée anniversaire des 190 ans de l’entreprise ligérienne.
Bien sûr, la RATP est venue, avec Rémi Feredj, le directeur des achats ; ainsi que le conseil régional, avec l’élu Laurent Martinez. Mais également le ministère de l’économie, avec Jean-Lou Blachier, médiateur des relations entreprises ; et le ministère de la défense avec Marc Frenger, responsable pour la région PDL de son organisation Pacte Défense PME. Ils se sont tous retrouvés sur le site historique de Mulliez-Flory au Longeron, en Maine-et-Loire.

Le public mauvais payeur


Jean-Lou Blachier – qui a rappelé que la Médiation fête à peine ses deux ans – a répondu au PDG que c’est justement le rôle de sa direction « de guider les entreprises vers la commande publique, qui se chiffre à 200 milliards d’euros annuels, soit 10 % du PIB. Nous ne gérons pas seulement des conflits. Nous accompagnons les chefs d’entreprise, comme en témoigne la publication du guide "Osez la commande publique", téléchargeable sur le site du ministère. » La préoccupation n°1 des entreprises qui appellent la Médiation ? Les délais de paiement. « Elles se demandent si elles vont être payées, rapporte le médiateur qui est lui-même gérant d’une PME (Promaxion) et vice-président confédéral de la CGPME, qui n’a pas hésité à être plus spécifique : « avec la RATP, il n’y a pas de souci. Mais avec des organisations territoriales ou des hôpitaux, c’est plus difficile. »
Marc Frenger, du Pacte Défense PME (né lui aussi fin 2012), tient le même discours des efforts déjà accomplis. « La Défense, c’est 10 milliards d’euros d’investissements, dont 8 milliards d’euros consacrés à la maintenance opérationnelle. Nous sommes là pour favoriser l’accès des PME à ces marchés, en les orientant vers les bons interlocuteurs au ministère. » Environ 8 500 PME sont répertoriées sur le portail du ministère de la Défense. Marc Frenger a évoqué le rôle de la plate-forme d’achats dématérialisée de l’Etat PLACE, et celui des PRED (pôles régionaux à l’économie de Défense), lui qui dirige celui des Pays de la Loire, véritable relais du Pacte PME en région, notamment grâce à la mise en place d’une adresse électronique de prise de contact. « Il n’y a pas assez de bénéficiaires du dispositif dans la région Pays de la Loire : seules 15 entreprises nous ont saisi à travers l’adresse électronique, sur 450 entreprises dans toute la France. Par comparaison, la Bretagne en profite beaucoup plus. Pourtant il y a un réel potentiel pour nos marchés en PDL ! »
Marc Frenger a cité un autre dispositif, le RAPID : 45 millions d’euros destinés à des entreprises innovantes. « Pour en bénéficier, détaille-t-il, il faut que l’entreprise présente un projet d’innovation qui suive le plan stratégique "projet et développement" de la direction général de l’armement. Ce plan exprime les besoins de la DGA sur 10 et 20 ans. » Les conditions de succès : travailler avec un laboratoire de recherche.

L’urgence des PME face au mur administratif


Le PDG de Mulliez-Flory a réagi à l’énoncé de ces dispositifs d’aide. « J’avoue que, culturellement, nous devons encore apprendre à nous faire aider ; nous sommes habitués à nous prendre en main. Mais malgré les efforts des pouvoirs publics, il reste une complexité dans le parcours, avec des points d’entrée multiples, des délégations consulaires, etc. Alors que nous les PME, nous sommes comptables de notre temps et de notre énergie ! Je demande encore une simplification pour un meilleur accès aux marchés publics. » « Pour répondre à un marché, un Français doit remplir 50 pages en moyenne, contre 20 pour un Allemand, a confirmé Jean-Lou Blachier. A la médiation, un groupe de travail planche sur un accès direct aux informations de l’entreprise candidate via son Siret. » L’accessibilité des PME aux grands marchés publics se pose d’autant plus crûment que les grands groupes – mieux organisés pour répondre et plus solides pour supporter des retards de paiement – sont en concurrence directe.
« Les grands fournisseurs ne sont pas une fatalité, réagit Rémy Feredj, de la RATP. Nous ne sommes pas mariés avec Ineo, Veolia ou Thales. Nous avons récemment changé les ampoules du métro parisien en LED. Nous avons fait sept lots sur 25 millions d’euros, auxquels les PME ont pu répondre. » Le directeur des achats précise que 30 % des achats de la RATP (2,3 milliards d’euros, 4 800 fournisseurs, dont 75 % de PME) vont à des PME et 95 % à des entreprises françaises.
« Ma problématique, c’est accompagner des PME pour qu’elles deviennent des ETI. Pour cela, il y a l’allotissement, le sourcing, mais aussi le speed dating entre donneurs d’ordres et acheteurs pilotes [voir La Lettre des Achats n°234, Ndlr.], et l’amélioration des délais de paiement. »
Le partenariat est à double sens, car si Mulliez-Fory fournit 60 % des achats d' habillement de la RATP, en retour « la RATP nous fait progresser en diligentant des audits RSE (responsabilité sociétale et environnementale) d’une rigueur impressionnante, concède Jacques Gindre. Cela nous oblige à maîtriser complètement notre chaîne de valeur, sur les plans social et environnemental. » Laurent Martinez, conseiller régional et président du réseau Grand Ouest, un réseau d’élus mobilisés sur l’achat durable, a conclu sur la notion de responsabilité qui engage l’acheteur, « en rédigeant des critères accessibles aux PME, en allant au devant des fournisseurs. » Responsabilité partagée.


En chiffres
Chiffre d’affaires : 60 M d’€
Mulliez-Flory est une filiale du groupe français HDM, spécialisé dans le textile qui réaliser 140 M d’€ de chiffre d’affaires.
Effectif total : 240 personnes
Montants achats : 45 M d’€
Effectif achats : 7 personnes
Principales familles d’achat : Tissus et accessoires. Produits finis en négoce maitrisé. Négoce catalogue (achats sur des collections d’importateurs). Confection.

Par Jean Chabod-Serieis

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