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La Lettre des Achats - Mars 2019 N°280
Mars 2019

Management

Dossier

Enjeux 2019 : au pied du mur

Géopolitique : avis de coups de vent

Croissance moindre : quel impact sur les supply chain ?

Matières premières : faire face aux tensions

La politique environnementale chinoise entraîne des risques de pénurie

Témoignage

Philippe Babou - Directeur des achats groupe - A Raymond
« Certains fournisseurs sont en position de force et nous n’avons pas de marge de négociation »

Par la rédaction

Philippe Babou - Directeur des achats groupe - A Raymond

« Certains fournisseurs sont en position de force et nous n’avons pas de marge de négociation »

Le groupe familial équipementier automobile et industriel fait face à des tensions sur la chaîne de production du polyamide, un composant essentiel dans la fabrication de pièces automobiles. Retour avec sur la stratégie achats déployée pour limiter le risque de pénurie.

Percevez-vous des tensions sur certains marchés ?

En 2018, le montant des achats de notre groupe s’est élevé à 700 millions d’euros. Les principaux postes de dépense concernent les matières plastiques (et notamment le polyamide), le métal et les joints. Toute la chaîne de production du polyamide, qui représente notre plus grosse famille d’achat, est sous tension depuis 2018. Ce matériau est très utilisé dans l’industrie automobile pour fabriquer des pièces plastiques résistantes aux fortes températures, par exemple, comme les pièces utilisées sous le capot moteur.

Quelles sont les causes de ces tensions ?

Les grands fournisseurs de polyamide (BASF, Dupont, Arkema, Solvay et Evonik) n’arrivent pas à servir la demande mondiale car les investissements conduits ces dernières années n’ont pas suivi les besoins. Cette tension est aussi liée au fait que la production de l’adiponitrile (ADN), un des principaux composants du polyamide 6.6, est très insuffisante. Au niveau mondial, cette matière première n’est fabriquée que par trois acteurs mondiaux, alors que l’on en recense près de 18 sur le marché du polyamide.

Comment voyez-vous la situation évoluer dans les mois à venir ?

Ces fournisseurs ont lancé des plans pour augmenter les capacités de production mais nous nous attendons à subir des tensions sur ce marché pendant encore au moins deux à trois ans. Cela engendre invariablement des hausses de prix sur le polyamide. Les fournisseurs sont en position de force et nous n’avons pas de marge de négociation.
Par ailleurs, certains facteurs géopolitiques comme le Brexit ou encore la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, jouent aussi sur les prix et les taxes. Notre objectif est de garantir nos volumes au maximum afin que cela n’impacte pas les productions de nos 23 usines implantées dans le monde car nous sommes positionnés chez la plupart des fabricants d’automobile. Nos clients nous demandent d’être productifs, pour ne pas les freiner, et de continuer à réduire nos prix. C’est un gros challenge que nous devons relever.

Comment faites-vous pour limiter les risques de pénurie ?

Nous avons lancé un plan d’action en interne, dont je suis le coordinateur, pour travailler sur la sécurisation des matières premières sur la chaine du polyamide. Nous regardons notamment s’il est possible de substituer certains grades de polyamide. Nous étudions également la chaîne de valeur en amont pour essayer de trouver des alternatives. En 2018, nous avons d’ailleurs déjà commencé à remplacer certaines matières premières par d’autres. Pour chaque nouveau développement de produit, nous imposons désormais l’identification de deux matières premières : une principale et une alternative, ce qui permet de réduire notre niveau de dépendance et le risque de rupture d’approvisionnement.
Nous menons également un travail auprès de nos fournisseurs. Nous essayons d’être plus proches d’eux et d’instaurer une relation partenariale et fondée sur le long terme. Nous évitons de nous mettre en conflit, même s’ils nous imposent des hausses de prix. Au niveau des livraisons, nous les suivons à la semaine, voire au jour. Nous organisons également réunions de direction de haut niveau avec certains fournisseurs afin de travailler sur des stratégies partagées à long terme. Enfin, nous essayons de développer les doubles sources d’approvisionnement dans certains pays. L’an dernier, le groupe a d’ailleurs embauché des personnes pour gérer spécifiquement le double sourcing.
En chiffres
 A Raymond
Equipement automobile
Chiffre d’affaires : 1,2 Md d’€
Effectif : 7 000 personnes
Montant des achats : 700 M d’€
Effectif achats : 80 personnes

Par la rédaction

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