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La Lettre des Achats - Décembre 2013 N°222
Décembre 2013

Secteur Public

Interview

Marc Sauvage - DHA - Région Centre
« Nous contribuons au maintien de l’équilibre budgétaire »

Par la rédaction

Marc Sauvage - DHA - Région Centre

« Nous contribuons au maintien de l’équilibre budgétaire »

Il y a un an, après un riche parcours dans le privé, Marc Sauvage s’est vu confier la création de la direction des achats du conseil régional du Centre : un chantier presque sans limite, à l’image du périmètre à couvrir, qui va de l’énergie au TER en passant par les biens culturels, mais qui bénéficie d’un portage incontestable des élus.

Pouvez-vous décrire l’organisation achats dont on vous a confié la création il y a un an ?

Cette création procède d’une volonté politique forte. Si je reporte au directeur général délégué, je travaille en forte proximité avec Jean-Vincent Valliès, président de la commission d’appels d’offres. L’effectif comprend 25 personnes, réparties en trois pôles. Les deux premiers, le pôle juridique et le pôle marché (commande publique), préexistaient à la direction des achats, sous la responsabilité de laquelle ils sont désormais positionnés. Mon équipe comprend quatre juristes et neuf agents chargés de la commande publique, des experts en procédures. Le troisième pôle comprend cinq acheteurs. Il sera composé à l’horizon 2014, de neuf personnes à ressources constantes pour la collectivité.

Cette forte connotation juridique n’est-elle pas un frein au développement de la dimension économique de l’achat public ?

Achats et juridique ne sont pas antinomiques, au contraire. L’articulation entre les deux demeure très importante. Le besoin d’expertise juridique est très grand, dans un certain nombre de procédures à forts enjeux, comme par exemple les dialogues compétitifs, ou encore les contrats de crédit-bail pour les achats de TER. Il y a d’ailleurs aussi du bon sens dans le Code des marchés publics. Le formalisme peut avoir des aspects très positifs, notamment parce qu’il nous oblige à être plus factuel dans nos choix, ce qui permet ensuite de disposer de tous les éléments pour les justifier auprès des fournisseurs qui ont candidaté. Mon rôle est d’apporter du recul par rapport à ce contrepoids juridique et de rechercher l’équilibre entre risque et performance.

Quels sont vos principaux chantiers à l’horizon 2 015 ?

Les six premiers mois qui ont suivi la création de la direction des achats ont été consacrés à la mise en place de l’organisation, aux recrutements, à la formation, ainsi qu’à l’identification et à l’exploitation des premières sources de gains. Sur un montant d’achats d’environ 400 millions d’euros, l’objectif d’économies a été fixé à 7 millions d’euros en 2015. Nous avons déjà atteint 2 millions d’euros en 2013. Sur un budget d’un peu plus d’un milliard d’euros, la collectivité dépense près de la moitié en subventions versées à diverses entités, notamment pour soutenir l’équipement des lycées dans des domaines aussi divers que les achats de PC, de matériel de laboratoire, de restauration collective, ou encore de fluides. Nous avons pour ambition de faire passer ces achats sous le contrôle de la direction des achats et de la commande publique pour mieux les maîtriser. Nous avons déjà commencé à travailler sur les dépenses d’énergie. Leur montant, en ce qui concerne les bâtiments tertiaires du conseil régional (25 000 m² de bureaux), représente moins d’1 million d’euros par an. Si l’on ajoute les lycées, ce montant dépasse les 15 millions d’euros. Nous devons aussi développer les groupements d’achats, en approfondissant nos contacts avec les départements de la région, mais aussi au-delà, avec d’autres régions. Il existe pour les achats de projets informatiques, un groupement constitué au sein de l’ARF (Association des régions de France). Enfin, la commande publique doit soutenir le développement économique local, ce que nous pouvons faire en nous appuyant sur les notions de circuits courts et d’innovation, dans nos critères d’attribution des marchés.

Les prérogatives de la région sont très vastes. La variété des familles d’achats l’est-elle autant ?

Le moindre euro dépensé passe par nous par le biais des conventions. à travers l’implication de la collectivité dans l’action éducative, nous touchons aux achats de construction, de rénovation et de maintenance des lycées. Avec l’acte III de la décentralisation, les compétences de la région vont aussi s’élargir aux formations professionnelles dispensées par Pôle Emploi. En matière de transports, l’enjeu des dépenses prévues dans le cadre de la convention entre la région et la SNCF pour l’exploitation, la gestion et le financement du service de TER (trains express régionaux) s’élève à 200 millions d’euros. Nous achetons aussi des bus pour le transport scolaire. Dans le cadre de sa compétence en matière de développement économique, la région apporte des subventions aux entreprises, directement, mais aussi via le soutien aux pôles de compétitivité*. Elle est également active dans le champ de l’enseignement supérieur et de la recherche, ainsi qu’en matière de tourisme et de culture. Elle participe ainsi aux frais de fonctionnement de plusieurs établissements, comme le château de Chaumont, ou encore à l’organisation d’événements tels que le festival Archilab. La diversité de nos portefeuilles et de nos fournisseurs est très importante. Et même sur des dépenses artistiques, il est possible de raisonner achats et d’allotir.

Dans quelle mesure les économies achats seront-elles prises en compte dans le processus budgétaire ?

Elles sont intégrées dans la construction du budget. Les 4,5 millions d’euros de gains que nous allons réaliser en 2014 ont d’ores et déjà été retirés du projet de budget. Les différentes directions qui contribuent à ces gains ne peuvent pas les réinvestir à leur guise, ce qui les pousse à raisonner en besoin plutôt qu’en budget. Ces gains sont transformés en baisses de crédit de paiement à terme sur plusieurs années. Nous contribuons ainsi directement au maintien de l’équilibre budgétaire dans un contexte de baisse des recettes. Les achats participent à compenser la réduction de la dotation de l’état aux collectivités. Nous mesurons cette performance assez classiquement, en prenant en compte la différence avec la précédente référence quand il s’agit d’achats récurrents et la différence par rapport au budget initial du projet lorsque ce sont des choses que l’on achète pour la première fois. Pour progresser sur l’appréciation des prix, nous avons en projet la mise en place d’un observatoire des prix.

Dans le cadre de la création de la direction des achats, avez-vous adressé un message particulier aux fournisseurs ?

Ce message tient en deux points : performance économique et innovation. Travailler la relation fournisseurs est une de mes priorités pour 2014. Une première convention fournisseurs a été organisée, avec la participation d’élus, à destination des entreprises du bâtiment et une deuxième doit voir le jour à Tours. Nous allons en organiser une autre sur le secteur de la formation professionnelle.

Comment faites-vous face aux problématiques de conduite du changement ?

Ce n’est pas un défi difficile, parce que le projet de professionnalisation des achats est porté politiquement, et que toute la collectivité est investie dans le projet. Dans son discours annuel, le président de région, François Bonneau, a même évoqué les achats, comme une façon de travailler autrement. C’est très significatif de l’importance qu’a pris la fonction achats dans le discours politique. Il y a quinze ans, quand un directeur général parlait de réorganisation, c’était avant tout avec la direction des ressources humaines, puis avec les directions des systèmes d’information, maintenant c’est avec les achats.

* La région Centre accueille sept pôles de compétitivité : Cosmetic Valley, S2E2, DREAM eau et milieux, ViaMéca, Elastopôle, le pôle européen de la céramique et Vegepolis.



Portrait
Marc Sauvage (50 ans, Ensma, EM Lyon) est directeur des achats et des services juridiques du conseil régional du Centre depuis fin décembre 2012. Il était précédemment directeur des achats du groupe Bouygues Télécom. Il a intégré l’opérateur télécom en 1997 pour déployer le réseau national, puis a été nommé en 2004 directeur réseau pour la région Ouest, avant de devenir, de 2007 à 2009, responsable des achats réseaux. Il est également président de la Cdaf.


En chiffres
Région Centre
Conseil régional
Budget (2013) : 1,2 milliard d’euros
Effectif total : 3 200 personnes
Montant des achats : 400 millions d’euros
Effectif achats : 25 personnes à terme, dont 9 experts marché, 9 acheteurs, quatre juristes et 2 assistants








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