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La Lettre des Achats - Février 2012 N°202
Février 2012

Par Guillaume Trécan

Priorités achats

Quelles marges de manœuvre en 2012

La deuxième version de l’étude AgileBuyer – groupement achats HEC, à laquelle ont participé 386 décideurs achats, signale à nouveau le retour en première place des coûts. Mais quels leviers reste-t-il après les efforts produits à la suite de la crise des subprimes ?

La priorité donnée à la réduction des coûts sera donc en 2012 une réalité écrasante dans laquelle se reconnaissent 82 % des participants d’après l’enquête menée par le groupement achats supply chain d’HEC et le cabinet de staffing AgileBuyer entre fin novembre et début décembre 2011. Cela représente cinq points de plus qu’un an plus tôt. Pour les témoins de quatre secteurs d’activité, cette priorité recueille une quasi unanimité à plus de 90 % : automobile, aéronautique et autres matériels de transport ; chimie, caoutchouc et plastiques ; informatique ; construction.
Cet unanimisme disparaît en revanche en ce qui concerne les moyens pour parvenir à cet objectif. C’est particulièrement vrai pour ce qui est du re-sourcing en zone à bas coûts. « La population va se scinder en deux, entre ceux qui veulent augmenter leur part d’achats dans les LCC et ceux qui ne veulent rien faire », relève Marc-Antoine Selaquet, président du groupement achats et supply chain d’HEC. La première catégorie représente 40 % des réponses, la seconde – pour qui « ce n’est pas un axe de travail » – 48 % ; 11 % souhaitent, en outre, stabiliser leur montant d’achats dans les pays à bas coûts.
Un tout petit pour cent envisage de les réduire. De quoi largement relativiser les perspectives de relocalisation en France. Pour autant, à en croire Marc-Antoine Selaquet, la montée des risques (une réalité pour 70 % du panel) pourrait plaider en défaveur des LCC, et entraîner des rapatriements de production.
« Compte tenu de la montée des risques, il faudra observer s’il n’y a pas une tendance à refaire en interne ce qui, jusqu’ici, était acheté. Cela aurait des conséquences importantes pour les acheteurs, qui du coup n’achèteront plus les mêmes choses », estime ce dernier. Une tendance favorisée également par la montée des salaires des cadres dans certains pays asiatiques et le fait que, comme le souligne le patron d’AgileBuyer, Olivier Wajnsztok : « pour certaines entreprises, il ne reste plus une grande marge de manœuvre pour développer les achats en zone low cost ».

Gestion des risques et réduction du panel


La population interrogée se scinde en deux sur une autre question : inscrire ou non la réduction du panel fournisseurs parmi ses objectif. C’est non pour 49 % du panel et oui pour 46 %. Il est intéressant de remarquer que les secteurs d’activité les plus résolument engagés dans ces trois objectifs (LCC, risques et réduction du panel) sont souvent les mêmes. Ce qui, lors d’une présentation de l’étude à des directeurs achats, le mercredi 11 janvier, à Paris, a inspiré cette remarque à Francis Krähenbühl, directeur des achats de Nexans : « Dans la mesure où les entreprises qui cherchent à mieux gérer leurs risques fournisseurs sont aussi celles qui cherchent à réduire leur nombre, cela révèle peut-être une tendance à un nouveau type de relations plus profondes et plus collaboratives. En revanche, là où cela peut poser problème, c’est quand ces entreprises sont aussi celles qui veulent augmenter leur part d’achats dans les LCC ». Un cas de figure qui semble concerner particulièrement les entreprises des secteurs équipements électriques et électroniques ; et automobiles, aéronautiques et autres transports.
S’il est un levier qui remporte un large assentiment, c’est bien la conquête de nouveaux gisements de coûts inexplorés. L’extension du taux de couverture est en effet un axe de travail pour près des deux-tiers des professionnels achats, avec 62 % des opinions exprimées, soit six points de plus que lors de la précédente étude. L’extension de périmètre, recèle ainsi des opportunités illustrées par Marc-Antoine Selaquet en citant sa propre entreprise, Renault, où il exerce les fonctions de directeur de la maîtrise d’ouvrage des SI et processus achats. « Nous allons nous intéresser de plus près à la catégorie des indirects de production, affirme ce dernier. Notre taux de couverture des achats indirects se situe actuellement autour de 50 %, mais d’ici la fin 2012, il va augmenter », assure-t-il.

Des doutes quant aux moyens


La question des moyens qui seront mis à disposition des achats n’est pas tranchée par les résultats de cette étude. En effet, la palme revient à la stabilité des effectifs, comme l’avait montré notre dernière enquête « Budget » (voir La Lettre des Achats n° 199). Elle concerne 54 % des suffrages exprimés, tandis que 26 % misent sur une augmentation, et 16 % pour une diminution. En outre, comme l’a fait remarquer Frédéric Petit, directeur au sein du cabinet Resources Global Professional, les quelques embauches à venir ne concerneront pas forcément des acheteurs français : « 54 % des effectifs stables, cela signifie peut-être qu’il y aura des regroupements et les embauches peuvent très bien se situer en dehors de la France ».
Certains patrons achats pourront, tout de même, s’appuyer sur des ressources externes. Regroupée sous le terme générique d’« outsourcing achats » dans l’étude, cette pratique a déjà concernée 28 % des personnes interrogées, qui continueront à le faire en 2012, 34 % ne le faisaient pas mais commenceront à y avoir recours en 2012. « Cela reste un marché composé d’acteurs de différentes tailles pas encore matures », note à ce sujet Marc-Antoine Selaquet, qui regrette la rareté des externalisateurs capables de prendre en charge tout le cycle achats, du sourcing à l’approvisionnement. « Il va falloir observer ce marché pour voir quelles opportunités pourront être développées. Notamment pour ceux qui auront des objectifs en hausse, contrairement à leurs moyens », recommande-t-il toutefois.
Un dernier point saillant apparaît dans cette étude à savoir l’ambigüité qui demeure quant à l’application des bonnes pratiques. Celles de l’axe RSE (responsabilité sociale et environnementale), d’une part, puisque, comme le constate Marc-Antoine Selaquet « cet objectif ne descend pas dans les équipes. Entre 2011 et 2012, l’implication des acheteurs dans ces missions a plutôt baissé », c’est en effet un objectif pour 55 % des directeurs achats, mais pour seulement 16 % des acheteurs. Et d’autre part, celles liées à la charte de la médiation interentreprises. « Les deux-tiers la connaissent, mais seul un tiers veut l’appliquer », remarque Marc-Antoine Selaquet.
« Au sein du FSI, on sent une dichotomie entre le sommet et la base des achats. La notion de bonnes pratiques a peut-être tendance à faire les frais du système », déplore Jean-Claude Gorenne, ex-manager achats chez Renault, administrateur dans des sociétés investies par le FSI et le FMEA.
















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