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La Lettre des Achats - Avril 2012 N°204
Avril 2012

Éditorial

Qestions de choix

Par François-Charles Rebeix

Qestions de choix

Au fond, les achats se méfient encore un peu des conseils. Des consultants, faut-il préciser. Et en particulier ceux qui oœuvrent dans leur spécialité. L'ambigüité affleure, la même, année après année, au terme de chaque nouvelle enquête sur le sujet : comment une fonction qui s'est très vite et très fortement professionnalisée au cours des dix dernières années pourrait-elle avoir laissé de côté autant de terrains d'expertise revendiquées chaque jour par de nouveaux spécialistes ? En soi, ce nouveau dossier consacré à ce (vaste) marché des consultants qui se segmente en trois catégories (cabinets généralistes avec une pratique achats, spécialites achats et spécialistes de familles d'achats) apporte (presque) les mêmes conclusions que les précédents.

Il y aurait, en gros, deux cas de figure pour faire appel à des intervenants extérieurs : dans le cas d’une réorganisation, lorsqu’une entreprise doit imaginer et mettre en place une toute nouvelle organisation, ou alors pour des missions ponctuelles, précises, bien délimitées aux résultats mesurables. Autant le dire, ces dernières ont nettement la préférence des directions achats. Toujours à la recherche de gains tangibles, de ressources humaines facilement mobilisables, d’expertise aussi sur de courtes périodes. De l’opérationnel avant tout. Finies les recommandations stratégiques qui ne trouvent que difficilement leur application sur le terrain. D’un côté, les donneurs d’ordres affirment sans détour : « nous savons faire, mais nous avons besoin de vous », de l’autre, les conseils répondent : « nous avons l’expertise, nous pouvons vous accompagner ». Les voilà en quelque sorte coéquipiers. Obligés sans doute, confiants certainement, mais dans tous les cas vigilants. Il s’agit d’engagements à durées limitées qui doivent laisser intactes les prérogatives des uns et des autres.
Il reste, malgré tout, une question en suspens : quels champs de compétence les entreprises sont-elles prêtes à externaliser en matière de conseil ? S’il s’agit de missions très opérationnelles, pourquoi ne disposent-elles pas en interne de ressources suffisantes ? La professionnalisation serait (encore) trop récente, et certains conseils achats justifient ainsi leur présence au côté des entreprises. Dans ces conditions, quelles sont les entreprises qui, en interne, peuvent prospecter les sujets à fort potentiel (innovation, développement durable, gestion des risques, conception en amont, etc.) ? À l’inverse, d’autres font le constat que les entreprises ont aussi tendance à recourir à des intervenants extérieurs sur ces mêmes spécialités. Au risque de se couper – durablement – du meilleur de leur vocation ou de leur future expertise achats, la prospective plutôt que les processus qui, plus standardisés, peuvent plus facilement être confiés à l’extérieur. Quel paradoxe ! Mais le choix n’est pas facile. Curieusement, il reste peu évoqué par les directions achats.
Autre dossier exceptionnel dans ce numéro, vous n’y échapperez pas : les réponses aux trois questions que nous avons posées aux six plus grands candidats de cette élection présidentielle. (Maîtrise des dépenses publiques, place des PME dans les attributions, professionnalisation des achats). Nous avons cantonné l’interrogation au secteur public. Les réponses (candidats classés par ordre alphabétique) sont aussi différentes qu’édifiantes. Pas sûr qu’il s’agisse de démonstrations convaincantes passées à la jauge de professionnels achats. Rassurant : il y aura des marges de manœuvres. Inquiétant : il faudra encore du temps avant de convaincre. Mais ne jetons pas la pierre : le secteur privé a connu (connaît encore ?) ce décalage entre le sommet et le terrain. Quelques consultants sont passés par là depuis…

Par François-Charles Rebeix

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