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La Lettre des Achats - Février 2019 N°279
Février 2019

Marchés

Conjoncture

Les salaires dans le rouge

Mathieu Plane - Économiste - OFCE
« Les gains de productivité se tassent un peu partout dans les pays industrialisés »

Par François Le Roux

Les salaires dans le rouge

Confrontés à la faible progression de la productivité de leurs entreprises, les pays riches sont entrés dans un cycle de progression anémique des salaires depuis la crise financière de 2008.

Face à la grogne des « gilets jaunes », mobilisés pour leur pouvoir d’achats, le gouvernement a rapidement écarté la piste d’une revalorisation du Smic. La seule concession sur les salaires a été d’inviter les entreprises qui le pouvaient – la mesure n’avait rien de contraignante – à verser une prime à leurs salariés, défiscalisée et sans charges sociales. Cet épisode de la crise des « gilets jaunes » a souligné une nouvelle fois la fragilité du tissu économique français sur le terrain des hausses de salaires. Seules quelques grandes entreprises, comme Total, Michelin, La Poste, ou encore LVMH ont répondu à l’appel d’Emmanuel Macron en faveur d’une prime. Pour la grande majorité des PME, leur situation financière ne permettait pas un tel geste. « Malheureusement beaucoup d’entreprises ne seront pas en mesure de verser une prime, même nette de taxe ou nette d’impôts », a déclaré François Asselin, président de la Confédération des PME.

Le paradoxe français


Si les entreprises françaises ont vu leur profitabilité augmenter de pratiquement 2,5 points de PIB depuis 2013, cette amélioration serait en trompe l’œil, selon l’économiste de Natixis, Patrick Artus, pour qui elle résulterait avant tout de la baisse des frais financiers dans un contexte de faibles taux d’intérêt. Paradoxalement, alors que les Français appellent à une hausse de leur pouvoir d’achat, les salaires auraient progressé plus vite que la productivité depuis cinq ans, laissant peu de marges de manœuvre aux entreprises françaises pour un nouveau coup de pouce salarial.
Début 2018, avant la crise des « gilets jaunes », Natixis estime même, dans une note de recherche, que si les engagements vis-à-vis de l’Europe et de l’Allemagne de réduction des déficits sont tenus, « la totalité des gains de productivité de la France sera affectée, d’une manière ou d’une autre, à la baisse du déficit public : il ne restera rien des gains de productivité pour soutenir le pouvoir d’achat ».

Des hausses de salaires bridées depuis la crise financière


En dehors de l’hexagone, la plupart des pays riches auraient en revanche enregistré une augmentation des salaires moins rapide que la productivité. D’après un rapport de l’OCDE publié en décembre dernier, dans la plupart des pays de l’OCDE, la progression des salaires serait inférieure de moitié à ce qu’elle était avant la crise financière de 2008. La hausse du salaire horaire nominal serait passée de 4,8 % en moyenne avant la crise à 2,1 % ces dernières années. Simultanément, la croissance du salaire réel a été amputée d’un point de pourcentage.
Malgré l’accélération de la croissance de l’économie mondiale ces dernières années, l’Organisation internationale du Travail (OIT) a constaté dans son dernier rapport que la croissance salariale mondiale en termes réels, c’est-à-dire corrigée de l’inflation, était passée de 2,4 % en 2016 à 1,8 % en 2017, un faible niveau de progression appelé à perdurer en 2018. C’est dans les pays les plus riches que le ralentissement a été le plus marqué. Dans les pays du G20, la croissance des salaires réels a reculé de 0,9 % en 2016 à 0,4 % en 2017.

Une productivité mondiale en berne


Ce tassement de la progression des salaires serait la résultante d’une faible hausse de la productivité, dont la croissance a été divisée ces dix dernières années. Selon les calculs de l’OCDE, cette dernière serait passée de 2,5 % environ avant la crise à approximativement 1,25 % sur les cinq dernières années. Les entreprises de haute technologie et du secteur du numérique feraient toutefois figure d’exception.
Pour l’OCDE, le remède pour retrouver une progression des salaires plus attractive passe par la formation, la désindustrialisation dans nombre de pays riches ayant en particulier conduit nombre d’ouvriers vers des emplois de services à faible rémunération. Pour la France, où la profitabilité des entreprises reste insuffisante, le risque en relançant les hausses de salaires est toutefois de déprimer l’investissement des entreprises.

Par François Le Roux

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