Publicité

Publié le 04/10/2016 - Par la rédaction

SALONS SOLUTIONS 2016 : LA BATAILLE DES RESEAUX FOURNISSEURS

L’édition 2016 des Salons Solutions s’est achevée sur un nombre de visiteurs quasi-identique à 2015. Les conférences ont drainé plus de participants (3800 contre 3500). La partie e-achats, en dépit d’une organisation chaotique, a suscité de belles empoignades (virtuelles). Cette année, la question des réseaux fournisseurs a émergé. Compte-rendu sur le vif...

Ne nous attardons pas sur les communiqués de fin de salon, toujours très satisfaits, les préinscriptions pour l’édition 2017, très encourageantes, les exposants qui ont vu passer clients et prospects, eux aussi ravis, avec en contrepoint, l’exaspération de ceux qui ont subi l’impréparation de certains échanges, les pannes de micro, la circulation impossible dans le dédale d’un parc des Expositions en plein travaux… On finira à l’équilibre. Donc oublions.

Pour l’inaugurale achats, la question initialement posée du TCO (Coût Total of Ownership) dans les achats a paru hésiter : s’agissait-il du véritable coût de possession des outils e-achats eux même ou du recours systématique au dit concept sous la houlette des directions achats? Rapide tour de table des forces en présence où chaque intervenant a pu décliner ses qualités : nouvelle venue en Europe, une place de marchés avec ses catalogues « Amazon like » (Vroozi), un outil de suivi de process achats (Per Angusta), du conseil achats adossé à des outils Sourcing to Pay (Bravosolution), un éditeur « Pure Player » (Ivalua). Une seule direction achats pour arbitrer, une directrice des achats en fait : Sylvie Noël, groupe Covea.

Evaluer les coûts complets

Yvy Montgomery, VP marketing de Vroozi, choisissait d’emblée son cheval de bataille : combien ont dépensé les plus grandes compagnies pour se doter d’outils de commandes en lignes, souvent compliqués d’usage, peu ergonomiques (pour les utilisateurs sinon les acheteurs eux-mêmes) avant d’avouer des taux de déploiement assez faibles pour ne pas dire des contournements réguliers ? Pour elle, aucun doute, les couts complets de traitement d’une commande, depuis un outil e-achat quel qu’il soit, relié à un ERP, peuvent s’avérer élevés et peu générateurs de gains si l’on ne s’avise pas de mettre les utilisateurs au centre avec des interfaces qui donnent envie. Analyser, déployer, faciliter, mesurer, mêmes réduits à un projet e-achats, tous ses items, posés dans l’ordre, cernaient bien le sujet. Pierre Laprée, fondateur de Per Angusta, pouvait faire le lien entre mesure du coût total et process. C’est bien parce que l’on peut décomposer tous les éléments de la vie d’un produit ou d’un service et l’envisager comme un processus que l’on peut aboutir à une mesure du coût total.

Fin de la séquence pédagogique. Avec Geoffroy Naegelen, directeur du pôle Outsourcing de Bravosolution, le débat prend de la hauteur. En gros, coûts d’acquisition, coûts de mise en œuvre (set up), coûts de maintenance, tout le monde (ou presque) sait faire. Plus compliqué : les coûts  de fin de vie des produits, les coûts de retraitement. L’économie circulaire a de plus en plus d’adeptes mais pour continuer à les guider sur la voie des coûts amortis dans le RSE, elle doit encore développer son bréviaire (de bonnes pratiques). Les voies de l’achat ne sont pas impénétrables. Gérard Dahan, directeur général EMEA d’Ivalua, rappelle l’étude qu’il conduit régulièrement auprès d’un panel d’environ 450 responsables achats. Quelle que soit leur domaine d’activité ou leur origine géographique, les achats n’ont qu’un objectif : réduire les coûts ! Un mouvement perpétuel qui rencontre au moins deux écueils : le manque de collaboration entre les parties prenantes, dans l’entreprise ou à l’extérieur, vers les fournisseurs, et une très mauvaise visibilité sur les données elles-mêmes ! Or, pour amplifier des gains, il faut pouvoir aller dans le détail et mobiliser les individus. Le message s’impose de lui-même : sans outil, rien ne peut se faire ! Aucun calcul de TCO ne sera possible sans information sur les fournisseurs. Et cette autre évidence : fournisseurs, vous avez le devoir d’améliorer vos offres !

 

Travailler en mode projet

Prêcher pour sa paroisse n’interdit pas la lucidité. Pour Sylvie Noël, le jugement est sans appel : beaucoup parlent de TCO, peu en font vraiment. Et souvent de façon très partielle. Sur quelques familles d’achat. Normal : cela suppose de fonctionner en mode projet. Il faut être clairvoyant sur le sujet : réussir cette approche suppose avoir des objectifs partagés dans l’entreprise. Les difficultés sur ce plan sont loin d’être négligeables et de rappeler quand même quelques principes : obtenir le soutien indéfectible de sa direction générale, mobiliser tous les métiers (méthodes, ressources humaines, contrôle de gestion, juridique, etc.), prendre le temps nécessaire et… s’interdire « le petit bout de la lorgnette », autrement dit adopter l’angle de vision le plus large possible. Bravosolution renchérit : « ce doit être une vraie stratégie d’entreprise » et Per Angusta complète : « pour prendre les bonnes décisions, de façon collégiale ». Raisonner en TCO, c’est faire du collaboratif. Et de haute volée.

Plusieurs autres principes jalonnent cet exercice : se mettre d’accord sur la mesure des coûts (Ivalua) ; savoir que l’on va opter délibérément pour le changement et l’innovation (Per Angusta) ; la technologie jouera un rôle croissant jusqu’à prédire l’arrivée d’outils de business intelligence, d’analyses prédictives (Bravosolution). Du côté des catalogues (Vroozi), on de désarme pas : pour réduire les coûts, il faut éliminer la complexité. Et redessiner sans cesse les produits ou les solutions pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Les économies d’échelle sont à ce prix… La maturité progresse aussi vite voire plus vite que les systèmes d’information même si beaucoup reste à faire sur la chaîne de valeur. Signe des temps sans doute, la question des organisations a pris le pas sur celle des outils. Un comble pour un salon sur les solutions ? Non. Un aboutissement.

Avènement des portails fournisseurs

Le débat rebondissait sur deux autres tables rondes, l’une consacrée au Procure to Pay, l’autre à son corollaire, la multiplication des réseaux fournisseurs.  Ce que l’on pouvait retenir de la première tient à cette mise en garde : tous les projets qui ont échoué étaient trop compliqués. Pour son auteur, Patrick Chabannes (Determine), c’est même un leitmotiv. Préalable à tout projet : une phase d’étude avec une stricte définition des besoins et une bonne AMOA (Assistance à Maîtrise d’Ouvrage). Recourir à un conseil en phase amont ne serait pas du luxe. Luxe suprême : pouvoir challenger plusieurs éditeurs potentiels…

La question suivante, sur les réseaux fournisseurs, a réuni divers éditeurs de solutions (Perfect Commerce, Ivalua, Basware) et une société de services informatiques qui a également la particularité de pouvoir implémenter diverses plateformes (Numen).  Pas facile d’ailleurs de délimiter les périmètres d’interventions des uns et des autres. Ainsi, Perfect Commerce est-il plutôt du côté des donneurs d’ordres ou des fournisseurs ? Pour Martial Gérardin, son directeur général, la palette des services que cette plateforme peut rendre est extrêmement vaste. Même mis en œuvre côté achats, elle intéresse tout autant les vendeurs (catalogue, commandes, envois de factures, règlement, etc.). La meilleure preuve ? Ces derniers peuvent se voir facturer divers niveaux de services et de façon parfaitement autonomes. Au cœur de ces déploiements se joue une partie essentielle des enjeux touchant aux échanges inter-entreprises : comment gagner en productivité et réduire leurs coûts ? Accès aux marchés, réalisation et intégration des catalogues, gestion des commandes, dématérialisation des commandes, voire solutions de financement (reverse factoring), etc. Erika Perrotin qui gère l’offre PtoP et facture numérique chez Numen résume sobrement les attentes fournisseurs vis-a-vis des différents réseaux : être payés le plus rapidement possible et au moindre coût (implantation, transactions, etc.).

Le marché montre aussi de multiples facettes : certains réseaux fournisseurs seraient-ils plus neutres que d’autres ? Peut-on parler de réseaux « universels » par opposition à des réseaux d’entreprises d’abord mis en œuvre et pour eux même par les donneurs d’ordres ? Même si le groupe remonte la chaîne de valeur vers le P to P (rachat il y a un an de Verian aux Etats-Unis), le finlandais Basware, présent autour de la table avec Bernard Renacle, directeur du centre Excellence, soulignait deux points : d’une part, moins de 10% du volume total des factures échangées seraient dématérialisées (c’est-à-dire hors papier et son avatar, le pdf), d’autre part, la très faible « interconnectivité » des (nombreux) intervenants sur le marché. Or les véritables gisements de gains se situeraient dans une dématérialisation totale des échanges. Combien peuvent-ils ainsi prétendre pouvoir connecter indifféremment petits ou grands fournisseurs et tous leurs donneurs d’ordres quels que soient les systèmes qu’ils utilisent d’autre part ?

Interopérabilité

Les éditeurs, Gérard Dahan (Ivalua) et Martial Gérardin (Perfect Commerce) ne se laissent pas enfermer dans ce débat, indirectement appuyés par Numen. Les premiers mettent en avant leur niveau d’intégration avec les systèmes d’informations des donneurs d’ordres (et donc leur capacité à bien intégrer également leurs fournisseurs) tandis qu’Erika Perrotin (Numen) rappelle que peu ou prou la plupart des solutions sur le marché offrent des services similaires. Que ce n’est rarement la technique qui pose problème mais encore une fois, les process, la formation des utilisateurs, le déploiement de ces outils…

Dans le fond, un ou plusieurs réseaux pour permettre aux fournisseurs de présenter leurs offres et générer du business, personne n’y croit, à l’inverse, des donneurs d’ordres puissamment incitatifs au point de pousser leurs fournisseurs à intégrer leurs portails (en prenant en charge cette migration), cela parait plus crédible. Mais le débat n’est pas achevé, loin de là. Si certains (Ivalua), parlent de réseaux ouverts (notamment à des informations, des services extérieurs, d’autres (Basware) n’en démordent pas : il n’y a d’ouverture que dans l’interopérabilité… Sans parler de la question des normes. Si l’EDI (échange de messages et de données structurées) s’est imposé dans l’industrie, c’est loin d’ête le cas dans les services généraux. Dématérialisation et interopérabilité devraient toutefois faire un pas de plus en 2017. Dans l’hexagone, la puissance publique exerce un rôle prépondérant dans la marche des affaires… A cette date, l’obligation de passer progressivement, dans le cas de la commande publique, à la facture électronique devrait à la fois doper le marché et accélérer les échanges entre les différents acteurs… Très fragmentés aujourd’hui, les échanges de données seront plus homogènes demain. Les réseaux fournisseurs seront le point convergent des organisations, privées ou publiques.

Data big bang

Une dernière table ronde pour évoquer le futur de l’e-achat… Pour Patrick Chabannes (Determine), c’est le big bang annoncé ! Les techniques évoluent.  Des solutions écrites pour le web, réellement cloud apparaissent. Modulables. Plus orientées métiers. Plus souples à mettre en œuvre. Avec des interfaces rénovées. Plus intuitives. L’ergonomie des outils sera un des éléments clés pour s’imposer. Plus de mobilité aussi. Mais surtout beaucoup, beaucoup plus de données. Et donc des besoins croissants en analyses de données. Abondance ou surabondance ? Vive le prédictif en tout cas. Seul bémol : une supposée inappétence des organisations achats à l’égard des outils « e » en général. Le mot est de l’intervenant. Contrairement à leurs homologues côté marketing, ventes, finances. Au point d’épuiser les éditeurs et autres prestataires du moment et les priver, faute de revenus progressant suffisamment vite, de capacités d’innover encore pour répondre à la demande ? Martial Gérardin (Perfect Commerce) termine sur une touche plus optimiste en pariant sur l’avènement très rapide (moins de cinq ans ?) d’un Social Business Network de 500 millions d’amis. Au moins. A suivre…

Publié le 04/10/2016 - Par la rédaction

Soyez les premiers à régir à cet article

Réagir à cet article

Les réactions sont réservés à nos lecteurs ayant un compte.
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur et tout visiteur pourra signaler un contenu de nature à présenter un caractère illicite à l’adresse suivante : contact@lettredesachats.fr

Le dernier numéro

Dernier numéro

N°277 - Décembre 2018

Les indicateurs

Les indicateurs Commoprices

Le catalogue

Le catalogue Silex

Nos partenaires

Retrouvez la revue en format tablette

Apple store Google Play