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La Lettre des Achats - Février 2019 N°279
Février 2019

Marchés

Conjoncture

Les salaires dans le rouge

Mathieu Plane - Économiste - OFCE
« Les gains de productivité se tassent un peu partout dans les pays industrialisés »

Par la rédaction

Mathieu Plane - Économiste - OFCE

« Les gains de productivité se tassent un peu partout dans les pays industrialisés »

Comment expliquer la stagnation persistante des salaires dans les pays industrialisés ?

Cette faible dynamique salariale prévaut en réalité dans l’ensemble des grands pays industrialisés depuis la crise financière de 2008. En Europe, les pays du Nord affichant des taux de chômage bas tirent un peu mieux leur épingle du jeu, mais l’écart par rapport aux pays du Sud est insuffisant au regard des différences de situation du marché du travail. Faute d’un différentiel de compétitivité favorable, les pays du sud de l’Europe n’ont d’autre choix que d’observer une forte rigueur salariale. En l’absence de coordination des politiques salariales à l’échelle de l’Europe, à l’image des politiques budgétaires, une revalorisation notable des salaires paraît ainsi illusoire à court ou moyen terme. Les pays de la zone euro partageant la même monnaie, l’ajustement des différentiels de compétitivité par les taux de change est exclu. Toute la pression repose sur les salaires.

Cette modération salariale constitue-t-elle un levier de productivité pour les entreprises françaises ?

Au-delà même de la France, les gains de productivité se tassent un peu partout dans les pays industrialisés, ce qui interroge sur la croissance potentielle de nos économies. En 2017, avec la forte croissance, les gains de productivité en France avaient connu une accélération et augmenté de 1,2 % contre une hausse tendancielle de 0,8 % ces dernières années. Mais sur les trois premiers trimestres 2018, leur progression est nulle. Parallèlement, les salaires nominaux augmentent peu et au 3ème trimestre 2018 les salaires réels sont même passés en territoire négatif, une première depuis 2012. La France pâtit notamment d’un positionnement industriel pas assez axé sur le haut de gamme et l’innovation, ce qui, contrairement à l’Allemagne, l’expose beaucoup plus en matière de compétitivité coût à ses principaux concurrents européens.

Les coûts salariaux français ne se sont-ils toutefois pas réduits ces dernières années ?

Après avoir décroché au début des années 2000, notre écart salarial avec l’Allemagne tend à se réduire depuis 2014, sous l’effet des politiques de dévaluation fiscale opérées sous le mandat précédent. Le CICE et le Pacte de responsabilité ont réduit le coût du travail de plus de 30 milliards d’euros et cette politique va être renforcée pour les bas salaires en 2019 avec la mise en place du 0 % cotisations au SMIC. Pour autant, la marque France ne parvient pas à gagner de parts de marché en Europe. Pour retrouver une position de compétitivité prix équivalente à celle de l’Allemagne, il faudrait encore dévaluer les prix en France vis-à-vis de l’Allemagne de 20 points. Or les écarts de dynamique salariale entre la France et l’Allemagne atteignent à peine un point par an. En l’absence de forte revalorisation de l’ensemble des salaires en Allemagne, les marges de manœuvre pour la France sont limitées.

Par la rédaction

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