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La Lettre des Achats - Mars 2012 N°203
Mars 2012

Éditorial

Deux poids, deux mesures

Par Rebeix François Charles fcrebeix@lettredesachats.fr

Deux poids, deux mesures

Il y a deux types d’entreprises : les grandes et les petites. Celles qui méritent que l’on s’y intéresse et les autres… C’est sans doute un peu caricatural mais c’est ce que l’on ressent en lisant l’ouvrage de Jean-Louis Beffa, La France doit choisir (voir l’entretien pages 6 et 7). L’ex-patron de Saint-Gobain marque sa préférence pour les grandes entreprises de taille mondiale portées par un actionnariat solide et durable, pourquoi pas cogérées (représentation syndicale au conseil d’administration) et répondant au modèle « commercial-industriel » plutôt que « libéral-financier ». Une classification qu’il revendique pour mieux appuyer son propos. Ce qu’il préconise, c’est du lourd, du tangible. Du long terme et du non spéculatif en quelque sorte. Passées les premiers chapitres consacrés sur les différentes formes d’entreprises – mais sans jamais un mot sur les PME –, l’auteur se lance ensuite dans une analyse géopolitique. D’une masse de données émerge alors une image : celle d’une Europe qui serait bientôt prise en étau entre deux blocs aussi puissants l’un que l’autre et âpres au combat pour le leadership mondial : l’Asie et l’Amérique. C’est le point d’orgue de l’ouvrage. A méditer. Comme cette confidence faite, en passant, au cours de l’entretien qu’il nous a accordé : « les leaders le sont aussi dans leurs relations fournisseurs. ». Big is beautiful. La méthode se résume en trois points : standardisation, centralisation et partenariat « gagnant-gagnant » sur le long terme. Fermez le ban, en avant toute ! Cet homme n’a pas le doute chevillé au corps.

Pas autant que tous les professionnels de l’achat que nous avons interrogés. Avec qui travaillent-ils ? C’est le sujet de notre dossier. Sans surprise, les achats évoluent vers l’optimum lorsqu’ils interviennent en amont dans les projets, qu’ils associent le plus de composantes possibles. Le degré de coopération avec les autres fonctions de l’entreprise comme avec les fournisseurs indique sans conteste le niveau de maturité d’une direction des achats. Rien à voir avec des mots d’ordre. Sur le terrain, le sens du dialogue prime. Deux poids, deux mesures.
Revenons à nos PME. Alors que l’on s’interroge à nouveau sur les bienfaits d’une politique industrielle associant états et grandes entreprises, la question de leur développement se pose toujours (financement, taille, accompagnement à l’export, aide à l’innovation, transmission du capital, etc.). Avec maintenant un nouvel impératif : comment les faire accéder à la commande publique ? Objectifs : éviter que les plus grandes organisations ne captent l’essentiel des ressources, ne pas passer à côté de « jeunes pousses » prometteuses. Un raisonnement à front renversé du premier exposé. Modèle contre modèle. Rien d’étonnant avant les présidentielles. Quand les uns se font forts de promouvoir, outre les PME, les ETI (Entreprises de taille intermédiaire, de 250 à 5 000 salariés, moins de 1,5 milliard de chiffre d’affaires), les autres rappellent leur préférence pour les grandes organisations. Les premières seraient 40 000, les secondes 25 000. Toutefois, si l’on doit distinguer les entreprises indépendantes de filiales de groupes, les ETI ne seraient plus que 4 576 et les grandes entreprises, 217, contre 2,6 millions de PME et micro-entreprises (Source ministère de l’économie). De quoi rendre prudents sur les véritables marges de manœuvre des deux camps. Autres sujets de réflexion : la professionnalisation des achats publics freinée par manque d’acheteurs qualifiés ou encore l’image des achats : « Connus mais pas toujours compris ». à quelque niveau que ce soit. Le débat peut se poursuivre...

Par Rebeix François Charles fcrebeix@lettredesachats.fr

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