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Publié le 09/05/2018 - Par la rédaction

Débat AAMAI : les femmes sont des acheteurs comme les autres

L’Association des Anciens du MAI (Kedge Business School) a organisé un nouveau débat sur le thème : « Les femmes prennent-elles le pouvoir dans les achats ? ». C’était jeudi 3 mai dans les locaux parisiens de l’école avec sur le plateau : Agnès Moreau (Bouygues Telecom), Ahlem Hamdi (Radio France), Emeline Turmeau (L’Oréal) et Sylvie Gomy (ex-Clarins). Et des parcours qui n’ont rien à envier à ceux de leurs homologues masculins. Alors, au-delà de la référence au « pouvoir », quelles différences précisément ?

Il y a six ans déjà, l’AAMAI organisait, si l’on peut dire, le premier débat du genre. Le même intitulé au mot près ( LDA 205 - mai 2012). Cette année, l’invitation précisait même les questions qui allaient être posées : les femmes prennent-elles le pouvoir dans les achats ? L’acheteur de demain est-il une acheteuse ? Pourquoi la profession Achat se féminise-t-elle ? Qui sont celles qui font la loi dans le monde des Achats ? Bigre ! Promoteur et animateur de l’échange, Olivier Wajnsztok (AgileBuyer), d’autre part infatigable président de l’association des anciens du MAI, n’y était pas allé de main morte… Opération réussie : dans la salle, beaucoup de jeunes femmes, peu de jeunes gens. Et si s’était vrai ? Avant de venir, nous avons consulté le dernier Top 250 des organisations achats ( LDA 265 – novembre 2017) dans lequel nous mesurons aussi le pourcentage homme/femme. Réponses : les effectifs achats, tous postes confondus, présentent 51% d’hommes et 49% de femmes. Il y a plus de femmes dans l’activité Service (52%) que dans l’industrie (46%) où elles restent minoritaires. Toutefois, dans la sphère du pouvoir, nous sommes encore loin de la parité… Parmi les dirigeants achats, elles ne sont que 27% à occuper les plus hautes fonctions. Mais elles progressent : elles n’étaient que 15,5% en 2012 et 12,5% en 2010.

Parcours d’excellence

Dommage, nous n’avons pas eu de chiffres côté MAI sur la répartition dans les promotions. Autour de la table, les invitées pouvaient témoigner de la qualité de leurs parcours. Agnès Moreau (MAI 96), devenue il y a un peu plus d’un an la directrice des achats de Bouygues Telecom, est passée par Philips (du siège à Eindhoven, à Singapour puis la Belgique et la France), Crédit Agricole, Allianz. Au Crédit Agricole, elle a travaillé avec Sylvie Robin-Romet, actuelle directrice achat et chez Bouygues Télécom, elle a succédé à Caroline Tissot ( voir LDA 226 – avril 2014) qui prenait, elle, la direction des achats du groupe Accor.

Ahlem Hamdi (MAI 96), directrice des achats de Radio France, déjà présente en 2012 au même débat (!) et à l’époque directrice des achats de la Réunion des Musées Nationaux (RMN), a travaillé avant cela chez IBM et à l’Office National des Forêts (ONF). Chez Radio France, et Ahlem Hamdi n’oublie pas de le préciser elle-même, sa N+1 est une femme et sa N+2 est la… nouvelle Pdg, Sybile Veil, depuis le 16 avril de cette année.

Emeline Turmeau (MAI 2006), Responsable achats Matières premières naturelles (un panel de 1 000 matières…) travaille chez le n°1 mondial de la cosmétique, L’Oréal, depuis huit ans. Elle a également exercé dans les groupes BPCE, La Poste, Lafarge. C’est aussi une ancienne d’AgileBuyer. Elle se dit elle-même « très inspirée » - comme ses collègues femmes dans l’entreprise – par la directrice des achats du groupe, Régine Lucas ( voir LDA 254  - novembre 2016), auparavant directrice des achats d’AXA (voir LDA 197 - septembre 2011), qui a elle-même succédé à Barbara Lavernos (voir LDA n°187 – octobre 2010) devenue depuis directrice des opérations. Chez l’Oréal, les effectifs sont constitués à 64% de femmes, sauf au board, un tiers seulement…

Chez Clarins où elle est entrée en 2008, Sylvie Gomy (MAI 1983) a mis en place par la suite, en 2013, une direction des achats centralisée ( voir LDA 250 – juin 2016). Elle a pris du champ depuis. Elle a quitté très récemment Clarins et s’est associée dans une plateforme dédiée à l’innovation, ECDYS. Chez Clarins, c’est Emmanuelle Wallon passée par … L’Oréal et Essilor notamment qui lui a succédée ( voir LDA 266 – décembre 2017).  Les deux tiers des effectifs aux achats sont féminins tandis qu’au comex – c’est une volonté du dirigeant – la parité est parfaite.

 

Le vif du sujet

Voilà les questions qui taraudaient l’animateur : le leadership féminin aurait-il des qualités particulières ? S’exprimerait-il (ce leadership) en termes de pouvoir ou de mission ? Questions subsidiaires : fallait-il faire le lien entre le niveau de maturité des organisations et le fait de nommer des femmes aux plus hautes responsabilités ? Il fallait bien lancer le débat ! Les quatre intervenantes ne sont pas tombées dans le piège d’un échange (un peu) restrictif. Elles ont choisi de parler d’abord et avant tout de leurs entreprises. C’était la bonne réponse ! Chez Bouygues Telecom, Agnès Moreau déclare d’emblée les process achats matures. Mais concède toutefois qu’il reste encore à améliorer la position des achats, c’est-à-dire les relations avec les opérationnels. Au fond, rien que de très ordinaire comme situation. Tout autre à sa place ferait sans doute le même constat… Une précision pour satisfaire la promesse de la soirée : Olivier Roussat, Pdg de Bouygues Telecom, porterait une attention toute particulière au développement de la parité dans son entreprise. Un bon point donc. Chez Radio France, la question du top management a déjà été évoquée. La fonction y est de création récente (2012) et Ahlem Hamdi arrivée en 2015 dit être parvenue à faire fortement progresser son taux de couverture contractuelle, soit 90% aujourd’hui. Un principe : réaliser un diagnostic de maturité annuel. Mais au-delà des process, il faut des « savings ». En résumé, les objectifs des achats au sein de Radio France sont la sécurisation, l’optimisation des coûts, « l’industrialisation » de leur traitement. Ce soir-là, nous apprendrons que le choix d’un outil d’e-achat a été fait et sera annoncé sous peu (Oalia, Ndr). Avec son franc-parler, Ahlem Hamdi conclue son propos sans détour : nous avons un très bon positionnement dans l’entreprise, une place sans doute enviable dans le secteur tertiaire et nous le devons (en gros) à la qualité de nos équipes. Traduction pour ceux qui n’auraient pas compris : le genre n’a rien à voir dans tout cela. La question du pouvoir maintenant, qui revient… La réponse claque : on ne choisit pas les achats pour le pouvoir ! Voix off : ça se saurait sinon…. Les achats restent par nature une fonction commerciale et la négociation un attendu permanent. Bouquet final avec cette formule : nous ne décidons jamais seuls de toute façon ! Les achats, nom commun masculin, pas d’écriture inclusive ici…

Sa voisine va tout de même nuancer. La question du pouvoir reste sensible… Pour Agnès Moreau (Bouygues Telecom), c’est vrai que l’on ne choisit pas les achats pour le pouvoir mais elle pointe parfaitement le sentiment de perte des prescripteurs quand les achats récupèrent les budgets… Ce sont eux qui assimilent achat et pouvoir, le leur donc qui leur est disputé sinon retiré. Pas sûr pour autant que les achats poussent leur avantage jusqu’à revendiquer une sorte de pouvoir suprême… Et puis, ce pouvoir n’est-il pas très relatif face à des fournisseurs plus puissants ou influents que l’on ne le pense ? Sans même parler des fournisseurs mono-source ?

Sylvie Gomy (ex-Clarins) veut mettre l’accent sur achat et innovation. L’un ne va pas sans l’autre. Et il y a tous les ingrédients pour y parvenir dans l'entreprise de cosmétique : maturité de l’organisation, ambition, volonté d’une démarche RSE. A deux nuances près : un manque d’outils (SI achat) - regret de n'avoir pas convaincu sur ce plan - et des filiales sans doute moins matures que le siège… Du coup, la fonction achats doit affirmer sa capacité d’entraînement. Elle doit être inclusive. Les équipes doivent se montrer persuasives, afficher des qualités… politiques. Faire un vrai travail d’influence. Les achats vont bien aux femmes avance l’ex-directrice des achats. Mais c’est une simple observation. Pas un pré requis.

Etre et avoir été jugées sur leurs seuls compétences. C’est ce que revendiquent les quatre invitées. Les qualités essentielles d’un… bon acheteur, outre leurs formations de base ? La curiosité, la rigueur, la capacité à travailler en équipe. Rien à voir avec le genre. Y aurait-il comme un plafond de verre ou des freins - pour ne pas parler d'entraves - dans une progression de carrière ? Agnès Moreau (Bouygues Telecom) dit ne l’avoir jamais ressenti. Avant. Pendant sa propre ascension. Mais aujourd’hui elle reconnait qu’il faut plutôt des démarches volontaires. Pour contrecarrer ce qu’elle a observé depuis : une certaine entraide masculine pour conquérir les meilleures positions.

Le plafond de verre des recruteurs

Nouvelle assertion forte d’Ahlem Hamdi en retour : il n’y a pas de plafond de verre ! Nous sommes sans doute nos meilleurs censeurs. Il ne faut rien s’interdire ! Il n’y aurait pas d’inégalités fondamentales, tout au plus des différences d’appréhension. Une autre nuance. Le débat se poursuit. De vraies duettistes ! Agnès Moreau reste sur sa position : les femmes progressent moins vites les hommes dans certaines sociétés. Il faut rester vigilant(es). Et se bouger de toute façon ! L'accord était là.

La question des relations avec les fournisseurs est (rapidement) évoquée comme celle des différences générationnelles ou encore interculturelles. Les relations hommes-femmes sont fluctuantes. Difficile de généraliser. Le principe même de ce débat reste périlleux. Des questions dans la salle ? Une retient l’attention parmi d’autres. Plutôt une remarque d’ailleurs. Celle d’une jeune femme, étudiante ou acheteuse, qui constate que les employeurs ont toujours tendance à (trop) formater le profil des candidats. Répliquant les mêmes formations, les mêmes expériences, les mêmes qualités. D’être peu inventifs et adaptables en somme. Le plafond de verre n’est pas forcément celui auquel on pense. Rien à voir avec le genre pour reprendre un leitmotiv de la soirée. Evidemment, après coup, dommage que le thème des écarts de salaire hommes-femmes, seul juge de paix en matière de parité, n’ait été évoqué par aucun des protagonistes de la soirée. Une autre fois peut-être.

 

 

Kedge Business School : un déploiement spectaculaire
En 2019, le campus parisien de Kedge Business School quittera la rue de la Victoire (Paris 9e arrondissement) pour rejoindre un tout nouveau site dans le 13e de près de 5 000 m2. Le groupe qui préside aux destinées du MAI (Management des Achats Internationaux) pèse d’un certain poids : 110 millions euros de chiffre d’affaires, 7 campus (Paris, Bordeaux, Marseille, Toulon, Shanghai, Suzhou, Dakar), 13 000 étudiants (23% internationaux), 191 professeurs permanents, 57 000 diplômés et 62 associations étudiantes. C’était la 1ère fois que les associations alumni de Kedge Business School et du MAI (AAMAI) organisaient une soirée commune. Belle démonstration de force. Les anciens étudiants, étudiants actuels et futurs étudiants auront ainsi perçu la qualité du SAV de l’école. Ni plus ni moins qu’un dû selon ses promoteurs.

Publié le 09/05/2018 - Par la rédaction

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