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Publié le 17/01/2019 - Par la rédaction

Livres Achats off 2018 : Une nouvelle année de découvertes hors-cadre !

C’est la 4e année consécutive que La Lettre des Achats, en marge des (rares) publications qui sortent sur les achats, propose une sélection d’ouvrages dont les sujets ne peuvent qu’interpeller une fonction par essence ouverte à tous les enjeux qui s’offrent aux entreprises. Economie, histoire, géopolitique, techniques, société, politique, nous nous autorisons tous ces thèmes. Pour sortir du cadre, justement. Et nous l’avons vérifié : l’exercice plaît.

 Douze livres, douze mois. Deux livres de moins qu’en 2017 mais deux fois plus qu’en 2016. Un livre par mois. Un beau rythme quand même. Les douze travaux d’Hercule-lecteur… Notre initiative, les livres Achats Off, a déjà quatre ans. Quatre ans que nous avons relevé le défi après que d’autres aient un peu calé. Ainsi, Les Plumes des Achats, une initiative créée par l’ACA (Anciens du CESA Achats), se sont absentées une grosse année. Elles sont revenues cette année sous l’impulsion du CNA (Conseil National des Achats) et toujours soutenues par l’ACA et l’ADRA (Association des Directeurs et Responsables Achats). Trois associations mais bien peu d’écrits centrés sur les achats. A moins que le panel de lecteur qui se constitue au fil des mois « oublie » les ouvrages sortis trop tard pour figurer dans la liste des sélectionnés comme « Collaborer pour innover », ouvrage collectif écrit par Romaric Servajean-Hilst, Hugues Poissonnier et Gustavo Pierangelini (Deboeck Supérieur) ou encore « Bien acheter pour mieux vendre » par Rémy de Lavergne (autoédition). En réalité, il s’écrit peu de choses sur les achats, du moins en français, parce qu’en anglais, la supply chain au sens large inspire plus d’auteurs sinon d’éditeurs... Enfin, cette année, Les Plumes des Achats auront récompensé Jean Potage et son ouvrage « Maturité des services achats et relations clients-fournisseurs » (Maxima) présenté il y a bientôt deux ans dans La Lettre des Achats (LDA 257 – février 2017). Mieux vaut tard que jamais ! Cela mettra un peu de baume à nos jeunes auteurs si par hasard ils avaient des états d’âmes sur le manque de reconnaissance de leurs aînés… Les autres titres récompensés témoignent eux aussi de cet esprit d’ouverture bien obligé à des sujets périphériques.

La loi des séries

Mais revenons à notre sélection. Nous avons toujours eu comme principe de choisir des livres hors cadre. Hors achats. Le livre Off, c’est fait pour distraire, étonner, interpeller. C’est sans prétention aussi. La sélection se fait souvent au hasard d’un étal chez des libraires. Parfois d’une revue de presse. Rarement d’un envoi spontané... Nous avons démarré l’année par « La guerre des métaux rares » (Les liens qui libèrent) qui a fini d’ailleurs par le titre d’ouvrage économique de l’année. Un livre passionnant, haletant, qui se lit comme un thriller où l’on court d’une matière première rare à l’autre (graphite, cobalt, indium, platinoïdes, tungstène, etc.) et ou dans un contexte de luttes industrielles (sinon militaires), d’adaptation aux énergies « vertes », les terres rares ne sont plus les déserts producteurs de pétroles…. Le deuxième ouvrage, « Désir de villes » (Robert Laffont), devrait être le livre de chevet de tout étudiant aux achats candidat à un stage dans le cadre d’un VAE… Avant de s’envoler, il faut lire le portrait de ces villes-mondes qui finissent par être aussi fameuses que les pays qui les abritent (!). Lire par exemple les quelques pages qui consacrent Medellin (Colombie) qui en vingt ans (1990-2010), au terme de deux décennies de narcotrafic et de terreur, s’est hissée (sic) « à la table des métropoles innovantes ». Après avoir abattu ses ennemis de l’intérieur (Pablo Escobar), elle rénove son urbanisme, reprend ses quartiers défavorisés, investit dans ses écoles et ses bibliothèques, invente de nouvelles architectures, etc. A lire aussi les chapitres qui classent les cités sous un genre nouveau : ville Canopée, ville Flottante, ville Potager, ville Terrier… Furieusement développement durable, non ?

Avec « Une vie choisie » (Grasset), le lecteur revisite trente années (1980-2010) de développement continu des télécoms qui s’est accompagné aussi de nouvelles formes de financement de l’innovation. Ou l’esprit d’entreprises des années 80 aboutit aujourd’hui au concept de « startup nation » que même la première embolie de l’internet naissant (années 2000) n’a jamais découragé… L’innovation est un parcours semé d’embûches. Et malgré ou à cause de cela, ça peut marcher. Encourageant pour les achats ! L’ouvrage suivant « Disruption » (Dunod) est écrit par un trentenaire, la moitié de l’âge du précédent auteur. Lui, prédit un avenir qui devrait tout emporter sur son passage. Tonique. Mais comme tous les livres de science-fiction, à relire dans… trente ans. Pour vérifier si par hasard nous aurions mis la main sur un nouveau Jules Verne…

Les deux ouvrages suivants font eux aussi un très beau duo. Deux diplomates. L’un, français, Claude Martin, sinophile, raconte, dans « La diplomatie n’est pas un dîner de gala » (L’Aube), 50 ans de relations franco-chinoises, depuis les débuts ou presque de la Ve République jusqu’à maintenant, qui consacrent aussi le retour de la Chine dans le concert des nations (notre coup de cœur cette année s’il fallait choisir). L’autre, chinois, Xu Bo, francophile, reprend l’histoire où son homologue l’a laissée pour nous montrer de l’intérieur les forces intactes et mêmes décuplées d’un pays et de sa civilisation millénaire… La Chine sous toutes ses coutures. Histoire et géographie comme il se doit. Un voyage qui ne finit pas… Retour en Europe. Au bout des fameuses nouvelles routes de la soie en gestation. Dans l’Angleterre qui se prépare à larguer les amarres. L’auteur fait ce pari : « Le Brexit va réussir » (Albin Michel).  Au-début malgré lui parce que profondément européen. Et puis peu à peu, il rassemble quelques arguments. Là aussi, à vérifier dans le temps. Nul doute que les français installés à Londres puissent lire avec profit le récit d’un départ annoncé. Celui du pays en question. Mais peut-être aussi le leur. Et dans tous les cas celui de nos illusions dans une communauté européenne belle et indivisible. Cette fois, ni l’histoire ni la géographie ne serviront beaucoup…

Des débats pour les ronds-points

Le 1er numéro de l’année 2019 de La Lettre des Achats dans son dossier consacrés au RH achats a questionné le – délicat – sujet des femmes aux achats. Si les entreprises du Top 250 des organisations achats affichent une parfaite parité pour les effectifs de la fonction – 50% d’hommes-50% de femmes (c’est très bien !), ce n’est plus le cas au niveau des directions : elles ne sont plus 27.5% à des postes de DHA (c’est beaucoup moins. Voilà pourquoi, nous pouvons faire de la place à l’ouvrage « Les hommes sont-ils obsolètes ? » (Fayard) écrit par Laetitia Strauch-Bonnat. Cette enquête sur la nouvelle inégalité des sexe (sic) met aussi en lumière les mutations de la condition féminine. Si celle-ci connait toujours des situations difficiles à bien des endroits du globe (éducation limitée, exploitation, pauvreté, violence), elle a également fortement progressé et bénéficié aussi des progrès enregistrés tout au long du siècle précédent et celui-ci. Le monde s’est ouvert aux femmes, à leurs combats pour l’égalité. Dans le monde développé, en Occident mais pas seulement, elles accèdent à tous les métiers, à toutes les fonctions dirigeantes. Et, c’est le paradoxe, échec scolaire, difficultés sur le marché du travail, difficultés à trouver un modèle familial, sont autant de caractéristiques que l’on peut accoler aux… hommes. La roue a tourné ! la mâle assurance de ceux à qui le monde était promis en a pris un coup. Un ouvrage pour celles que rien de doit freiner, un ouvrage pour ceux qui doivent continuer à se remettre en question. L’enquête Pisa (Programme International pour le suivi des acquis des élèves) conclue notamment à une moindre aptitude des garçons par rapport aux filles « à lire par plaisir en dehors de l’école » ou « de faire leur travail scolaire par motivation intrinsèque ». Autre piste : l’effondrement du travail pour les hommes tout au long du 20e siècle du fait du progrès technique, de la chute des emplois peu qualifiés et de la montée en puissance des filles dans toutes les sphères de la formation…

« Changer ou disparaître » (Les éditions de l’observatoire) de Jean Peyrelevade, c’est le livre prémonitoire. Celui d’avant la crise… des Gilets Jaunes. L’auteur, ancien dirigeant (entre autres) du Crédit Lyonnais a une longue bibliographie derrière lui dans laquelle il épingle régulièrement les idées reçues, de ses confrères comme des politiques, ses bêtes noires. Cette fois, il (re)pose la question de la participation et de l’intéressement des salariés dans la conduite des entreprises. Davantage de partage – des responsabilités, des risques et des profits – permettrait-il de faire disparaître ce sentiment d’exclusion que beaucoup de salariés avance pour mettre en avant leur (relatif) désinvestissement dans leur entreprise ? Le même avait suggéré il y a quelques années de garantir la protection sociale des salariés davantage sur les profits réalisés par les entreprises (par le biais des impôts donc) que sur les cotisations sociales qui courent dès la première heure travaillée et avant que l’entreprises ait vendu le moindre produit ou service. Une idée pour alléger a priori le coût du travail et favoriser de facto la compétitivité des entreprises. A conditions que s’exercent de vrais contrôles a posteriori et qu’il n’y ait pas… de fraude ou d’évasion fiscale. Quelques idées pour notre Grand Débat national de ce début d’année 2019 ?

Il n’est plus question de prétendre faire de la pédagogie… Cela irrite les foules parce que cela suggère une idée de domination de celui ou celle qui sait vis-à-vis de celles et ceux qui ne savent pas. Il faudrait pourtant faire lire au plus grand nombre – et pourquoi pas dès le secondaire - l’ouvrage de l’économiste Marc Touati, « Un monde de bulles » (Bookélis) qui marque à sa manière le terrible 10e anniversaire de notre grande crise économique (2008-2018), celle qui ne finit pas – en ce moment encore – de lancer ses scories sur le monde. Les mouvements sociaux qui s’expriment actuellement ne sont-ils pas la longue traine de ce moment qui a vu l’explosion des crédits spéculatifs puis celle de l’endettement public pour éviter à nos économies de sombrer ? L’auteur fait de l’histoire (la crise des Tulipes au XVIIe siècle, celle de 1929, du Pétrole dans les années 70, du Japon en 1980 ; de l’Asie en 1997, de la révolution internet des années 2000, des subprimes de 2008, de la Grèce en 2015, etc.), évalue tous nos risques potentiels aujourd’hui (Brexit, euro fort, endettement public) et préviens du retour de tous les maux suggérés auparavant : bulles immobilière, boursière, internet, licornes, Gafam, etc. L’histoire est un éternel recommencement et le monde n’en finit jamais de danser sur un volcan.

Est-il possible d’éviter la constitution de bulles. Sans doute non ! Mais rien n’empêche d’en comprendre les phénomènes inéluctables et de rester à l’écart des valeurs… à risque. Et des illusions. Rester raisonnablement optimiste mais résolument pragmatique.

Démondialisation

Les deux derniers ouvrages vont aux aussi de pair : « L’Inde sous les yeux de l’Europe » (Alma Editeur) et « Quand le Sud réinvente le monde ». Le premier offre la vision historique d’un monde qui bascule dès le XVe siècle dans une mondialisation inéluctable, le second consacre dès le 20e siècle et plus encore au 21e, la montée en puissance des pays du Sud, le rééquilibrage économique en leur faveur, juste retour d’une puissance démographique certaine face au pays du Nord. Mais ce qui est étonnant dans le premier ouvrage écrit par un historien Indien qui enseigne aux Etats -Unis (UCLA, Los Angeles), Sanjay Subrahmanyam, c’est la façon dont les Européens (Portugais, Italiens, Français, Allemands, Anglais, Hollandais) ont en cinq siècles) dès lors qu’ils ont abordé le sous-continent indien ont plus projeté sur leur propre culture ce qu’ils retiraient de leur conquête colonisatrice que compris en profondeur les civilisations qu’ils s’attachaient à dominer. Ce que décrit l’éditeur résume ainsi : « C’est tout un savoir sur l’Inde qui se constitua mais aussi une certaine manière de penser… l’Europe et le christianisme ». Aujourd’hui, l’Inde a largement émergé dans le concert des nations de même que son puissant voisin chinois. La lecture des récits des voyageurs et autres penseurs de l’époque nous invitent plutôt à relativiser ce que l’on croit comprendre de ces nouvelles grandes puissances qui disputeront aux occidentaux le leadership du monde dès le milieu du 21e siècle.

« Le nombre d’Etats adhérant aux Nations Unies a triplé en quarante ans, passant de 60 en 1950 à 179 en 1992 », écrit Bertrand Badie, professeur à Sciences Po, spécialiste des relations internationales, dans son ouvrage qui suit celui de son confrère de Los Angeles. Si le premier revient sur les origines de la mondialisation, le second analyse les conséquences de la décolonisation dans les nouvelles relations du monde. Les grandes nations installées ont dû faire de la place, malgré elles, aux nouvelles venues, les organisations internationales s’adapter, et les oppositions qui sont apparus ont revêtu des formes nouvelles. Les modes de domination d’hier ne seront pas les moyens employés désormais par les nouveaux entrants. On devine ici que les enjeux politiques, économiques, les populations, leurs cultures sont des réservoirs inépuisables d’initiatives. Les dominants d’hier passeront de la logique de domination par la force au soft power « bienveillant », leur alter égos, si l’on peut dire, pratiqueront de leur côté une « politique de la faiblesse » jusqu’à susciter une certaine forme de compétition entre eux. Les plus petits ont un pouvoir de nuisance qui leur permettent « d’exiger quelque chose des plus puissants ». L’intégration dans le monde de demain sera au prix de multiples tractations (économiques, institutionnelles, sociétales). Une mondialisation s’est achevée, une autre a débuté. Ces ouvrages disent tous les enjeux du moment. Ils restent d’actualité pour l’année à venir.



1. La guerre des métaux rares par Guillaume Pitron, Les Liens qui libèrent


2. Désirs de villes par Erik Orsenna et Nicolas Gilsoul, Robert Laffont



3. Une vie choisie par Marc Simoncini, Grasset


4. Disruption par Stéphane Mallard, Dunod


5. La diplomatie n’est pas un diner de gala par Claude Martin, L’Aube


6. De Shanghaï à Paris, mon regard sur la nouvelle Chine par Xu Bo, Odile Jacob


 

7. Le Brexit va réussir par Marc Roche, Albin Michel



8. Les hommes sont-ils obsolètes par Laetitia Strauch-Bonart, Fayard


9. Changer ou disparaître par Jean Peyrelevade, Les éditions de l’Observatoire


10.. Un monde de bulles par Marc Touati, Bookelis



11. L’Inde sous les yeux de l’Europe par Sanjay Subrahmanyam, Alma Editions