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Achats publics

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Publié le 08/12/2017 - Par la rédaction

Innovation Défense : les achats à la manœuvre

Juste après le Forum Achats Publics, au même moment que le Salon des Maires, fin novembre, le ministère des Armées inaugurait Innovation Défense, quatre jours de rencontres professionnelles pour promouvoir « la simplification et de la modernisation » au sein de l’administration militaire. Parmi les pratiques innovantes mises en valeur : les achats justement…

Elles sont venues, elles étaient toutes là... Toutes les grandes directions (voir liste plus bas) du SGA (secrétariat général pour l’administration) ont contribué au succès d’Innovation Défense, évènement qui s’est tenu quatre jours durant. Pour faire oublier les restrictions budgétaires, de la même façon que Paris valait bien une messe, le ministère des Armées pouvait organiser la sienne destinée à mettre en valeur toutes les réalisations et projets dans les métiers du soutien (dépenses hors armement) comme dans les fonctions supports (achats, finances, ressources humaines, numérique).

Ouverture aux civils

La mission achats, emmenée par Jean Bouverot, son RMA (responsable ministériel des achats) avec à ses côtés le lieutenant-colonel Stéphane Moenner, chef du pôle qualité, pme et innovation, animait elle-même une matinée de débats, un premier sur les relations avec les startups et les entreprises innovantes, un second sur la professionnalisation des achats. Le tout sous le signe remarqué de l’ouverture. Parmi les invités civils : Hubert Delattre, directeur achat innovation du Groupe Faurecia, Sylvie Robin-Romet, directrice des achats du Groupe Crédit Agricole, Charles-Edouard Escurat, directeur adjoint su RESAH (Réseau des Acheteurs Hospitaliers), Patrice Pourchet, responsable pédagogique des programmes Management des achats de l’ESSEC ou encore Laurent Deleville, directeur Open innovation au sein de la direction innovation du groupe Safran.

Le ministère des Armées en chiffre, c’est 250 000 personnes, un budget (2017) de 32,5 milliards d’euros dont 18 milliards d’euros d’achats, 14 milliards pour la seule DGA et 4 milliards pour les dépenses fonctionnelles. Pour 2017 toujours, l’Etat veut économiser 850 millions d’euros mais promet une hausse de 1,6 milliards dès 2018. En termes d’organisation, 55 bases sont réparties sur l’ensemble du territoire avec un fonctionnement mutualisé (achats, finances notamment) même si chacune des trois armées (terre, air, mer) possède son autonomie. Les achats occupent 2 700 personnes dont 600 à la DGA. Les enjeux de la sécurité, qu’ils soient intérieurs pour lutter contre les nouvelles menaces du terrorisme ou extérieurs pour engager nos forces sur d’autres territoires, sont évolutifs par définition. L’innovation est une préoccupation constante pour les armées mais elle doit toucher autant les matériels ou les systèmes que les processus.

Dès les premiers échanges, les exemples d’innovation abondent pour camper le décor dans les métiers du soutien : allégement des équipements de soldats, utilisation de nouveaux textiles, exosquelettes (port de charges en mobilité), imagerie de nuit, etc. Ici, l’avantage compétitif, c’est de pouvoir l’emporter sur les ennemis. Reste le plus important : faire la démonstration d’un dialogue permanent entre prescripteurs et acheteurs. Pour identifier et sélectionner de nouveaux fournisseurs, rassurer les utilisateurs, sécuriser les vendeurs, les préfinancer parfois voire anticiper des règlements souvent vitaux pour de nouveaux entrants, aborder des points toujours délicats lorsqu’il s’agit de propriété intellectuelle, etc. Nous sommes loin de l’image d’Epinal d’acheteurs soumis à des prescripteurs.

Enjeux comparables

Du côté du secteur automobile (Faurecia), les enjeux sont comparables : terrain de jeu mondial, concurrence internationale, nouveaux entrants potentiels, rupture technologique annoncée (véhicule autonome, énergie électrique, etc.). Quel rôle peuvent jouer les achats dans l’open innovation ? En interne ? C’est toujours compliqué de franchir les murs invisibles qui compartimentent souvent les activités quand ce ne sont pas les fonctions elles-mêmes. Chez l’équipementier, un comité innovation associe R&D, marketing et achats. Mais cela n’empêche pas les équipes de devoir trouver les bons sponsors dans l’entreprise, le bon timing pour défendre une idée créative, en bref, vendre une idée en interne… Et puis reste à définir, le cas échéant, le bon niveau de partenariat (en clair : pour faire quoi et qui paye), contractualiser (avec en tête toutes les règles liées à la propriété intellectuelle) et enfin suivre l’exécution des idées… Avec les startups, l’affaire se complique inévitablement : d’une part, la disparité des organisation (entre grands donneurs d’ordres et structures de petita taille) et d’autre part, les besoins des seconds (engagement dans la durée, financement) ne s’accordent pas immédiatement avec les précautions exigées par les premiers (capacité financière, degré de dépendance, solidité du capital et/ou du management, etc.).

Le deuxième témoignage (Crédit Agricole, 7 milliards d’achats dont la moitié pour l’informatique) était édifiant à ce titre. Dans un groupe très décentralisé, une première démarche en faveur de projets innovants a été lancée : sur 500 dossier déposés et 126 sélectionnés, seuls trois d’entre eux auraient aboutis… en trois ans de temps. Les raisons n’ont pas manqué pour expliquer un relatif insuccès (concurrence interne, prescriptions difficiles à faire passer, etc.). Depuis, le groupe passe par une plateforme (Earlymetrics, une startup !) pour mieux appréhender les entreprises candidates (leurs dirigeants font l’objet d’enquêtes répétées). Aujourd’hui, 110 entreprises seraient entrées dans cette course à l’innovation, avec des Poc (Proof of concept) à la clé… Les équipes achats se sont adaptées à ce nouvel écosystème… Même au prix d’une démarche documentaire sans doute contraignante. Autre écueil avancé par la banque : des contrats peu adaptés à ces fournisseurs… du 3e type (les fournisseurs du futur, après les anciens et les nouveaux, Ndr).  L’idée a jailli d’un rapprochement avec les grands acteurs du privé. Une initiative devrait être prise entre le CNA (Conseil National des Achats), le Medef et la Médiation des entreprises pour rassembler les meilleures pratiques.

Le troisième invité (Resah) affiche lui aussi sa capacité à gérer l’innovation (14 CHU dans son escarcelle), qu’il s’agisse d’équipement ou de service. Le rôle des achats ? Dans le cadre d’une veille systématique des marchés : détecter, évaluer, diffuser… Avec des acheteurs qui pourraient être évalués voire « incentivés » dans leur approche innovation. Le sujet n’est pas tabou ans une organisation parapublique…

Transversaliser

Le ministère des Armées revendique à son tour son organisation achats : des montants conséquents, une gouvernance forte, des relations fournisseurs responsables, une orientation PME revendiquée, une volonté d’innover tout à fait compatible avec les engagements de la commande publique. Même s’ils ne le disent pas à la tribune, les responsables de la mission achats viennent d’engager la 3e phase de transformation de la fonction (la précédente avait débutée en 2007 avec l’arrivée de Jean Bouverot). La lettre de mission aurait été signée par la ministre des Armées, Florence Parly. Le plan 2017-2020 prévoit de transversaliser davantage encore l’organisation, renforcer son intégration ainsi que le pilotage des actions. Adopter un panel commun de fournisseurs comme se doter d’un système d’information achat pour l’ensemble des directions. Le choix de cet outil serait d’ailleurs déjà fait.  Marc Etienvre, chef du bureau des emplois, des compétences et de l'organisation au sein de la DRH du ministère soulignait d’autre part que les achats figuraient bien parmi les 32 métiers identifiés au sein de la Défense nationale. Il s’agissait bien d’une famille professionnelle à part entière avec deux branches (armement et infrastructure) avec une cartographie des compétences recherchées, un comité des ressources humaines achats, etc. Qu’on se me dise : il n’y a pas que des juristes aux achats dans le public !

Mais les outils juridiques ont eux aussi beaucoup évolué comme devait le rappeler la représentante de la DAJ 5directions des Affaires juridiques, Laurence Bernard. Avec les nouvelles évolutions 2015-2016 de la réglementation, un vent nouveau soufflerait même sur la commande publique favorisant le sourcing, la négociation, etc. Parmi les axes de travail à privilégier désormais ? Améliorer les consultations avec des fiches sourcing renforcées et redoubler d’efforts auprès des PME que les achats publics rebutent encore (complexité des réponses aux appels d’offres). Les nouveaux achats publics seraient-il plus risqués ? Non ! Sur 680 marchés conclus dans l’années, seul deux seraient contestés aujourd’hui…Ultime étape possible de cette transformation : continuer à convaincre encore et toujours le top management… « Il faut aussi que les décideurs se remettent en cause dans leur conception des achats ! » lançait Dominique Luzeaux, un gradé, directeur adjoint « plans », Direction centrale de la DIRISI. Qui a dit que les militaires ont toujours le doigt sur la couture du pantalon ? Le code des marchés publics n’est pas contraignant, c’est une boîte à outils qu’il faut savoir utiliser. Exécution ! Simple rappel venu de l’ESSEC : il faut aussi que les formations achats mettent l’innovation à leur programme comme une composante incontournable des métiers de l’achat.

Décider les décideurs

Pour conclure cette matinée, qui mieux que le directeur Open innovation au sein de la direction innovation du groupe Safran, Laurent Deleville, venu des achats ? Pas de langue de bois de sa part : chez Safran (8 milliards d’euros d’achats), toutes les activités sont potentiellement menacées (fusées, drones, systèmes d’information). L’entreprise a le devoir de continuer à innover, élargir sa recherche aux PME et aux startups. « Il faut se servir de tout pour imaginer le futur ! » assène-t-il avant de conseiller : « pour vendre des idées en interne, ne pas hésiter à trouver un gourou de l’innovation dans le domaine visé qui sera le sponsor auprès des décideurs… » Les grands sorciers de l’innovation ont finalement des recettes assez classiques. Il suffit de les mettre en œuvre.  Encore un point commun avec les achats.

 

Sur le village innovation :

 

ACI (Associations des Conseils en innovation) : 70 sociétés de conseils (plus de 3 000 salariés) au service d’un objectif : 2% d’achats innovants. www.asso-conseils-innovation.org

 

Agoply : une toute nouvelle centrale d’achats qui référence des distributeurs. www.agoply.fr

 

Dhatim : l’outil Conciliator décliné pour l’achat public. www.conciliator.ai

 

Refondemand : une toute nouvelle plateforme également. Pour vérifier l’authenticité d’une véritable relation commerciale entre entreprises. www.refondemand.com

 

 

Ministère des armées – Organisation

SCA Secrétariat Général pour l’Administration

Les principales directions :

DAF Direction des affaires financières

DRH-MD Direction des ressources humaines du ministère de la défense

DAJ Direction des affaires juridiques

MA Mission Achats

DPMA Direction du patrimoine, de la mémoire et des archives

DSNJ Direction du service national et de la jeunesse

SID Service d'infrastructure de la défense

SPAC Service parisien de soutien de l'administration centrale

 

DGA Direction générale de l’armement

EMA Etat-major des armées

 

Les armées

Les services interarmées :

SCA Service du commissariat des armées

SEA Service des essences des armées

SSA Service de santé des armées

DIRISI Direction interarmées des réseaux d'infrastructure et des systèmes d'information de la Défense

 

Crédit photo : E. Rabot / SGACOM

Publié le 08/12/2017 - Par la rédaction

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