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Publié le 30/03/2018 - Par la rédaction

Ivalua Now Paris : l'IA donne de la voix

En pleine phase de montée en puissance dans les achats, l'IA interroge. Pour l'escale parisienne de l'événement Ivalua Now, intitulé The voice of procurement, Ivalua a fait monter sur scène son spécialiste de l'IA et des directeurs d'achats pour cerner les attentes du marché et les leviers d'une révolution foisonnante sur le terrain technologique.

Après Londres le 13 mars (voir notre article), Ivalua a jeté l'ancre ce jeudi 29 mars à Paris pour le deuxième opus de l'événement Ivalua Now. Devant un auditoire cosmopolite, avec des clients et partenaires venus de toute l'Europe et de pays plus lointains comme le Japon, le Qatar, l'Afrique du Sud et le Canada, le spécialiste français du procurement avait choisi de placer cette journée sous le sceau de l'intelligence artificielle et du digital. Un choix judicieux. Le jour même où Emmanuel Macron dévoilait la volonté de l’État d'investir 1,5 milliard d'euros dans l'IA d'ici 2022. Parallèlement, Samsung et Deepmind, la filiale de Google, annonçaient l'implantation de leur centre européen de recherche en IA dans l'hexagone.

Au cœur de l'actualité, la révolution de l'intelligence artificielle est appelée à bousculer les pratiques et le métier d'acheteur. Loin d'être subie, la montée en puissance de l'IA est au centre des attentes d'une majorité de directions achats des grands groupes. « Au regard de notre enquête 2017 sur le digital dans les achats, réalisée auprès de 500 entreprises dans le monde, 60 % des entreprises interrogées disposent d'une vision claire de la digitalisation de leurs processus stratégiques dans les cinq prochaines années » a souligné Isabelle Carradine, directeur chez PwC sur la scène de l'Ivalua Now.

 

Le sourcing au cœur des attentes

L'IA fait beaucoup rêver mais le chemin s'annonce encore long pour couvrir de bout en bout l'ensemble du process achats. A ce jour, les attentes se focalisent en grande partie sur le sourcing. « Nous savons déjà générer des propositions d'achats pour passer des commandes assez rapidement avec des articles qui sont référencés par plusieurs fournisseurs. Avec l'IA, une étape supplémentaire serait, pour un article standard non présent en catalogue dans nos outils, que le système génère de lui-même une demande de prix chez un ou plusieurs fournisseurs et propose directement pour cet article un prix et un délai de livraison. L'acheteur n'aurait qu'à valider la commande qui partirait directement chez le fournisseur » indique Jean-Jacques Biglione, directeur des achats de Lisi Aerospace, tout en soulignant également les avantages potentiels de l'IA sur le marketing achats, jugé très chronophage en recherches sur internet ou en rencontres avec les fournisseurs : « L'IA pourrait nous aider à pré-packager une étude de marché en tenant compte de toutes les normes propres à l'aéronautique. Fort de cette vision enrichie et compactée, nous pourrions directement prendre contact avec les fournisseurs ».

Dans un tout autre secteur d'activité, Jean-Claude Barberan, directeur des achats chez Sagemcom, intervenant également lors de l'Ivalua Now, a pour sa part expliqué que ses attentes sur l'IA allaient vers plus de rapidité : « Le sourcing est fondamental dans notre métier car une grande partie des produits a des cycles très courts. Le design de nos produits dans la partie broadbands est renouvelé tous les 18 mois. Le sourcing est donc un élément différenciant dans la compétitivité de l'entreprise. Notre problématique réside dans l'analyse de toutes les données du marché, d'autant qu'une grande partie de nos fournisseurs sont en Asie. Le tri des données dans le big data et la restitution de formats de données pertinents pour faire notre sourcing est donc fondamental pour savoir quel type de risques nous fait prendre notre fournisseur ».

 

L'avènement du contrat intelligent

La gestion des contrats figure également en première ligne des développements en IA, avec en perspective l'aide à la rédaction des contrats ou les alertes automatiques signalant leur fin de validité… « Un point intéressant serait de partir des templates de contrats standards et de les marier avec l'offre commerciale validée auprès d'un fournisseur pour que le système génère automatiquement une trame de contrat prête à négocier qui intégrerait les écarts entre les spécificités de la négociation en cours par rapport aux clauses standards. Les gains de temps seraient en particulier substantiels. Après, la finalisation du contrat et la négociation resteront l'apanage de l'acheteur. Pour le wording et les subtilités de langage, l'humain a encore de belles années devant lui » estime Jean-Jacques Biglione.

L'IA peut également participer à l'élaboration d'indicateurs de risque en fonction de la nature des contrats. « Notre problématique n'est pas dans la réalisation des contrats mais de raccrocher la pertinence du contrat à l'analyse du risque réalisée lors du sourcing et par rapport au secteur d'activité. Par exemple si j'achète des éléments avec beaucoup de logiciels, ma préoccupation sera de savoir si mon contrat est pertinent en termes de propriété intellectuelle. Si je suis dans un secteur d'activité à risque sur la RSE, mon contrat intègre-t-il la dimension éthique… » avance pour sa part Jean-Claude Barberan.

 

Garder un sens critique

Au-delà des attentes suscitées par l'IA, parallèlement nombre d'interrogations émergent en particulier sur la nécessité ou pas de comprendre le cheminement des algorithmes de ces machines, en premier lieu des réseaux de neurones. « En Europe, le projet TransAlgo, auquel participe le CNRS, prône la transparence des algorithmes » souligne Natacha Tréhan, Maître de conférence en management stratégique des achats de l'Université Grenoble-Alpes, tout en s'interrogeant sur la nécessité pour l'acheteur d'être critique par rapport à ces outils.

En l'occurrence, l'IA ne détient pas toute la vérité pour Jean-Jacques Biglione, qui constate : « en suivant aveuglément les recommandations d'un Google Map ou d'un Waze… rien n'assure d'avoir opté pour le meilleur chemin. En conséquence, il faut garder une analyse critique et valider ce qui nous est proposé notamment dans les propositions de sourcing à court terme. Plus généralement, cela pose la question de la compétence des acheteurs qui doit être en capacité de comprendre comment fonctionnent les systèmes ».

Ce constat est partagé par Aurélien Coquard, head of AI chez Ivalua : « en dehors de tâches spécifiques, l'humain doit passer derrière et valider au minimum les décisions. Aujourd'hui, l'IA va probablement nous permettre d'accélérer les tâches répétitives où l'humain n'a pas de valeur ajoutée pour que l'acheteur se concentre sur le décisionnel et stratégique… avec une nécessaire montée en compétence. Néanmoins, à ce jour, le problème d'explicabilité des algorithmes est un sujet de recherche encore assez lointain en tout cas des applications dans les achats ».

 

Les acheteurs, maîtres de leur projet IA

A l'heure du digital, la fonction achats a un certain nombre de défis à relever pour entrer de plain-pied dans l'ère du collaboratif avec les fournisseurs ou industrialiser la gestion du risque… dans un environnement international de plus en plus complexe. « Quatre leviers me semblent essentiels pour répondre aux moteurs de transformation de l'entreprise. Le premier est de disposer d'une full suite source to pay. Pour les Achats, il est vital d'avoir un socle technologique pour gérer sa chaîne de bout en bout, pour dialoguer avec les fournisseurs, pour avoir un circuit du sourcing au paiement, en passant par ses clients internes au moment des commandes. À la clé, la possibilité d'accueillir beaucoup plus de fournisseurs, de mieux maîtriser ses risques et de gérer toute sa chaîne logistique. Le deuxième levier est l'Effective Use, permettant de mieux gérer les processus plus stratégiques, avec des prévisions sur les risques ou les évolutions de prix… S'ajoutent le RPA (Robotic Process Automation), pour l'automatisation des tâches à faible valeur ajoutée notamment dans les centres de services partagés, et le passage du data analytics ou BI à l'IA pour aider l'acheteur dans ses actions et ses choix », explique Isabelle Carradine.

Pour tous les intervenants de l'Ivalua Now, le digital est loin de se résumer à une affaire de technologie. « Les métiers doivent au contraire se l'approprier. Il est également très important de travailler avec ses fournisseurs pour co-construire des solutions et avec votre écosystème interne, notamment la Finance, le Manufacturing et la Supply Chain… pour créer de la valeur et répondre aux enjeux de demain » conclut Isabelle Carradine.

 

Publié le 30/03/2018 - Par la rédaction

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