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Publié le 16/02/2017 - Par la rédaction

Baromètre HEC Paris-EcoVadis : les achats responsables désormais incontournables

Le Baromètre des achats responsables HEC Paris-Ecovadis revient ! Un peu plus de trois ans d’absence et le duo s’est reformé. En 2013, l’étude mettait en avant un manque d’outils de mesure. En 2017, ses auteurs constatent un accroissement significatif des efforts des entreprises, non seulement pour élargir leur taux de couverture mais aussi pour déployer leurs programmes. Enfin, pour la première fois, le Baromètre interroge des fournisseurs.

Après l’annonce en décembre dernier d’une levée de fonds réussie, EcoVadis reste sur le devant de la scène. Le mois dernier, c’était une réunion organisée avec le CDAF, la Médiation interentreprises et le Crédit Agricole, ce mois-ci, c’est au tour de la dernière mouture de l’étude qu’il conduit depuis dix ans déjà avec HEC Paris[1] de faire l’évènement. Cette 7e édition d’un Baromètre des achats responsables toujours attendu sort pourtant presque en catimini alors que la précédente avait donné lieu à une présentation publique ( voir La Lettre des Achats n°223 – janvier 2014).

En ce début d’année, les études RSE se succèdent ( L’ObsAR a dégainé le premier) et se ressemblent. D’une part un panel relativement restreint, toutes proportions gardées : EcoVadis a réuni 460 répondants (120 donneurs d’ordres, 360 fournisseurs) sur une base plus internationale contre 221 à l’ObsAR, le régional de l’étape (France essentiellement). D’autre part, des avis quasiment identiques sur la finalité d’une démarche achats responsables : elle n’est plus un affichage vertueux, elle est un contributeur essentiel au développement des entreprises. La comparaison s’arrête là. EcoVadis et ses contributeurs apportent leur propre éclairage sur les pratiques observées.

Partie intégrante du business

Les auteurs du rapport 2017 (Olivier Bruel, professeur émérite, HEC Paris, Olivier Menuet, Président de SNCF Energie, Pierre-François Thaler, co-fondateur d’EcoVadis) l’écrivent sans détour dans leur introduction : « L’achat responsable fait partie intégrante du business et contribue tout à la fois à la réduction des coûts, à la diminution des risques, à la protection comme à l’augmentation du capital de la marque, au résultat, à l’innovation et donc à la croissance ». Rien de moins ! Il y a bien sûr les incontournables questions pour commencer sur les priorités aux achats. Réponses sans surprise : le triptyque réduction des coûts (64% des réponses), conformité (55%) et maîtrise des risques (54%). A noter la question des coûts est en retrait de 7 points (71% en 2013) alors que la conformité double presque de taille (27% en 2013), la gestion des risques prend 11 points (43% en 3013) alors que la création de valeur croît également de 12 points (38% contre 26% en 2013) de même que les critères RSE montent de 5 points (23% contre 18%). Dans tous les cas, ce sont des critères qualifiés de « critiques » (et pas seulement « importants »). En 2017, à la question sur la place et le rôle du développement durable dans leurs organisations achats, les réponses sur les deux critères réunis (« critique» et « important») totalisent 97% des réponses. En 2003, seulement 40%. C’est la mesure du chemin parcouru depuis la 1ère édition du Baromètre.

Les principales motivations s’expriment sans détour : la sauvegarde de la réputation et de la marque (63%), la diminution des risques (61%), la conformité (57%). Les auteurs notent une convergence Europe-US sur ces trois critères avec une nuance cependant : aux Etats-Unis, la diminution des risques est le premier critère alors qu’en Europe, c’est avant tout la sauvegarde de la réputation qui reste la priorité. De même, il existe une multitude d’éléments pris en compte en matière de responsabilité sociale et environnementale, depuis le respect des droits de l’homme jusqu’à la limitation des effets de serre en passant par la lutte contre la corruption. Cette année l’étude constate un glissement des préoccupations des entreprises en faveur de facteurs plus éthiques qu’environnementaux. En clair, sur un sujet aussi vaste que la RSE, rien d’étonnant à ce que les sensibilités voire la perception des urgences évoluent dans le temps. D’autre part, la signature il y a tout juste un an de la COP21 peut avoir eu comme effet de rassurer les entreprises sur une meilleure prise en compte des risques environnement. Dans le même temps, la forte croissance industrielle de pays émergents – la Chine par exemple – a mis en lumière les risques liés aux conditions de travail. Sans même évoquer le drame du Rana Plaza encore dans toutes les mémoires. Enfin, la montée en puissance des ONG 2.0 qui démultiplient à la fois le recueil d’informations et leur diffusion en mode digital à l’échelle planétaire favorise cette prise de conscience. Résultat : 33% des répondants placent en tête de leurs préoccupations à la fois les facteurs sociétaux liés au travail et l’éthique des affaires contre 18% les seules critères environnementaux.

Le poids des chartes

Comment se traduisent ces préoccupations achats responsables dans les entreprises (politiques, buts, reporting) ? En 2017, 88% des répondants disposent d’une charte fournisseurs ou de clauses contractuelles spécifiques. C’est 12 points de mieux qu’en 2013 ! D’autre part, presque la moitié des répondants disent avoir fixé des objectifs précis à leurs acheteurs (53%), leurs fournisseurs (51%) et près de 40% mesureraient les résultats obtenus… Il y aurait même des objectifs de long terme définis pour certains fournisseurs (28% des réponses). Toutefois, si les répondants ont pour la plupart bien définis à la fois leur politique et les objectifs à atteindre, le reporting fait encore défaut. Ainsi, 88% des répondants communiquent sur leurs résultats en interne seulement (88%), à peine plus de la moitié se tournent vers l’extérieur via un rapport d’activité annuel par exemple (55%). Et ils sont seulement 30% à prétendre s’appuyer sur les capacités développement durable pour orienter la stratégie de leur entreprise.

Mais le point le plus notable cette année, c’est le fort accroissement des fournisseurs enrôlés dans les programmes type développement durable. En 2013, seules 27% des entreprises déclaraient avoir déployé un programme achats responsables pour 75% du volume des dépenses auprès de leurs fournisseurs stratégiques. Elles sont 45% en 2017. Un bon considérable. Les auteurs tiennent toutefois à tempérer l’enthousiasme qui pourrait poindre : s’intéresser davantage et mieux aux plus importants de ses fournisseurs, c’est bien  mais… loin d’être suffisant. Sans même s’attarder sur la définition de « fournisseur stratégique », souvent très variable d’une organisation à l’autre, c’est souvent dans les fournisseurs de rang 2, rang 3 voire au-delà que les risques potentiels encourus sont les plus importants. Parce qu’ils ne sont tout simplement pas identifiés et encore moins mis sous surveillance. Seuls 15% des répondants déclarent une visibilité totale sur leurs fournisseurs. Pour une très grosse majorité (66%), cette visibilité se limite au rang 1. Nous rentrons dans le concret (“Where the rubber meet the road”). Le diable se niche dans les détails.

En tout cas, des critères achats responsables sont exigés pour la sélection des nouveaux fournisseurs (73% des réponses), déjà dans les phases RFX (63% des réponses). De même, 58% des répondants utilisent ces données dans leur évaluation annuelle des fournisseurs, 45% s’en servent même lors du renouvellement des contrats. Des critères incontournables. A noter encore que 47% des répondants disent recourir aux services d’une tierce partie – c’est le marché d’EcoVadis – pour l’évaluation des données fournisseurs. Très intéressant aussi le fait que 22% des répondants affirment avoir intégré des critères achats responsables dans leurs calculs de TCO. Ils n’étaient que 20% en 2016 et 12% en 2011. C’est une double progression sans doute : recours au TCO d’une part et intégration d’éléments RSE d’autre part.

Encore des points de blocage

Maintenant, il subsiste encore des points qui fâchent. Trois progressent fortement : le manque de ressources internes (57% en 2017 contre 28% en 2013), la difficulté à identifier les performances des fournisseurs (37% en 2017 contre 11% en 2011), l’évaluation des coûts (33% en 2017 contre 22% en 2013). Deux régressent : le manque de soutien des responsables (24% en 2017 contre 50% en 2011) et la résistance des fournisseurs (18% en 2017 contre 20% en 2011). Il y a sans doute là un effet ciseaux : la forte progression des achats responsables dans les entreprises ne fait que mettre en lumière la faiblesse des moyens qui lui sont dévolus. En parallèle : si les dirigeants se montrent moins rétifs c’est que cette prise de conscience devrait se traduire dans les faits d’ici peu. Même phénomène du côté des fournisseurs. Ils seront sans doute de moins en moins enclins à faire de la résistance… Parmi les résultats estimés d’une politique d’achats responsables, deux ressortent : d’une part, l’impact sur l’image de l’entreprise (76%) et l’instauration de relations de long terme (durables…) avec les fournisseurs intéressés (55%). Il y a en quelque sorte convergence entre les politiques engagées et les résultats effectifs. La question des coûts apparait toutefois encore en retrait (28% des réponses).

Les  entreprises mesurent dans le temps l’efficacité de leurs actions : les leaders ont au moins sept années d’ancienneté dans le domaine (55% des répondants). Enfin, signalons la matrice de maturité « achats responsables » proposée par l’étude. Soit quatre niveaux de maturité : mise en œuvre des Basics (niveau 1), Progressing (niveau 2), Avanced (niveau 3) et Industry Benchmark (niveau 4). Et sept composantes prises en compte (Goals, Reporting, Organization, CSR Data,  Tools,  Coverage,  Visibility). Le lecteur traduire de lui-même. De quoi mettre en place une première vue synthétique de son organisation. Quelques indications pour se situer : au niveau 1, ce que l’on fait le mieux, c’est du reporting, aux niveaux 3 et 4, c’est la détermination des objectifs à atteindre, et au seul niveau 4, c’est le taux de couverture qui l’emporte. CQFD. Impossible de tout dire ici. A lire et pratiquer.

Dernier volet de l’enquête à évoquer : celui qui interroge les fournisseurs. Nous ne pourrons pas tout dire. Deux indications pour débuter : 44% des interrogés pensent que leurs clients s’impliquent dans le développement durable et qu’eux-mêmes participent de cet effort. Mais 56% pensent à l’inverse que ce n’est pas une priorité pour leurs donneurs d’ordres… Et ces derniers, récompensent-ils les efforts produits ? Réponses : oui, nous sommes très « incentivés » ( !) pour 21% des répondants, quelques fois pour 35% ! La RSE, ça paie ! Ce qui matérialise le plus la démarche,  ce sont les contrats et les engagements pris (78% des réponses), suivis des audits en situation (61%) suivis de plans d’amélioration (49%). Mais il s’agit là de la catégorie des partenaires (clients/fournisseurs) les plus engagés… Laissons aussi le soin aux lecteurs de de découvrir l’autre matrice de maturité des relations fournisseurs adaptée à une démarche responsable ( source Jean Potage/Méthode Prime). Les débutants apparaîtront au niveau 1 (transactions) ou 2 (contrats), les candidats à la maturité au niveau 3 (amélioration du panel) tandis que les aspirants au titre de leaders flirteront avec le niveau 4 (politiques définies et appliquées) voire l’échelon ultime, le niveau 5 (création de valeur). Et tout ceci peut prendre des années comme le concluent prudemment les auteurs…

Une contribution essentielle

L’étude complète est à lire et relire. Quel parcours accompli en 7 éditions biennales ! Avec 38 répondants (donneurs d’ordres uniquement) en 2005 (2e édition) et 480 en 2017 (panel international de donneurs d’ordres et de fournisseurs), elle a accompagné la prise de conscience générale sur les enjeux de la RSE. La montée en puissance des périls environnementaux, la survenance de drames humanitaires, les catastrophes économiques qui en découlent et enfin la prise de consciences que des valeurs éthiques devaient s’imposer dans le monde du travail où qu’il soit ont gagné tous les esprits. Pour le dire le plus simplement : des dirigeants, des chefs d’entreprise, des consommateurs. Les normes, les réglementations, les modes de surveillance et de diffusion des informations ont fait le reste. L’accord de la Cop 21 a entériné le mouvement. Au cours des dix dernières années, la progression exponentielle des démarches achats responsables dans les entreprises a traduit ce phénomène et s’est étendu par capillarité dans toutes les organisations. Des donneurs d’ordres à leurs fournisseurs et aux fournisseurs de ces derniers, le flux ne devrait pas s’interrompre. Il lui faudra tout de même définir plus de moyens, plus d’outils de mesure, et toujours plus de réalisations perceptibles. Rendez-vous dans deux ans pour une nouvelle étude ?

 

 

 

Etude 2017 : des répondants majoritairement dans l’industrie

Du côté des donneurs d’ordres, le panel était constitué de 120 entreprises dont 75%  basées en Europe (25% en France, 18% au Royaume-Uni) et 12% aux États-Unis. Près de la moitié (42%) ont un chiffre d’affaires compris  entre 5 milliards et 25 milliards de dollars  tandis que 25% sont au-dessus des 25 milliards et 34 % en dessous des 5 milliards. L’industrie était le secteur le plus représenté (14% des réponses)  suivi par la distribution et les biens de consommation (13%), les services (12%) et le secteur IT & télécoms (9%).

Du côté des fournisseurs, 360 entreprises ont participé.  Presque la moitié des répondants exerçait des fonctions de type RSE et parmi eux, la moitié avec des responsabilités de type achats et/ou approvisionnement. L'autre moitié des répondants occupait des postes autour de la gestion des risques et de la conformité. La majorité des répondants (78%)  provenaient d'entreprises réalisant moins de un milliard de dollars de chiffre d’affaires, tandis que 12% se situaient entre 1 et 5 milliards et 11%, au-dessus des 5 milliards. L’industrie était le secteur le plus représenté (39%) puis les produits chimiques (14%), les services (11%) et le secteur IT & télécoms  (7%).

 

Tous les précédents Baromètres des Achats responsables 

2005 : Un benchmarking des pratiques achats – LDA N°139 – mai 2006

2007 : Le développement durable, nouvelle priorité des achats – LDA n°155 – novembre 2007

2009 : L’achat durable résiste encore à la crise – LDA n°169 – février 2009

2011 : Des progrès à concrétiser – LDA n°196 – juillet-août 2011

2013 : Place à la mesure des bénéfices – LDA n°223 – janvier 2014



[1] Le Baromètre des achats responsables est né en 2003 sous l’égide d’HEC Paris et plus particulièrement du Cesa Achats. La 1ère édition a été à usage interne. C’est à partir de la 2e édition en 2005 que des comptes rendus ont été publiés dans La Lettre des Achats. Ecovadis a rejoint le Baromètre en 2007, l’année de sa création.

 

Publié le 16/02/2017 - Par la rédaction

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