Publicité

Evénement

Actualité

Publié le 22/04/2020 - Par La rédaction

Confinement-Déconfinement : les achats risquent d’attraper le tournis

L’organisation d’événements a migré du monde physique au numérique ! Il suffit de jeter un œil à la page Agenda de La Lettre des Achats. Les propositions se multiplient de ces rendez-vous en visioconférences. Retour ici sur les quinze derniers jours. L’ADRA (Association des Directeurs et Responsables Achats) a tiré la première puis Républik MDC (Trophées des Achats), Crop and Co et The Buyers Lab. Depuis, d’autres ont suivi. Le confinement et ses conséquences étaient à l’ordre du jour au début. Mais aujourd’hui, il n’y en a plus que pour le déconfinement. Tout va très vite…

En quelques jours, la page Agenda de la Lettre des Achats s’est remplie de propositions de webinaires et autres visioconférences. Zoom, Microsoft Teams, Livestorm voir Jitsi (startup d’origine française) sont les premiers gagnants toutes catégories confondues du monde d’après (Covid-19) qui se dessine sur le sable d’un ancien effondré en quelques jours. Comment reconstruire ? Si beaucoup de nos contemporains sont en chômage technique (près de 10 millions d’inscrits en moins de 4 semaines) ou en télétravail, il y en a au moins un qui ne ménage pas sa peine : Pierre Pelouzet, le Médiateur des entreprises. Il est partout cet homme, il court les colonnes (ici dans La Lettre des Achats), les rédactions, les plateaux TV et Radio pour alerter sur les dangers que courent les fournisseurs. Souvenez-vous la crise financière de 2008 quand tous les grands capitaines d’industrie (c’est la formule) répétaient en boucle : « cash is king ! ». En gros, on arrête de dépenser (de payer…), on coupe ! En 2020, ce serait bis repetita ? Des courriers circulent, des listes se préparent (les bons payeurs d’abord, les mauvais ensuite ?). Le name shaming aura-t-il le vent en poupe ? En attendant, les Achats se planquent (un peu) et laissent passer l’orage. Les actions visant à faire fabriquer de masques ou des respirateurs sont mises en avant. C’est déjà ça et c’est bien !

On paye ou on ne paye pas ?

A l’ADRA, dès le 7 avril, ils étaient 27 à avoir accepté d’apparaître pour cette première en visioconférence, qui devant son armoire normande, qui à côté d’une plante verte voire carrément dans son jardin… Les trois organisateurs, Arnaud Minvielle, Martin de Neuville et la présidente, Sylvie Noël (Covéa), ont tout de suite su que le thème choisi (Situation de crise Covid-19) allait marcher… Propos liminaire avant que ne commencent les témoignages : « Les achats sont confrontés à quelque chose qu'ils n'ont jamais connu et que pour certains, même dans leurs cauchemars les plus fous, ils n'avaient pas imaginé... ».

Débute le tour de table. Les premières interventions frappent par la similitude des difficultés constatées : ralentissement voire arrêt des activités, des PCA (plans de continuité d’activité) plus ou moins opérants (et souvent réalisés avant crise dans un scepticisme de bon aloi…), des fournisseurs qui stoppent leurs travaux et avancent comme motifs des problèmes d’approvisionnement ou la difficulté d’assurer la sécurité sanitaire de leurs salariés... Il y a quand même un motif de satisfaction : la capacité et la rapidité des entreprises à déployer le télétravail. La bascule a été immédiate. Worldwide. Les bureaux ont fermé et les collaborateurs sont partis avec leurs devices sous le bras. En 2008, des tours de bureaux à New York partaient des traders avec des cartons sous le bras. Cette année, la mobilité est d’abord numérique. Autres redéploiements évoqués : les plateformes d’appels (en télétravail là aussi), les outils de dématérialisation des… factures et plus largement les SI Achats. Certains en ont même profité pour signaler une hausse du trafic (requêtes).

A propos des règlements fournisseurs, certains signalent la réduction de l'activité de la Poste pendant un certain temps avec pour conséquence, l’idée de passer de l'édition de lettres-chèques à de la réception de factures en format PDF (courriels dédiés) avec des virements pour finir. Si tout a été mis en place de façon aussi fluide, bravo. De quoi faire oublier ces plateformes e-achats (et non des moindres) qui font envoyer par les donneurs d’ordres à leurs fournisseurs des PDF de plus de 30 pages (!) pour leur expliquer comment déposer désormais leurs factures…

Mais il y a pire. Quand les services achats des clients appellent leurs fournisseurs pour annuler sine die des prestations pourtant dûment commandées. Et ces annulations côté vente finissent par remonter sur le bureau du directeur achats des fournisseurs en question. Avec ce commentaire que l’on devine : « C’est comme cela que vous fonctionnez dans les achats ? ». L’esprit de solidarité vis à vis de la profession finit par se fissurer. Et cette question fuse : « Recevez-vous des instructions directes de la part de vos DAF ou de vos dirigeants pour casser des contrats ou repousser des règlements sans parler d’en renégocier a posteriori les conditions ? ». Alors, dans le passé, oui, il y a eu, peut-être, des messages en ce sens. Mais plus maintenant : d’abord, parce que les achats ont fait de réelles avancées. Bien structurés, ils ont le pouvoir de dire non ! Plus qu’avant. Et ils peuvent aider aussi leurs propres dirigeants, le cas échéant, dans leur posture de fournisseurs, à contourner les achats d’en face, pour s’adresser aux dirigeants de leurs clients. A front renversé peut-être, mais à la manœuvre, et outillés, dans tous les cas.

La vertu de l’écosystème

Il reste que les achats dans une telle crise ont l’impérieuse nécessité de bien cartographier les risques qui se présentent à eux. Il y avait aussi une sorte de consensus (derrière les écrans) que les plus petits fournisseurs jusqu’aux TPE, aux indépendants, devaient être soutenus avec des règlements sans délai. Voire avancés. Les plus gros fournisseurs réputés plus solides resteraient dans les termes conclus… Entendu aussi cette nuance dans le feu de l’échange : il y a des fournisseurs puissants par la taille aux trésoreries fragiles et des startups aux réserves solides… Que fallait-il en conclure sinon qu’il fallait se hâter de ne pas juger trop vite ? Dans tous les cas, l’idée de dénoncer dans un tweet rageur les mauvais payeurs n’a pas paru être la solution la plus adaptée. Une façon de souligner que les relations achats-fournisseurs s’inscrivaient dans des écosystèmes aux contours très vastes. Les interdépendances sont nombreuses. Déjà les perspectives du déconfinement alertent les acheteurs sur les capacités de leurs fournisseurs à ce moment-là. Seront-ils privilégiés dans les plannings au moment où il le faudra ?

Mais au tout début du mois d’avril, c’est la question des masques qui occupe les esprits : évaluer les besoins, les différents formats, activer des sites de production locaux (voilà le débat sur les relocalisations directement relancés). Il y a déjà de belles histoires à raconter (ici dans La Lettre des Achats). Il y en aura d’autres. A noter aussi cette initiative commune à Air Liquide, PSA, Schneider et Valeo pour produire des respirateurs (ici dans La Lettre des Achats). Les achats industriels donnent le ton. De leur côté, les associations ne restent pas inactives. Elles concluent des accords de coopération autour des bonnes pratiques (ADRA-ARSEG, voir PJ) ou promeuvent des guides d’achat de matériels de prévention (le CNA et son HA Lab, voir PJ). Enfin, les collectivités publiques se manifestent aussi. Ainsi la région Ile de France permet aux entreprises du territoire d’accéder aux services de sa centrale d’achats pour passer leurs commandes de masques. Un autre exemple de coopération Public-Privé. Ce n’est pas le seul.

Les deux rendez-vous successifs, les 14 et 16 avril, organisés par Républic MDC Visio, l’un réunissant des Directeurs de l’Environnement de Travail, l’autre des Directeurs Achats, ont montré comment les préoccupations des entreprises ont basculé en moins d’une semaine. Fixé au 11 mai, le déconfinement (progressif) est désormais dans toutes les têtes. Reconnaissons-le, les préoccupations exprimées par les DET apparaissaient très concrètes. La protection des salariées pointait au 1er rang avec en corollaire la question des masques toujours (usage, durée, quantité, etc.) depuis le domicile jusqu’aux bureaux en passant par les transports en commun. Autres sujets prégnants (en lien avec des marchés fournisseurs présents ou à venir) : achats de plexiglass ou de cloisons mobiles pour organiser la distanciation physique (et non plus sociale, expression plus discriminante) entre salariés, contrats de nettoyage des local voire de leur désinfection (attention particulière portée aux ascenseurs, espaces clos et peu ventilés par définition), réouverture (ou pas) des restaurants d’entreprise, pose de signalétique adaptée autant pour le rappel des précautions à prendre que pour gérer les flux de déplacements dans les bureaux/ateliers. Autant de chantiers à définir et « négocier » en urgence. L’impression dominait que c’était au niveau de ces DET que s'appréciaient toutes ces démarches.

Différences d’appréciation

Certains des participants, même s’il est peut-être encore trop pour le formaliser, envisageaient à terme une reconfiguration possible des parcs immobiliers (réductions des surfaces). L’idée du télétravail a gagné tous les esprits. Les grèves de décembre ont relancé un phénomène qui s’est déployé à l’occasion de cette crise sanitaire. Dans tous les cas, les préoccupations vis-à-vis des fournisseurs consistaient à cartographier tous les paramètres, entre réduction de certains engagements et redéploiement de nouveaux en fonction de la situation. Evaluer aussi leur pérennité à court ou moyen terme. Dernier sujet qui aurait pu être évoqué : la question des déplacements. Ils devaient faire l’objet de la part de RépubliK MDC d’une visioconférence dédiée pour les travel managers. Mais dans un contexte de confinement généralisé à l’échelle de la planète, et d’une fermeture des frontières, le sujet est très sensible. Là encore, les aspects mobilité et sécurité des personnes devront être confrontés aux besoins d’échanges des entreprises…

Tonalité quasi-identique du côté du Club des Managers animé par Républik MDC. Ce qui ressortait le plus tout de même, c’était le soupçon jeté sur les achats de faire défaut à leurs fournisseurs : réduction voire suppression des projets, retards de paiement, tentative de renégocier des engagements passés sous l’effet de la crise, etc. Les participants mettaient cependant un point d’honneur à tenir des propos rassurants à l’égard de leurs fournisseurs, et les plus petits d’entre eux en particulier. Ce n’est jamais dit mais on sent qu’ils repoussent autant qu’ils le peuvent la férule des financiers pour se montrer à l’écoute des marchés. Leur vision d’ensemble est tout aussi appréciable lorsque certains comparent la disparité des situations d’un pays à l’autre. Les limites de la massification se voient là : expression des besoins, différence des situations, réponses variées des fournisseurs, etc. La dimension internationale des achats reste très éclairante.

Dans un autre genre, Crop and Co (Fabrice Ménelot) et The Buyers Lab (Quentin Mirablon) proposait un dialogue à distance. Baptisé Regard croisés, très didactique, il revisitait tous les fondamentaux de la fonction Achat. Certains ont encore la peau dure : distinction achats/approvisionnement, négociation, reconnaissance, position stratégique, etc. Par moment, l’échange prenait justement des allures de négociation, les deux intervenants affichant des sensibilités différentes sur tel ou tel aspect du métier. Si le plus ancien dans la pratique s’attardait peu sur les ressorts de la négociation, le plus jeune butait encore sur la question de la reconnaissance de la fonction dans les entreprises. Etonnant mais sans doute vécu. Donc un indice à considérer qu’il subsiste encore beaucoup d’écarts entre théorie et pratique et selon aussi le niveau hiérarchique. Très suivi par un public d’acheteurs qui réagissaient beaucoup en direct (chat), l’exercice confirmait ces écarts de perception. Très agréable à suivre, très décontracté aussi, cet exercice sera renouvelé. Si toute la diversité des Achats peut s’exprimer, c’est tant mieux. Confinement ne veut pas dire enfermement !

C’est Martin de Neuville (ADRA & Pas@Pas) qui apporte, à distance, la meilleure conclusion à tous ces échanges. En trois points : le premier, les achats sont en première ligne dans la crise qui nous occupe., ils travaillent énormément, mais finalement, encore une fois, ils sont (encore) un peu en retard au rendez-vous, de la communication. Le métier reste méconnu et c'est une occasion en or de le faire mieux connaître. Deuxième point : le sujet a quand même beaucoup progressé à l'intérieur des entreprises. Précédemment, les acheteurs ont été relativement écrasés par le financier (règlement fournisseurs stoppés voire rallongés). Troisième point qui ressort : quand il s'agit de fournisseurs et de maintenir la pérennité d'une base, ce sont les achats qui sont à la manœuvre. Si les métiers ont bien le contact avec les fournisseurs, quand il s'agit de les suivre dans le détail pour savoir si tel ou tel va bien ou mal et décider des différentes actions, les achats ont un savoir-faire unique. Qu’on se le dise.

Communiqué ADRA-ARSEG

Communiqué CNA Crise Covid-19

Publié le 22/04/2020 - Par La rédaction

Le dernier numéro

Dernier numéro

N°297 - Octobre 2020

Le catalogue

Le catalogue Silex

Retrouvez la revue en format tablette

Apple store Google Play