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La Lettre des Achats - Juin 2014 N°228
Juin 2014

Tendances

Étude

Travail adapté
Des objectifs chiffrés pour aller plus loin

Par Jean Chabod-Serieis

Travail adapté

Des objectifs chiffrés pour aller plus loin

Le Gesat – le réseau qui fédère les établissements de travail adapté aux personnes handicapées – a remis la deuxième édition de son baromètre annuel sur les achats « sociaux » , réalisé avec le concours de la Lettre des Achats. L’occasion de vérifier que les objectifs de l’année dernière ont été tenus.

Le Gesat (Groupement d’établissements et services d’aide par le travail et d’entreprises adaptées) vient de remettre son deuxième baromètre annuel sur les achats au secteur du travail protégé et adapté, réalisé cette année encore avec le concours de La Lettre des Achats. En 2013, comment ont évolué les rapports entre les ESAT/EA (établissements et services d’aide par le travail / entreprises adaptées) et les grands donneurs d’ordre nationaux, publics et privés, susceptibles de les faire travailler ?
Premier enseignement : 60 % des sondés – dont la typologie est restée la même qu’en 2013 – estiment qu’en un an, dans leur structure, la situation par rapport à la prise en compte du secteur du travail protégé et adapté (STPA) dans les achats est en progrès. « On note une amélioration des relations entre les achats et les missions handicap dans l’entreprise, se félicite Marion Parpaite, responsable des relations entreprises du Gesat. Les acheteurs connaissent mieux le travail des missions handicap, et ces dernières ont une meilleure connaissance de la réglementation achat. Le fonctionnement de ce binôme est de plus en plus efficace. »

Sensibiliser, former et piloter


Les auteurs de l’étude soulignent que les formations et les démarches de sensibilisation sur le secteur adapté ont certainement joué un rôle dans cette amélioration : 75 % des sondés déclarent avoir formé leurs équipes aux achats auprès du STPA. Efficace, puisque le pire ennemi de l’accès des personnes handicapées à l’emploi est la méconnaissance, porteuse de clichés. « Lorsque la volonté de développer les achats auprès du secteur adapté vient de la direction générale, souligne Béatrice Amsellem, vice-présidente du Gesat, cela se répercute dans tout l’organigramme jusqu’aux acheteurs et cela se traduit souvent par la nomination d’une personne dédiée qui vient soutenir l’acheteur. » C’est le cas dans 57 % des entreprises ayant répondu.
Cette volonté de diffuser la démarche verticalement dans l’organisation – relevée dans plusieurs entreprises de l’étude – mène aussi à l’élaboration d’un plan d’action efficace impliquant prescripteurs, acheteurs et managers et au développement de la communication en interne et – fait nouveau – en externe : 11 % des organismes communiquent vers le grand public, contre 3,5 % l’an passé.
Dans le baromètre 2013, 48 % des grands comptes déclaraient avoir des objectifs d’achats chiffrés auprès du STPA. Cette tendance traduit pour le Gesat une plus grande confiance dans les ESAT/EA. Mais ces objectifs ont-ils été atteints ? « Globalement, les entreprises partenaires du Gesat ont atteint les objectifs annoncés, répond Emmanuel Chansou, directeur exécutif du réseau. Car ces objectifs – chiffrés ou non – sont inscrits dans les accords handicap signés par les partenaires sociaux et agréés par le ministère du Travail. Ce sont des engagements. Ainsi, une grande banque mutualiste française a triplé ses achats adaptés en quatre ans... et elle souhaite continuer. » Selon les auteurs de l’étude, la crise économique, qui paralyse les investissements, impacterait la politique d’achat global des entreprises mais pas la part du travail adapté dans les achats, qui reste malgré tout minime (0,1% en moyenne).

Maturité dans l’achat adapté : quels critères ?


Un autre indicateur tend à prouver que les entreprises ne se paient pas de mots quand elles prétendent vouloir augmenter la part du STPA dans leurs achats : les familles d’achat ont évolué. Certes, les espaces verts, le conditionnement, l’entretien et le routage restent leurs domaines préférés quand il s’agit de faire travailler des personnes handicapées. Mais plusieurs d’entre elles recherchent désormais de la valeur ajoutée dans les ESAT/EA.
C’est pourquoi la sous-traitance administrative est le premier domaine vers lequel elles souhaitent se développer. De façon plus rare, certaines envisagent la création d’une plate-forme téléphonique ou des prestations de recyclage de cartouches.
Pour Marion Parpaite, « si les entreprises sont matures dans l’achat adapté, on remarque que les secteurs d’intervention changent, et qu’elles sollicitent les ESAT/EA pour des prestations à plus forte valeur ajoutée. On va sortir de la caricature des espaces verts. Une fois que l’acheteur voit que le travail est bien fait sur des prestations basiques, il peut envisager une collaboration sur un autre domaine. » Mais une maturité, ça ne se décrète pas : ça se construit, notamment par des visites d’établissements, l’organisation de journées handicap pour tous les salariés et une communication interne plus intense pour pousser l’ensemble des collaborateurs à s’impliquer.
Les croyances des acheteurs ont été mises à rude épreuve dans le baromètre. A la question « Quels sont les secteurs pour lesquels il vous semble impossible de recourir au STPA ? », les réponses principales sont la production agroalimentaire (16,9 %), les prestations industrielles (15,5 %) et l’artisanat (15,5 %). « Mais on recense une myriade d’ESAT/EA qui le font ! se désole Emmanuel Chansou. C’est davantage une méconnaissance de l’offre qu’une réelle incapacité des ESAT/EA. Ce qui est dommage, c’est que personne ne sait par exemple que la gestion de la carte Famille nombreuse SNCF est confiée à un EA ; que le fabricant leader de boules de Noël en France est issu du STPA ; que toutes les couvertures d’Air France sont nettoyées par un ESAT. »

Des forces et faiblesses à mieux connaître


Les domaines d’intervention des établissements sont en effet très variés et certains jouent la carte du secteur de pointe. Ainsi, six d’entre eux sont des ESN (Entreprises de service du numérique, ex-SSII) et l’un d’eux exerce même dans l’ingénierie avec la réalisation de plans en 3D. « Ce que les acheteurs doivent savoir, explique Marion Parpaite, c’est que ce ne sont pas tant les métiers qui limitent les ESAT/EA, que le niveau demandé. Des hôtesses d’accueil, c’est tout à fait possible, mais quadrilingue et maîtrisant la sténo, ça l’est moins. »
Pour les donneurs d’ordres, ce qui caractérise d’abord le STPA, c’est la qualité du travail effectué (51,35 %), la proximité géographique (44,59 %) et l’adaptabilité (35,14 %). Mais quelques freins empêchent encore le développement du secteur : des prix trop élevés pour 17 % des sondés, la méconnaissance du STAP par les prescripteurs (16,3 %) et le manque de réactivité (11,1 %).
Selon le Gesat, des progrès sont à faire dans les deux sens. « Il faut former les prescripteurs qui sont un frein important, préconise Marion Parpaite, parce que l’acheteur n’est pas le décideur. Il faut que les directeurs achats – ou les services chargés de l’achat – se fixent des objectifs chiffrés pour les achats sociaux. Il faut un appui en interne qui centralise les informations sur le secteur et qui soit une personne ressource pour l’acheteur. Enfin, il faut considérer les ESAT/EA comme des PME : il leur faut des délais suffisamment longs pour répondre et des cahiers des charges clairs et précis. Il faut bien comprendre que les établissements n’ont pas les mêmes ressources, contrairement à certaines entreprises qui ont des services dédiés et des commerciaux. » Pour les achats de gros volumes, le réseau Gesat peut également réunir et coordonner plusieurs établissements pour répondre collectivement à un appel d’offres. « J’ajouterai qu’une politique d’achat responsable passe par l’accompagnement du fournisseur, remarque Emmanuel Chansou. Les entreprises ont tout intérêt à accompagner leurs sous-traitants, et pas seulement à passer commande. Ainsi, la SNCF fait entretenir ses amortisseurs par une EA dont ils ont accompagné les salariés. ».
En cela, l’achat auprès du STPA ne diffère de l’achat auprès d’entreprises ordinaires.


Méthodologie
Le réseau Gesat a contacté 350 entreprises et organismes publics pour participer à cette enquête, entre le 4 mars et le 15 avril 2014. Le questionnaire a également été relayé par la Lettre des Achats. En tout, 76 entreprises et organismes publics ont répondu à l’enquête (contre 53 en 2013).
Le panel de l’étude a changé par rapport à 2013, où seuls les grands comptes avaient répondu. Cette année, un tiers des répondants ont moins de 2 500 salariés, ce qui est « plus représentatif du tissu économique français », selon le Gesat. Une impression de baisse du recours au STPA en découle, alors que le recours est resté constant. La moyenne des achats au STPA des répondants est de 2,3 millions d’euros, tandis que leur montant global d’achats moyen s’élève à 3,5 milliards d’euros. Parmi les secteurs où la part des achats auprès du STPA par rapport au montant global des achats est la plus élevée : services aux entreprises (0,18 %), transport, logistique, distribution (0,13 %) et énergie, eau et télécommunication (0,13 %).





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