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Publié le 19/05/2018 - Par la rédaction

Université des achats : les Achats, bras armé du comex ?

Le temps d’une plénière, l’édition 2018 des Universités des achats a proposé à ses participants, professionnels des achats, de vérifier ce que le comex attend d’eux… en plus d’une vingtaine d’ateliers animés par des sponsors éditeurs et consultants et des directeurs achats.

Pour la première conférence plénière de ses Universités des Achats 2018, le Conseil national des achats (CNA) a réalisé le rêve des directeurs achats qui se verraient bien siéger au comex de leur entreprise, en réunissant sur scène un directeur général – Olivier Rousset de Bouygues Télécom – un directeur financier – Damien Gros, L’Oréal Luxe –, un directeur Open Innovation – Laurent Deleville, Safran –, une DRH – Sophie Moreau Follenfant, d’Egis – et bien sûr un directeur achats, en la présence du président du CNA et directeur adjoint des services du Conseil régional d’Île de France en charge des achats, Marc Sauvage. Un comex très au fait des contributions stratégiques qu’un grand groupe est en droit d’attendre de sa direction des achats, mais pas pour autant convaincu de l’intérêt de confier un siège en son sein aux Achats.

 

En être ou pas

Tout comme son voisin de table-ronde, Olivier Rousset, Damien Gros estime ainsi que « la limite de responsabilité est un bon moyen de savoir où l’on doit mettre la fonction », avant d’asséner à son auditoire un cinglant : « la décision finale sur les Achats est rarement celle des Achats ». A l’appui de son argument, le CFO de L’Oréal Luxe rappelle qu’en dépit de son passé de directrice des achats (voir LDA N°187) l’actuel directrice des opérations de L’Oréal, Barbara Lavernos, n’a pas jugé nécessaire d’ouvrir les portes du comex aux Achats. Mais nul doute que, par son intermédiaire, les problématiques achats y sont bien représentées, puisque sa successeur, Régine Lucas ( voir LDA N°254) lui reporte en direct et que toutes deux ont su faire converger stratégie achats et stratégie d’entreprise. Nul mépris d’ailleurs de la part de Damien Gros pour qui « les Achats sont le bras armé du contrôle interne et de la gestion des risques ».

D’ailleurs, ne pas siéger au comité exécutif, n’empêche pas d’y faire entendre ses arguments. Ainsi pour redresser Bouygues Télécom lors des années critiques consécutives à l’arrivée du quatrième opérateur, Olivier Rousset n’a pas oublié de mobiliser la direction des achats pour associer les fournisseurs stratégiques aux efforts de redressement de l’entreprise. « Ce ne sont finalement pas des fournisseurs, mais des partenaires qui nous ont accompagné », note le directeur général de l’opérateur, parfaitement conscient de la dépendance d’une entreprise, aussi grande soit-elle, vis-à-vis de ses fournisseurs. « On peut être un leader mondial. Dans n’importe quel domaine il y a toujours des experts qui ont une solution à proposer à laquelle nous n’avions pas pensé », rappelle-t-il.

 

Le pilote de l’actif fournisseur

Une évidence qui a fait son chemin chez Safran, où Laurent Deleville a inauguré une fonction créée de directeur de l’open innovation, à la fois membre du comité achats du groupe et de la direction de la R&T. Avec la direction des achats industriels et la direction des achats indirects, sa fonction préfigure selon lui la troisième composante de ce que devrait être l’avenir des Achats : une direction du Supplier Relationship Management.

Pour celui qui, avant de rejoindre ces fonctions tournées vers l’innovation fournisseurs chez Safran, était directeur des achats de Turbomeca ( voir la LDA n°192), le potentiel de création de valeur des acheteurs n’a pas de secret, mais leurs limites non plus. Ainsi, pour lui, si « l’acheteur est quelqu’un qui connait parfaitement bien son panel », « sa limite est qu’il ne connaît pas toujours ce qu’il y a en-dehors de son écosystème. » Combien peuvent en effet consacrer du temps à la veille et à la recherche de nouvelles idées sans avoir à rendre des comptes pour ce temps non directement productif ?

Autre obstacle à surmonter pour l’acheteur, celui d’une trop forte aversion au risque susceptible d’inhiber l’innovation. « La mission de l’acheteur est drivée par l’analyse du risque. Lui demander de s’ouvrir au risque est donc contre-intuitif », regrette Laurent Deleville, qui note cela dit que les acheteurs ont beaucoup à apporter en la matière. En effet l’innovation ne justifie pas n’importe quel risque et les acheteurs sont bien placés pour faire de l’atténuation de risque dans la mesure où ils sont « habitués à détecter les signaux faibles ».

Les membres de ce comex de circonstance sont d’ailleurs unanimes pour expliquer le rôle essentiel des acheteurs dans la gestion des risques : les risques de dérapages contractuels pour Laurent Deleville, les risques liés au choix d’un fournisseur peu fiables pour Olivier Rousset et les risques réputationnels que certains peuvent faire courir à leur donneur d’ordres pour Damien Gros.

 

Acheteur gestionnaire de risque ou source de risque

Reste que les acheteurs eux-mêmes, quand leur pratique est orientée vers la recherche de réduction de coûts systématiques, sont susceptibles de faire peser un risque sur leur entreprise : « la confiance peut se tuer en quelques négociations mal placées et nous travaillons sur des innovations qui sortiront dans vingt ans », alerte le directeur Open Innovation de Safran. Ce qui montre bien le haut degré de responsabilité que doit assumer la fonction achat dans un environnement où donneurs d’ordres et fournisseurs sont de plus en plus interdépendants.

La parole est au directeur financier toujours très intéressé de retrouver sur sa bottom line l’impact des actions des achats. Damien Gros l’assure la main sur le cœur : « quand nous fixons des objectifs d’économie, nous définissons le minimum et le raisonnable et je leur demande toujours le raisonnable. » S’il ne cache pas son intérêt pour les gains de performance financière apportés par les Achats, Damien Gros précise toutefois : « Au-delà de la négociation, je crois beaucoup aux savings liés à l’organisation. » Pour qu’ils soient capables de ne pas négocier que le prix, mais aussi la manière dont la prestation est organisée, il a par exemple fait en sorte que les acheteurs marketing communication soient formés au briefing d’agences de publicité. Plus globalement, Damien Gros s’efforce de faire monter en compétences les acheteurs qui lui reportent en leur proposant des formations à la gestion de projet et à la conduite du changement.

Tant mieux si les comités exécutifs attendent la performance achats dans toutes les dimensions dans lesquelles elle est susceptible de s’exprimer et s’ils l’évaluent et la forment en conséquence c’est encore mieux.

Publié le 19/05/2018 - Par la rédaction

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