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La Lettre des Achats - Mars 2012 N°203
Mars 2012

Par Guillaume Trécan

Baromètre de l’Obsar

Vent de rigueur sur les achats responsables

Présenté à l’école militaire à Paris fin janvier, en partenariat avec la mission achats du ministère de la Défense, le baromètre 2012 de l’Observatoire des achats responsables (Obsar) révèle un repli dans l’affichage des préoccupations d’achats durables, relayées au second plan derrière la réduction des coûts.

Le principal signe de ce recul concerne la place prise par l’établissement d’une politique d’achats responsables parmi les priorités de la fonction achats. Tandis que lors de l’édition 2011 de l’étude, cette préoccupation était en tête du nombre de citations parmi les trois premières priorités des achats à 67 %, elle revient cette fois en deuxième position, à 60 %, derrière la réduction des coûts. Dans le secteur privé, la mise en place d’une politique achats responsables n’est même citée que par 45 % des personnes interrogées. Le recul des préoccupations des responsables des achats concernant l’intégration de la RSE est d’autant plus notable qu’il apparaît dans une étude dont le panel est, a priori, plus sensible à cette question. « Le fait que cette étude ait été réalisée sur la base des contacts de l’Obsar laisse penser qu’il peut y avoir une sensibilité particulière des répondants par rapport aux achats responsables », souligne Emmanuel Kahn, directeur de clientèle chez OpinionWay, co-auteur de l’étude. « Le secteur public place l’achat responsable à un niveau assez élevé par rapport à un secteur privé qui a tendance à accorder un peu moins d’importance à ce problème.
En outre, par rapport à l’an dernier l’écart se creuse », détaille ce dernier. Si l’on observe encore plus finement le panel des 327 responsables interrogés fin 2011 (voir l’encadré page 10), la remarque d’Emmanuel Kahn semble s’appliquer plus particulièrement aux PME et aux entreprises industrielles.

Peu d’intérêt pour l’environnement


Tout comme lors de l’édition 2011 de l’enquête, les principales motivations révélées par les personnes interrogées demeurent, en outre, essentiellement protectionnistes :
la réglementation et les normes d’une part ; l’image, d’autre part. Dans le privé, l’image arrive au premier plan, tandis que dans le public c’est le respect des normes. Autres différences, l’argument des demandes des clients et l’impératif de contrôle des fournisseurs sont bien plus forts dans le privé que dans le public, où le souhait d’utiliser la politique achats responsables pour réduire les coûts prend le dessus. La préservation de la planète n’est, en revanche, citée que par 31 % des répondants, moins de 25 % dans le privé. De plus, cette valeur s’affiche en baisse par rapport à l’an dernier (34 %).
Autre signe de repli : le calcul des coûts de fin de vie, de destruction et de recyclage des produits n’est effectué systématiquement ou parfois que par 44 % des répondants à l’enquête, au lieu de 52 % lors de l’édition 2011. Des réponses en légère contradiction avec le fait que 74 % des répondants affirment prendre en compte le coût global des produits. Quelle méthodologie ces responsables appliquent-ils aux achats pour leurs calculs TCO ?
Mystère.

Moins de moyens dans le contrôle


Au chapitre des déceptions, nous notons également un moindre investissement dans les modes d’évaluation des fournisseurs. Le recours à des labels, certifications et indicateurs demeure le premier mode de contrôle, mais n’est plus cité que par 56 % du panel, au lieu de 65 % l’an dernier. Seule la vérification de la conformité réglementaire des fournisseurs prend de l’ampleur, en s’élevant de deux points à 50 %. L’administration par les acheteurs de questionnaires adressés aux fournisseurs recule de 8 points à 43 %, de même que l’organisation d’audits externes, qui ne concernent plus que 11 % des responsables achats interrogés. Le directeur général de l’Observatoires des achats responsables, Alain Châtenet, y voit le signe des sollicitations croissantes adressées aux acheteurs par leurs entreprises du fait de la crise : « Les modes de contrôle qui diminuent sont précisément ceux qui prennent du temps au personnel des services achats, voire qui engendrent des coûts supplémentaires. »
Certains résultats, en revanche, révèlent une montée en maturation des politiques d’achats responsables. Ainsi, interrogés sur leurs réalisations pour rendre concrète la politique d’achats responsables, les participants à cette enquête font état d’un accroissement global des initiatives. Les deux premières demeurent cependant élémentaires et trahissent le faible avancement en la matière : « diffuser en interne la démarche achats responsables » et « formaliser les objectifs de la politique achats responsables ».
Plus bas dans la liste figurent des démarches de concertation ou de communication, mais aussi des efforts décisifs comme le développement d’outils et de référentiels spécifiques aux achats responsables (54 %) et la nomination de correspondants achats responsables (47 %).

Une approche plus construite


Dans cette deuxième édition de l’étude, l’approche du risque développement durable apparaît plus cohérente et organisée, dans la mesure où elle est de plus en plus orientée vers les familles d’achats (41 %), et moins focalisée sur certains fournisseurs (19 %) ou certains pays (9 %). Un écart particulièrement marqué dans le secteur privé, pour qui la cartographie des risques est à 46 % orientée sur les familles d’achats. Sur le plan de l’ouverture des marchés aux PME, des progrès sont également en cours. Les répondants prenant en compte les entreprises de moins de 250 salariés dans leurs pratiques d’achats sont 61 %, au lieu de seulement 39 % l’année précédente. Les deux principaux moyens de prise en compte étant l’allotissement des marchés (70 %) et le fait d’adopter des seuils de dépendance client adaptés pour les PME innovantes ou en création (42 %).
Il reste à espérer que la prochaine édition de l’Observatoire des achats responsables, qui devrait être administrée fin 2012, sera moins marquée par un contexte de rigueur budgétaire, et que les responsables achats sauront dépasser les freins actuels. Cette année, la question des moyens mis à disposition des achats pour mener à bien une politique RSE est en effet particulièrement sensible. Le principal frein cité étant les contraintes budgétaires (50 %), suivi par le manque d’indicateurs de mesure et de référentiel clair (47 %), puis le manque d’expertise interne ou de formation (41 %).
Mais il faudra se confronter à une autre problématique persistante qui ne doit rien à la conjoncture particulière de l’automne 2011 : la cohérence du management en matière d’achats responsables. 34 % des répondants évoquent en effet des objectifs contradictoires en la matière.


Méthodologie
Conduite en novembre et en décembre 2011, cette étude repose sur 320 questionnaires complets. Les répondants sont essentiellement des responsables achats appartenant à 57 % au secteur privé, 42 % à des organisations publiques, sept répondants étant par ailleurs issus d’associations ou de syndicats. Les entreprises représentées sont pour moitié supérieures à 1 000 salariés et pour 32 % inférieures à 250 salariés. Les répondants du secteur public, quant à eux, viennent pour 59 % de ministères ou de services de l’état, pour 21 % d’établissements ou d’entreprises publiques, pour 9 % de collectivités territoriales et 6 % de la fonction publique hospitalière.






Par Guillaume Trécan

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