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Publié le 21/09/2020 - Par Guillaume Trécan

Thomas Gouzènes (Conseil national de l’industrie) : « Parmi nos axes de travail, la souveraineté technologique et la transition écologique de l’industrie »

Le secrétaire général du Conseil national de l’industrie (CNI) revient sur les démarches collectives entre donneurs d’ordres et fournisseurs initiées par les Comités stratégiques de filières et éclaire les opportunités offertes par le plan de relance pour consolider l’écosystème industriel français.

Pouvez-vous nous présenter l’action du Conseil national de l’industrie et des comités stratégiques de filières ?

Le Conseil national de l’industrie (CNI), présidé par le Premier ministre ou Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, et les comités stratégiques de filières (CSF) fonctionnent ensemble, le CNI ayant une vision transverse et les CSF traitant les sujets spécifiques à chaque filière industrielle. En 2017, le gouvernement s’est approprié le format pour le redynamiser autour de deux logiques. Premièrement, le CNI et les CSF servent de lieux d’échange entre l’État et les industriels pour discuter des enjeux de politique publique dans l’industrie à travers des canaux simples de dialogue rassemblant les fédérations professionnelles et les organisations patronales et syndicales pour plus d’efficacité. Deuxièmement, le pilotage est placé dans les mains des industriels qui prennent ainsi leur responsabilité par rapport aux enjeux discutés avec l’État et inscrits dans les contrats stratégiques de filières, des feuilles de route, signées avec les industriels et les pouvoirs publics. Les actions des CSF sont ainsi des actions collectives prises en main par les industriels eux-mêmes. Elles portent sur des sujets concrets – numérisation des entreprises, développement international, prévision des besoins d’emploi, accompagnement à la modernisation des PME… – et des projets stratégiques, les grands programmes d’innovation, qui initient l’avenir du secteur, comme par exemple la mobilité bas carbone dans l’automobile.

Y a-t-il une dimension solidarité interentreprises dans ces actions ?

Elle existe, mais la notion qui sous-tend le plus souvent les actions des CSF c’est le collectif plus que la solidarité, qui implique une relation de haut en bas, telle qu’on en rencontre dans certaines relations entre donneurs d’ordres et sous-traitants. Or les relations entre donneurs d’ordres et sous-traitant sont hétérogènes d’une filière à une autre, car toutes ne sont pas constituées de la même manière. Les choses sont très différentes dans des filières très verticales comme l’automobile et l’aéronautique et dans les filières plus horizontales comme par exemple l’agroalimentaire.

Les feuilles de route des CSF comprennent beaucoup d’actions d’aide aux PME, des aides à la modernisation, des programmes d’accélération, d’accompagnement des chefs d’entreprise dans le pilotage de leur PME. Ces programmes sont souvent cofinancés par les pouvoirs publics et par la filière et donc par les grands groupes.

Juste avant la crise, nous avions aussi lancé la désignation dans chaque filière d’un référent PME dont le rôle est à la fois de compléter l’action de la Médiation des entreprises et de pousser davantage les actions en faveur des PME dans sa filière. Désignés tout juste avant le confinement, ils avaient vocation à se focaliser sur des problématiques classiques de relations grands comptes PME, tels que les retards de paiement. Avec l’arrivée de la crise sanitaire et économique, ils ont finalement été appelés à se mobiliser pour intervenir sur des questions très opérationnelles de remise en route de l’activité, d’équipements en masques, de protocoles sanitaires, etc.

Comment la notion de responsabilité des têtes de filières a-t-elle évolué depuis la crise de 2008 ?

Ce que l’on vise dans l’intérêt collectif de l’action des filières, c’est le positionnement de l’industrie française dans un environnement mondial extrêmement compétitif. Il s’agit de préparer l’avenir au plan technologique en encourageant les démarches mutuelles. Les têtes des filières – ou grands donneurs d’ordres – doivent être les champions d’aujourd’hui et de demain face à une concurrence mondiale exacerbée et contribuer aux capacités de projection à l’international de l’ensemble de la filière.

En quoi consiste aujourd’hui l’action des CSF et des référents PME ?

Les discussions avec les filières ont à présent pour horizon le plan de relance économique dont le volet industriel a été construit avec les contributions de tous les CSF concernés. Un axe que nous allons continuer à travailler en priorité avec les CSF est celui de la souveraineté technologique, de la localisation en France de nouvelles activités de production, en particulier dans les secteurs jugés critiques, de la résilience du tissu industriel. Un appel à projets a été annoncé à cet effet par Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’Industrie et les industriels peuvent déposer leurs offres depuis le 31 août sur la plateforme de Bpifrance. Nous travaillons également activement à la décarbonation, et à la transition écologique de l’industrie. Les questions d’achats, d’approvisionnement, de solidarité interentreprises se logent en particulier dans le premier axe.

Dans les actions d’accompagnement des PME par les CSF en sortie de crise, se posent des questions de fond sur leur sourcing. Nous sentons dans nos échanges une véritable prise de conscience de l’incertitude qu’il y a à avoir un fournisseur lointain, que ce soit en termes de distance, de culture, d’habitudes commerciales… Reste à trouver le moyen de concrétiser ces réflexions abordées avec le Conseil national des achats dans le cadre d’une enquête menée par PwC : faut-il du conseil, des réflexions avec les filières, des rencontres entre acheteur ?

Cela ne fonctionnera que si les industriels sont convaincus du bien-fondé économique de la démarche. Le critère prix n’est pas le seul qui intervient aujourd’hui dans les choix de localisation des achats, et il nous faut probablement valoriser davantage en France l’intérêt des donneurs d’ordres à développer des relations de long terme avec des PME industrielles de leur territoire, comme cela peut être le cas dans d’autres pays. Quand une entreprise française fait une offre intéressante à un grand groupe, son premier réflexe est parfois d’aller la challenger avec des concurrents d’autres pays. Les enseignements de la crise peuvent contribuer à faire évoluer ces habitudes.

Certains CSF ont-ils déjà amorcé un travail sur les difficultés d’approvisionnement de matières stratégiques ?

Le CSF mines et métallurgie a travaillé sur ce thème. C’est un secteur dans lequel il y a un fort enjeu de souveraineté industrielle en ce qui concerne les sources d’approvisionnement de matières que l’on ne trouve pas en France.


(Lire également notre enquête Relations interentreprises : clients et fournisseurs veulent la jouer collectif, dans la LDA n°296)

Publié le 21/09/2020 - Par Guillaume Trécan

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