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La Lettre des Achats - Mai 2019 N°282
Mai 2019

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Enquête

Logiciels : Saas ou On Premise, les jeux ne sont pas faits !

Saas ou On Premise, les jeux ne sont pas faits !

 SaaS  avantages et inconvénients

 On-Premise  avantages et inconvénients

Témoignage

Gilles Collet - Responsable achats de la DSI - Pôle Emploi
« Le passage au SaaS change tout ! »

Par Véronique Pierron

Saas ou On Premise, les jeux ne sont pas faits !

Le SaaS conquiert de plus en plus l’espace informatique des entreprises et les achats sont bien obligés de s’y plier. Ils font ce choix contraints car les éditeurs imposent ces solutions bien plus rentables pour eux. Le passage du On Premise au SaaS a pourtant des avantages : celui de faciliter les négociations et de permettre aux Achats de reprendre la main sur la DSI. Pour ce qui est des économies, les choses varient d’une entreprise à l’autre.

Parler de révolution en matière d’achats informatiques est sans doute exagéré… mais le passage toujours plus important du On Premise au mode SaaS devient sans conteste, l’une des grandes tendances de l’achat informatique dans les entreprises. Toutefois, comme le rappelle Alain Alleaume, fondateur du cabinet en conseil achats Altaris : « ce type d’offre n’est pas nouveau ! Au début des années 2000, dans la mouvance des places de marché, des solutions d’e-achats hébergées à l’extérieur de l’entreprise ont été proposées aux directions achats ». C’est le cas par exemple, de Synerdeal, devenu depuis Synertrade, ou encore d’Hubwoo, racheté par Perfect Commerce pour former Proactis en 2015. A la même époque, Salesforce a lancé son offre CRM sur le marché, avec ce même mode de commercialisation à tarification à l’usage. « Ce qui change, c’est le cloud ! », tranche Alain Alleaume. C’est grâce à cette possibilité d’avoir des applications hébergées sur des serveurs externes que l’offre SaaS a explosé.

Quelques clients font de la résistance


De quoi parle-t-on ? SaaS signifie Software as a Service. On utilise aussi les termes on demand ou cloud. En fait, le logiciel est délocalisé et hébergé chez l’éditeur. Il est accessible à distance grâce à une connexion Internet, moyennant un abonnement mensuel payé auprès de l’éditeur hébergeur. À l’inverse, la solution dite On Premise recouvre l’acquisition et l’installation du logiciel directement sur le réseau local de l’entreprise. Chez le spécialiste des solutions source to pay Ivalua (voir notre article), le mode SaaS est passé de 10 % il y a quinze ans, à 95 % aujourd’hui. Même s’il confirme cette forte progression, Gilles Bismuth directeur du développement de l’entreprise, admet que « certains clients qui ont signé leurs contrats dix ou quinze ans plus tôt, veulent rester sur ces solutions On Premise ».
Toutes les entreprises ne sont pas encore à l’heure du SaaS. La faute à l’existence de processus qui leur sont propres. David Broc’h, directeur de l’exploitation et des technologies au sein du pôle innovation et opérations du groupe Arkéa, le confirme : « Nous ne sommes pas dans une logique tout SaaS ». De même que Béatrice Lamourette, cofondatrice de la plateforme de sourcing collaboratif Axiscope, concède que « certains clients demandent une version hybride à la fois en mode SaaS et où les données sensibles seront hébergées chez le client ». Idem dans le cas où le système est déployé au niveau mondial, certaines entreprises réclament du On Premise sur des pays sensibles au niveau risques comme la Russie, la Turquie ou encore le Maroc pour les données bancaires.

Avec le SaaS, les Achats reprennent la main


Toutefois même si les entreprises rechignent, David Broc’h souligne : « dans certaines conditions, nous sommes obligés de passer au SaaS car les éditeurs ne proposent plus que cette solution sur certaines fonctionnalités et nous devons donc nous adapter à l’offre ». Coté éditeur, l’explication est donc économique. « Le SaaS est vraiment très rentable pour les éditeurs car ce sont des abonnements, explique Alain Alleaume. Mais passer d’un mode à l’autre n’est pas indolore au niveau des négociations.
Roukia Mohamed, juriste sur les marchés informatiques à Pôle Emploi, rappelle d’abord que « pour le On Premise, l’entreprise a la maîtrise sur son système d’information, donc une responsabilité accrue, même si cela ne délie pas le prestataire de ses obligations contractuelles ». Si certaines directions achats sont encore frileuses, Guillaume Bertin, directeur achats, transports et logistique chez Gefco, est convaincu des vertus du passage au SaaS et à l’instar de bon nombre de ses confrères, il revendique sa simplicité. Toute la différence va résider dans le mode d’achat : un abonnement pour le SaaS. Un investissement pour le On Premise. « Avec le SaaS, les processus sont définis à 90 % et nous n’avons plus qu’à cocher des options, explique-t-il. En termes de maîtrise d’ouvrage, c’est plus simple et il n’est pas nécessaire d’y dédier une équipe projet ».

Avec le Saas le budget sort de la DSI


Chez Gefco les deux modes travaillent en parallèle : le logiciel de gestion de la performance achat Per Angusta fonctionne en SaaS et un outil maison, Carrière Management, dans lequel sont répertoriés les bases fournisseurs, l’e-sourcing et la gestion documentaire fonctionne en On Premise. Parmi les avantages du passage au SaaS, Guillaume Bertin revendique la reprise en main de la négociation achats : « avec un outil interne, les Achats ne sont pas maîtres de leur destin car la gestion des budgets tombe dans le giron de la DSI. Même si la direction informatique est toujours présente dans la gestion des budgets des outils SaaS, elle est en externalisation complète et beaucoup d’améliorations ne requièrent aucun investissement pour le client, explique-t-il. Le SaaS permet aussi une plus grande flexibilité quant au délai d’implantation attendu par les acheteurs ».
Il faut en revenir aussi à la source même du SaaS, une plateforme à l’extérieur des salles d’exploitation des entreprises, où l’exécution des cycles de vies est déléguée à l’éditeur.
C’est pourquoi, pour David Broc’h, « Le plus gros travail de négociation concerne l’analyse des risques et la sécurité, fondée sur plusieurs critères comme la protection des données et leur localisation. » « En raison de notre statut bancaire, la négociation sera plus rude sur ces points », prévient-il.

Des négociations plus complexes


De même que la négociation doit absolument permettre la réversibilité de la solution, c’est-à-dire le retour à une solution On Premise, David Broc’h insiste sur ce point : « Nous devons aussi intégrer dans la négociation le fait que l’éditeur puisse être audité par nos instances de tutelle ».
Pourtant, par rapport au On Premise, il ajoute que « le SaaS est rarement plus simple à négocier et chaque éditeur va avoir sa propre méthode de négociation financière et de facturation ». Un avis qui n’est pas toujours partagé car le SaaS ouvre malgré tout, une négociation plus simple avec pour seul interlocuteur l’éditeur, alors qu’avec le On Premise, il existe une multitude d’intervenants comme l’éditeur, l’intégrateur ou encore un prestataire cabinet de conseil ou d’audit.
« Avec un prix fixe et sans surprise, c’est rassurant pour l’acheteur et plus simple en matière de négociation car l’acheteur va négocier sur deux coûts : celui de la mise en œuvre et celui de l’abonnement », explique Béatrice Lamourette. Avec le SaaS, c’est l’éditeur qui a changé sa manière de vendre et l’acheteur doit procéder à des comparaisons sur un marché qui manque souvent de transparence. « L’important pour un acheteur est de connaître les politiques tarifaires et d’avoir une approche utilisateur, observe Alain Alleaume. Le seul repère est de comparer les offres sur le marché global du SaaS et d’avoir une notion de coût opérationnel utilisateur ».

L’importance des volumes et de la position de l’éditeur


Quant à savoir si les leviers de négociation sont les mêmes, les avis sont partagés et si Béatrice Lamourette penche plutôt pour des leviers de négociation plus restreints, Gilles Bismuth, chez Ivalua, estime qu’ils sont semblables à ceux du On Premise. Toutefois David Broc’h différencie selon les éditeurs. « Les leviers de négociation seront beaucoup plus restreints lorsque l’éditeur est leader sur un marché de niche », explique-t-il. Pour les autres éditeurs, ces leviers vont dépendre des volumes car le fournisseur verra alors son intérêt à augmenter son chiffre d’affaires. « Les volumes sont clairement un levier de négociation car si les prix restent trop exorbitants, nous pouvons toujours prendre la décision de réaliser les solutions en interne en mode Iaas (Infrastructure as a service, externalisation de l’infrastructure matérielle, Ndlr.) ou Paas (Plateforme as a service, externalisation de l’infrastructure matérielle, des applications et des données, Ndlr.) », observe David Broc’h.
Reste à savoir si le SaaS permet quand même des économies d’échelles par rapport au On Premise. Là aussi les avis sont partagés. Pour Alain Alleaume : « L’abonnement au SaaS coûte plus cher sur le long terme et même à partir de cinq ans, mais permet un enrichissement fonctionnel permanent, alors que le On Premise est très cher la première année mais ensuite, seuls des coûts de maintenance de 20 % subsistent ». A contrario, Béatrice Lamourette estime que le SaaS permet « de faire jusqu’à un tiers d’économies car les coûts sont globalement plus faibles, mais aussi car les éditeurs peuvent mutualiser plusieurs clients ». Même si Guillaume Bertin pense que l’horizon à cinq ans pour la courbe des prix n’est pas aberrant, il refait ses calculs et penche quant à lui plutôt vers le SaaS.

Moins gourmand en ressources, le Saas prend l’avantage


« Pour acheter du On Premise, il est nécessaire de mettre en place un projet qui demande beaucoup de travail et beaucoup plus de ressources très spécialisées que les sociétés n’ont pas forcément, argumente-t-il. L’une des solutions consiste à avoir recours à des consultants externes qui coûtent cher. Un expert en maîtrise d’ouvrage peut coûter plus de 1 000 euros par jour et définir un core modèle simple demande entre trois et quatre mois de travail avec deux personnes à plein-temps soit autour de 200 000 euros ». A titre de comparaison, l’abonnement à un outil SaaS pour une centaine d’utilisateurs que compte la direction achats en France et à l’international représente environ 50 000 euros. « Je ne trouve pas que ces prix sont forcément abusifs », remarque Guillaume Bertin.
David Broc’h quant à lui, essaie de faire la part des choses et estime que le mode SaaS permet des économies sur certains axes. « Le mode SaaS ne nécessite pas de provisionner des ressources serveurs dans les data centers ce qui permet d’alléger la facture énergétique de nos salles blanches », souligne-t-il. D’autre part, l’un des avantages du SaaS est qu’il appartient à la responsabilité de l’éditeur de gérer l’évolution du logiciel ». Arkéa utilise le mode SaaS pour des traitements très coûteux en ressources énergétiques dans ses salles blanches pour des services qui ne sont utilisés que deux ou trois fois par an, dix fois grand maximum. « Là, c’est un vrai bénéfice par rapport au On Premise », ajoute-t-il.
Malgré tout, la marche de ces évolutions penche plutôt vers le mode SaaS car ce sont les éditeurs eux-mêmes, qui vont petit à petit restreindre leur offre en ne proposant plus que des solutions SaaS, bien plus rentables pour eux…
Portraits

David Broc’h
Directeur de l’exploitation et des technologies, Arkéa

" Nous ne sommes pas dans une logique tout SaaS "




Alain Alleaume
Président, Altaris

" L’abonnement au SaaS coûte plus cher sur le long terme et même à partir de cinq ans, mais permet un enrichissement fonctionnel permanent "




Guillaume Bertin
Directeur achats, transports et logistique, Gefco

" Avec un outil interne, les Achats ne sont pas maîtres de leur destin car la gestion des budgets tombe dans le giron de la DSI "




Beatrice Lamourette
Axiscope

" Certains clients demandent une version hybride à la fois en mode SaaS et où les données sensibles seront hébergées chez le client "

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