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Publié le 12/06/2018 - Par la rédaction

Assises des délais de paiement : le chantier inachevé des chaines de paiement

Le délai de règlement des fournisseurs est aujourd’hui de 51 jours, or la route est longue car tous les jours des entreprises meurent en bonne santé pour ne pas avoir été payées. Toutefois de bonnes pratiques se multiplient.

Bonne nouvelle pour les fournisseurs, les délais de paiement ne se sont jamais aussi bien portés même « S’il reste encore un long chemin à faire », insistait le médiateur des entreprises, Pierre Pelouzet, lors de la cinquième édition des Assises de délais de paiement, le jeudi 31 mai au siège parisien du Medef. Selon l’observatoire annuel 2017 des délais de paiements, 43,6 % des entreprises françaises payent leurs fournisseurs à l’heure. Un résultat somme toute modeste quand on sait que « tous les jours des PME disparaissent en raison d’entreprises qui "oublient" de payer leurs fournisseurs », ajoute Pierre Pelouzet. Certaines d’entre elles pourtant, ont pris ce problème à bras-le-corps en mettant en place des procédures pour rationaliser leurs process et réduire les délais de paiement de leurs fournisseurs. C’est le cas du ministère de la Culture, lauréat dans la catégorie organisme public de l’édition 2018 des prix des Assises des délais de paiement.

Le ministère affiche des résultats exceptionnels grâce notamment, « à la mise en place de mesures de bon sens et de bonne volonté car nous avons responsabilisé les équipes », explique Carole Robin, cheffe du bureau de la qualité comptable au ministère de la Culture. Un chemin semé d’embûches. En 2014, le ministère portait encore le bonnet d’âne des mauvais payeurs avec un délai de paiement moyen de 52 jours. Trois ans plus tard, le dynamisme des équipes a réduit celui-ci de 60 % avec une moyenne de 20,2 jours en 2017. « Nous avons mis en place un plan de modernisation de la chaîne de la dépense dont l’objectif phare était de réduire les délais de paiement en mobilisant tous les services financiers, explique Carole Robin. Notre ambition pour cette année 2018 est d’arriver à un délai de paiement de 19 jours ».

 

De chantiers en plans d’actions

De manière globale, le délai de règlement des fournisseurs en France est aujourd’hui de 51 jours en moyenne et le délai d’encaissement clients se fixe à 44 jours. Ces chiffres issus de l’observatoire annuel 2017 des délais de paiements ne doivent toutefois pas cacher la forêt. Le délai de paiement imposé par la loi de modernisation de l’économie (LME) de 2008 est fixé à 30 jours et ne peut pas dépasser 60 jours, même en cas d’accord entre les partis. Signe que même une entreprise de taille moyenne peut être meneuse pour le respect des fournisseurs, le groupe Equity, lauréat dans la catégorie prix PME, affiche un délai moyen de 5,25 jours avant l’échéance contractuelle et 100 % payées à l’échéance. Le secret de cette société de conseil et d’intermédiation entre grands comptes et fournisseurs qui détient le label RFAR (relation fournisseurs achats responsables) : des actions mises en place pour un suivi en temps réel de l’avancement du traitement des factures via un ERP depuis janvier 2018. Procédure à laquelle a été ajoutée une identification des interlocuteurs dédiés à chaque étape du processus chez les clients et les fournisseurs.

Coté ministère de la Culture, le plan d’action mis en place s’est d’abord focalisé que la révision de sa procédure de commande depuis sa passation jusqu’au paiement. « Nous nous sommes aperçus qu’il existait beaucoup de petites commandes et nous avons décidé de rationaliser ces paiements via des cartes d’achats ou via la régie d’avance », explique Carole Robin.

 

Best practices à suivre…

Le ministère a rationalisé les bons de commande en dématérialisant les processus et en donnant un point d’entrée unique à chaque fournisseur. « Grâce à la dématérialisation des factures, nous gagnons deux jours au niveau des délais de paiement », souligne encore Carole Robin. Résultat : aujourd’hui 53 % des factures sont dématérialisées et 60 % le seront à fin 2018. Des mesures saines quand on pense que « chaque année, les retards de paiement seraient à l’origine d’une défaillance d’entreprise sur trois et de plus de 50 000 emplois menacés », rappelle Thierry Million, directeur des études chez Altares. Les sommes engagées sont vertigineuses : le crédit interentreprises en France représente 635 milliards d’euros, soit près d’un tiers du PIB national et si l’ensemble des créances clients et des dettes fournisseurs étaient payées à 60 jours le montant de la trésorerie nette libérée pour les entreprises serait de 16 milliards d’euros…

Dans cette logique, la métropole toulousaine qui a obtenu le prix territoire, a réduit de moitié ses délais de paiement en deux ans, mais va encore plus loin dans ces bonnes pratiques : elle propose depuis 2015, 30 % d’avances aux fournisseurs entreprises du BTP pour tout marché inférieur à 1 million d’euros HT. En 2017, ces avances ont représenté 31 millions d’euros cumulés, dont 12,7 millions d’euros pour les PME/TPE.

 

Assouplir les systèmes de contrôles

« En France, une facture sur sept n’est pas payée et lorsque l’on soulève le capot, on s’aperçoit que si certaines entreprises font exprès de ne pas payer, ce n’est pas le cas pour la majorité, explique Pierre Pelouzet. Des systèmes de contrôle très rigides bloquent souvent le paiement des factures qui ne respectent pas les paramètres de facturation ». Aujourd’hui, le délai de résolution des anomalies s’est amélioré passant de 51 à 47 jours selon le baromètre dédié aux factures des PME déclarées non conformes par les donneurs d’ordres. A l’instar du Crédit Agricole Centre Est, lauréat du prix ETI-grand groupe (témoignage à lire dans La Lettre des Achats n°273), de nombreuses entreprises ont mis en place des actions concrètes pour améliorer la relation client-fournisseur comme le simple fait de communiquer aux fournisseurs les mentions obligatoires sur la facture ainsi que le pourcentage d’interventions intermédiaires.

Le ministère de la culture s’est également penché sur les blocages dans les process achats. Sur l’activité marchés, le département comptable s’est rendu compte qu’un blocage portait sur la révision des prix, dont le calcul est fondé sur une formule algébrique reposant sur des indices. « C’est au fournisseur de transmettre cette révision des prix or nous nous retrouvions avec des factures bloquées car la révision des prix n’y figurait pas », explique Carole Robin.En interrogeant ses fournisseurs, le ministère s’est rendu compte qu’ils n’étaient pas en demande car ils ne voulaient pas calculer la révision des prix. « Désormais nous appliquons des prix fermes pour la majorité de nos marchés, souligne encore Carole Robin. C’est plus simple à la fois pour le fournisseur et la fluidité de paiement des factures ».

Publié le 12/06/2018 - Par la rédaction

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