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Publié le 19/10/2018 - Par la rédaction

Gazelec 2018 : L’énergie verte gagne les acheteurs

Acheter de l’électricité ou la produire soi-même ? Et dans le cas de l’achat, opter pour de l’énergie verte ou classique ? Autant de questions auxquelles ont tenté de répondre les acheteurs d’énergie de grandes sociétés comme SEB ou Allianz Real Estate, d’acheteurs publics comme Pôle Emploi et de fournisseurs d’énergie lors de la conférence Gazelec qui a réuni près de 600 participants les 16, 17 et 18 octobre à le Défense.

Alors que le prix de l’électricité ne cesse de monter depuis 2006, les stratégies d’achat d’énergie sont aujourd’hui cruciales. Réjane Marchesseau, acheteur auprès de la direction des achats marchés chez Pôle Emploi, soulignait lors de la table ronde Gazelec sur l’autoconsommation, qu’avec « mille points d’implantation sur le territoire, le poste électricité représente plus de 15 millions d’euros par an, c’est l’un des postes de dépense les plus importants ». Les Fonderies Ardennaises quant à elles, achètent 110 gigawatts d’électricité par an pour plusieurs millions d’euros. Un budget tout aussi important pour Allianz Real Estate, la filiale immobilière de l’assureur. « Nos dépenses d’électricité se chiffrent à 5 millions d’euros par an pour une surface d’exploitation d’un million de m2 », précise Patrick Stekelorom, le responsable développement durable et innovation de la filiale. Dans ces conditions, la moindre augmentation d’électricité représente un vrai casse-tête pour les acheteurs d’énergie des grandes entreprises.

Leur stratégie consiste en général, à sécuriser le budget. « Le groupe SEB négocie des formules d’indexation au contrat et nous cherchons à sécuriser les budgets par des swaps », explique Hervé Bouvard, le responsable achats industrie et énergie du groupe. Pour les Fonderies Ardennaises, le coût de l’énergie étant le second poste de consommation après les matières premières, la stratégie d’achat consiste à obtenir des prix stables. « Nous pouvons nous engager plus longtemps quand les prix sont fixes », signale François Mansuy, directeur des achats pour la société Fonte Ardennaise. « La moindre augmentation comme celle de la fiscalité sur l’énergie a une répercussion très importante sur notre budget », ajoute-t-il.

 

L’autoconsommation, la solution ?

Dans ces conditions, la solution pour réaliser des économies serait-elle celle de l’autoconsommation ? « La règlementation nous impose 40% d’économie d’énergie d’ici 2030, l’autoconsommation va donc devenir une évidence », souligne Patrick Stekelorom. Allianz Real Estate n’a pas attendu cette date pour se lancer dans cette aventure. La société a ainsi mis à profit la source géothermique sur laquelle est construite la Tour Cristal à Paris, pour créer un bâtiment en parfaite auto-suffisance électrique. De même, une de ses tours situées à la Défense profite de la production annuelle de 10 gigawatts par des panneaux photovoltaïques. Malgré tout, ces initiatives sont assez limitées à Paris en raison de contraintes d’urbanisme très strictes. Pour le groupe Perial qui gère un patrimoine immobilier de 600 immeubles pour une dépense électrique de 46 gigawatts par an à destination de ses locataires, l’autoconsommation apparait comme une solution.

Le gestionnaire a ainsi installé sur le parking d’un de ses immeubles à Grenoble, 1 200 m2 de panneaux photovoltaïques afin de produire l’énergie nécessaire au fonctionnement du data center d’un de ses locataires. « C’était une opportunité d’offrir à nos locataires un service différenciant », explique Cédric Nicard, directeur du développement durable chez Perial. « Nous allons doucement vers l’autoconsommation car nous avons besoin de visibilité et pour ce faire, nous avons investi dans de l’actif réel sur le long terme », ajoute-t-il. Le groupe SEB qui développe ordinairement une stratégie de ROI de deux ans au plus, s’est pourtant engagé sur un projet d’installation photovoltaïque sur deux sites de la région lyonnaise. « Notre démarche est purement citoyenne et même si le ROI est à dix ans, c’est un pari sur l’avenir », observe Hervé Bouvard. 

 

L’électricité verte, une vraie demande

Malgré les prix et les contraintes, l’autoconsommation est aussi guidée par le besoin d’énergie verte comme le souligne Réginald Thiebaut, directeur commercial chez ENI : « Tout le monde est favorable à l’énergie verte et les marchés publics commencent à en demander mais la vraie question pour un acheteur, est de savoir comment dépasser le budget initial de 30 ou 40% ! ». C’est le cas chez Pôle Emploi où la question tout d’abord posée a été évacuée en raison des contraintes budgétaires. Et de fait, même pour les entreprises ayant déjà entrepris cette démarche, le sujet du maintien du budget reste la préoccupation principale. Toutefois, comme le note Emmanuel Sire, responsable des ventes grands comptes chez Uniper : « Depuis six mois, l’électricité verte représente une forte demande de la part de grands comptes… ». Et de citer d’abord les Gafa et leurs parcs de data centers réputés très énergivores 

Le groupe Perial revendique lui aussi de faire appel à une énergie vertueuse.  Un poste centralisé d’acheteur d’énergie a été créé pour l’ensemble du groupe et le choix a été fait d’acheter de l’électricité verte pour l’ensemble des immeubles. « Nous sommes en train d’étudier comment stabiliser les coûts, sans doute par des partenariats qui nous permettront de sécuriser nos achats pendant cinq ans », explique Cédric Nicard. Chez Allianz qui a investi d’autre part 3,5 millions d’euros dans les énergies renouvelables, l’achat d’électricité verte remonte déjà à 2010. « Nous avons commencé à négocier nos achats en exigeant que l’électricité soit verte et même si aujourd’hui, le surcoût est important, l’électricité du groupe est verte à 100% », conclut Patrick Stekelorom.


LE GAZ EN MODE OUVERTURE

Une journée sur le gaz, une journée sur l’électricité, une journée pour les ateliers pratiques, Gazelec ne déroge pas à une organisation qui fait son succès. Le premier jour s’est ouvert sur l’intervention du climatologue Hervé Le Treut (professeur à la Sorbonne Université et à l'Ecole polytechnique, directeur de l'Institut Pierre Simon Laplace et membre de l'Académie des sciences) qui dresse un constat sans appel : le réchauffement de la planète n’est pas un mythe, il suppose des changements inéluctables dont les conséquences apparaissent d’autant plus terribles qu’à l’effet de serre qui monte s’ajoute désormais une remise en cause des accords de Paris (Etats-Unis, sans doute le Brésil, etc.). C’est attristant, catastrophique même et la prise de conscience des uns face à l’irresponsabilité des autres ne signifie pas seulement une disparité de situation. Il y a pire : la course de vitesse pourrait bien être perdue sans une plus vigoureuse prise de conscience suivie d’actions. Dans une récente chronique publiée dans le Monde (26 juillet 2018), Hervé le Treut écrivait : « Les émissions de gaz à effet de serre sont largement dépendantes de phénomènes dont la gestion se définit à l’échelle des municipalités, des départements ou des régions : transport, logement, filières agricoles, transition vers des formes décentralisées de production d’énergie… » De quoi inspirer les professionnels dans la salle.

 

ENCHERES ET COMPENSATION

Ce premier matin, deux tables rondes s’enchaînaient. La première consacrait l’émergence du gaz comme solution sinon alternative au pétrole ou au nucléaire pour d’une part soutenir les besoins d’énergie en hausse quelles que soient les parties du globe d’autre part pour aider à réduite l’empreinte carbone. Le gaz a plus de qualités de ce côté-là que le pétrole ou… le charbon (toujours d’actualité qu’il s’agisse selon les pays de réduire la part du nucléaire ou d’accompagner les développements faute d’autres ressources. Croissance des économie ou besoin de bien-être de toutes les populations, la demande de pétrole, d’électricité, de gaz est en hausse. Pour ce dernier, les réserves seraient d’au moins 100 ans sur la base des besoins actuels. La question des gaz de schiste est dans tous les esprits. Ce que l’on comprend : en France, c’est non, mais ailleurs… Un nuage passe. L’éolien, le solaire, il faut les développer et investir mais ces énergies ne front pas tout. Les grands acteurs de l’énergie se reconnaitront dans doute dans cette formule entendue à la tribune : « nous sommes peut-être le problème mais nous pensons aussi être une partie de la solution. ». Les mêmes qui contribue réchauffer aujourd’hui permettront sans doute demain de contribuer à réduite la progression du phénomène…

Une seconde table ronde abordait de façon plus pratique la question du moment : la réforme du stockage du gaz précisé par la CRE (Commission de régulation de l’énergie) en mars de cette année. Un mécanisme complexe destiné à garantir une sécurité d’approvisionnement en gaz naturel (2/3 des volumes sont stockés par les fournisseurs de gaz auprès d’opérateurs). En gros, pour inciter les fournisseurs à stocker, les opérateurs de stockage doivent passer par un système d’enchères sans qu’ils puissent s’opposer à un prix qui ne leur conviendrait pas…. Une compensation financière intervient après. Pour tout comprendre de ce dispositif, le lecteur lira avec profit cette note (rédigée par la BU Energie et Fluide d’Epsa, un cabinet de conseil achat). Ce que l’on retenait en résumé après avoir écouté les échanges, c’était pêle-mêle, les risques, outre le caractère peu lisible du phénomène, du surstockage (puisque maintenant il doit y avoir stockage effectif), donc des coûts supplémentaires voire masqués… A noter : partout en Europe, la fourniture de gaz serait moins coûteuse qu’en France...Dans tous les cas, au 1er novembre 2018, les tarifs réglementés du gaz augmentent ici de 5,4%. Depuis janvier, la hausse atteindrait 16,4%. Sauf à avoir choisi des offres marchés. Les tarifs réglementés (4,5 millions de consommateurs sur 10,6 millions d’abonnés au gaz en France) devraient disparaître dès 2019 pour les professionnels (ce qui ne concernerait que 73 000 sites) et 2023 pour les particuliers.

Publié le 19/10/2018 - Par la rédaction

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