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La Lettre des Achats - Juillet - Août 2018 N°273
Juillet - Août 2018

Interview

Franck Picabéa - Directeur des achats - Econocom
« Nous devons contribuer à l’amélioration et à la mesure de la satisfaction clients »

Par la rédaction

Franck Picabéa - Directeur des achats - Econocom

« Nous devons contribuer à l’amélioration et à la mesure de la satisfaction clients »

Qualité, coûts et innovation forment le triptyque de la stratégie achats d’Econocom, dont le directeur des achats, Franck Picabéa, entend contribuer à valoriser les offres du groupe avec fournisseurs innovants. Le déploiement de l’outil de Synertrade, une société du groupe, devrait lui apporter une visibilité nécessaire pour cibler les projets prioritaires

A quelles préoccupations stratégiques d’Econocom les Achats répondent-ils ?

Nous sommes au début de notre plan stratégique « E comme Excellence », lancé en janvier dernier. Nous ambitionnons, d’ici 2022, de passer de 3 à 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et de doubler le résultat opérationnel courant à 300 millions d’euros. Par ailleurs, l’axe central de notre plan stratégique est de délivrer à nos clients – et donc à leurs collaborateurs ou à leurs propres clients – des solutions digitales dont le niveau de qualité et de fiabilité est aussi élevé que ce qui est vécu dans la sphère privée : lorsqu’un opérateur téléphonique installe votre box, elle fonctionne parfaitement. Lorsque vous allumez votre smartphone pour la première fois, il est opérationnel immédiatement, lorsque vous commandez un article en ligne auprès d’un grand de la distribution, vous êtes livré en quelques heures désormais. Cette exigence de qualité devient une norme. Toute l’entreprise est embarquée dans cette recherche de la satisfaction maximale de nos clients et de leurs « End Users ».
Le rôle de la fonction Achats, est d’accompagner ce mouvement et de contribuer à l’atteinte de nos objectifs stratégiques. Cela passe par l’intégration de critères de qualité plus adéquats, tant avec nos fournisseurs et partenaires (que nous devons embarquer dans ce mouvement), qu’auprès des collaborateurs que nous accompagnons en leur apportant plus de valeur ajoutée.

Quel est le périmètre couvert par l’organisation achats ?

L’organisation achats, s’occupe des achats hors-production comme des achats de production ; nous gérons par exemple les achats de prestations intellectuelles, tout comme les achats de certains actifs informatiques destinés à nos clients. Nous travaillons également en mode projet avec des éditeurs sollicités dans le cadre de déploiement de plates-formes Saas destinées aux besoins internes du groupe. Nous travaillons aussi au déploiement d’outils achats qui viennent répondre au besoin de focaliser les acheteurs sur des tâches à plus forte valeur ajoutée et à mieux maitriser les engagements de dépenses dans l’ensemble de l’organisation. Nous sommes en train de déployer en interne, sur la partie achats indirects, l’outil de la société Synertrade que le groupe a acquis en 2015. Un chef de projet e-achat s’y consacre spécifiquement au sein de la direction des achats qui comprend en tout une trentaine de personnes.

Comment évolue ce taux de couverture ?

Nous nous efforçons d’être impliqués de plus en plus en amont des processus d’engagement de dépenses. Mais nous devons mener une démarche, axée sur l’accompagnement. Le business modèle du groupe Econocom est unique dans notre secteur : il est constitué d’activités possédées à 100 %, autour desquelles gravitent des « satellites », c’est-à-dire des entreprises très performantes dans leurs domaines, dont les dirigeants entrepreneurs ont conservé une part significative du capital. L’idée étant de bénéficier d’expertises digitales de pointe par l’intermédiaire de sociétés sans brider leur innovation, ce qui implique l’acceptation d’une grande part de diversité et de flexibilité vis-à-vis des entités rachetées. Beaucoup ont ainsi leur propre outil d’engagement de dépenses.

Quelles sont vos attentes dans le projet de déploiement de Synertrade ?

L’objectif consiste à moderniser nos SI achats à l’aide du module PtoP de bout en bout de Synertrade, du sourcing au paiement de factures et ce en commençant par les achats indirects. Le déploiement qui a débuté en janvier, doit être achevé à la fin de cette année. Cet outil doit aussi nous permettre d’optimiser notre vision de nos dépenses par localisation, par fournisseurs et par catégories, ce qui s’achète, chez qui et comment. Nous mesurerons la réussite de ce projet sur des aspects fonctionnalité, adhésion et satisfaction des utilisateurs : le module couvre-t-il 100 % des besoins et, par effet induit, l’outil nous apporte-t-il de la visibilité permettant de mettre en place des stratégies achats performantes ?

Le fait que cet outil vienne d’une société du groupe a-t-il un effet positif ?

Je le pense. Nous sommes de fait dans une démarche partenariale. Nous nous serrons les coudes pour faire avancer le projet, et nous nous améliorons ensemble : nous bénéficions de leur expérience par rapport au déploiement de l’outil et ils bénéficient de notre connaissance des achats indirects qui complète leur expérience, plutôt forgée dans l’industrie.

Envisagez-vous de déployer des modules d’intelligence artificielle ?

C’est une question à laquelle nous réfléchissons bien sûr. Mais avant de nous lancer dans le prédictif, la priorité consiste à avoir déjà un très bon outil analytique. Puis, dans l’ordre, nous allons agréger un module d’analyse des dépenses proposé aujourd’hui par Synertrade à ses clients. La partie spend prédictif viendra ensuite.
En tant que directeur des achats, j’ai déjà eu l’occasion de donner mon avis aux équipes de Synertrade sur les usages que je pourrais faire de l’intelligence artificielle et du spend prédictif, notamment dans la réduction des risques et à travers des outils d’aide à la décision. Le gros avantage de Synertrade c’est leur technologie QLIK qui leur permet d’agréger des couches de soft avec des algorithmes sur des modules analytiques avec lesquelles lancer des analyses prédictives.

Comment mesurez-vous la contribution des Achats à la performance financière ?

Je suis chargé de déployer une stratégie Achat devant contribuer à l’atteinte des objectifs du plan stratégique. Quand nous travaillons en mode projet, notre contribution est mesurée par rapport à une enveloppe estimative initialement budgétée. Pour évaluer ces optimisations sur des achats récurrents, nous comparons la masse d’une année sur l’autre. Tout cela est bien sûr retraité en fonction des volumes pour éviter un effet mix.
Au-delà, notre contribution consiste aussi à nous assurer que tous les investissements font l’objet d’une analyse de retour sur investissement. La finalité de tout cela c’est que les Achats soient Business Partner des opérationnels. Ce rôle d’accompagnement est pour moi extrêmement important.

Comment faites-vous en sorte d’être positionné en Business Partner ?

Il faut apporter plus que des optimisations, en aidant les collaborateurs du groupe à acheter de manière plus efficiente et, pour cela, il n’y a pas que des leviers achats à activer. Cela passe notamment par notre contribution à l’innovation. Quand nous contractons par exemple sur la mise en place d’un nouveau soft et que nous étudions les offres de startups, nous devons aider à trouver les bons indicateurs pour les évaluer : les publications au niveau de la presse, le portefeuille client, le taux de couverture sur la technologie qu’ils proposent, etc. Nous sommes dans un secteur d’activité tellement changeant que nous ne pouvons pas nous contenter de regarder dans le rétroviseur en nous focalisant sur les comptes de résultat du dernier exercice.
Concernant les achats de production, l’enjeu consiste à proposer aux métiers des prestations par l’intermédiaire de notre réseau de partenaires, grâce auxquels ils vont pouvoir proposer de la valeur ajoutée à leurs clients et se différencier dans leurs réponses aux appels d’offres.

Avez-vous le sentiment que le métier d’acheteur est totalement compris en interne ?

Non, pas toujours. Mais il est aussi de notre responsabilité de faire en sorte que cela change, en allant au-devant des métiers avec une communication adéquate, en étant plus présent dans un travail d’équipe. Nous avons entamé cette démarche de sollicitations des commerciaux pour être impliqués en amont dans les appels d’offres et pouvoir proposer plus de valeur ajoutée. En particulier sur les grands appels d’offres.

Comment se traduit la priorité donnée à la qualité au niveau des Achats ?

Nous devons contribuer à l’amélioration et à la mesure de la satisfaction clients. Pour cela nous voulons mettre en place un véritable SRM, nous permettant d’évaluer la qualité des prestataires partenaires avec lesquels nous travaillons. Pour faire évoluer notre tissu de fournisseurs partenaires et les inscrire dans un processus d’amélioration continue nous avons besoin de retour précis sur la qualité de leurs prestations, à partir de données structurées. Nous sommes en train de regarder quels indicateurs seraient les plus pertinents par rapport à notre business. Nous en avons déjà défini une série pour les prestations intellectuelles. Cette démarche doit aussi reposer sur des outils simples, conviviaux et forcément digitaux.

Quel est le profil des acheteurs du groupe ?

L’éternel débat aux Achats dans les entreprises par lesquelles je suis passé, a toujours opposé le fait de recruter plutôt des profils spécialisés sur des catégories à la tendance qui consiste à recruter plutôt des profils qui ont des compétences et de l’appétence pour le travail collaboratif et la gestion en mode projet. Aujourd’hui, nous spécialisons nos acheteurs par catégorie. Mais nous ne recherchons pas uniquement des acheteurs pointus spécialisés sur leurs métiers, il faut un peu plus : il faut être capable d’adopter un esprit d’entrepreneur et évidemment être à l’aise avec le digital qui, chez nous, est présent partout.
Nous venons d’intégrer deux nouveaux collaborateurs, dont une responsable achats hors-production et il nous reste un poste à pourvoir. Nous avons un cursus de formation proposé par les ressources humaines et, le cas échéant, nous avons l’opportunité de proposer des formations ciblées pour des collaborateurs, en plus des actions de montée en compétences que nous mettons en place.

Qu’est-ce que vous souhaitez voir progresser d’ici trois ans ?

Ma priorité numéro 1 reste la performance de notre direction au regard des objectifs stratégiques de l’entreprise et, juste derrière, le fait d’être imbriqués plus en amont et être encore plus perçus comme business partner à travers l’innovation, la qualité et les économies apportées.
Portrait
Franck Picabéa (MAI 2001) est directeur des achats groupe d’Econocom depuis juillet 2015 et reporte au directeur financier du groupe, David Krieff. Avant de rejoindre Econocom, il a travaillé pendant près de cinq ans dans le groupe Xerox, à la tête de la direction achats et supply chain de la branche Xerox Parking. Auparavant Franck Picabéa est passé par le groupe Valéo, où il a exercé les responsabilités de responsable achats de commodité.
En chiffres
Econocom
Distribution d’asset IT, infogérance, services, conseil, financement
Chiffre d’affaires : 3 Mds d’€
Effectif total : 10 700 personnes
Montant des achats adressables : 300 M d’€
Effectif achats : 30 personnes

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