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La Lettre des Achats - Février 2012 N°202
Février 2012

Marchés

Les articles

Tendances 2012
Défis techniques pour l’e-achat

Fonctionnalités
Des enrichissements dictés par le terrain

Marketing/Communication
Une démarche orientée sourcing

Canal plus
Une stratégie achats spécifique pour chaque dossier

Par Thierry Parisot

Tendances 2012

Défis techniques pour l’e-achat

Cloud computing, mobilité, réseaux sociaux, décisionnel avancé… Tout en continuant à ajouter de nouvelles fonctionnalités et à travailler l’intégration entre les différentes briques de leur offre, les éditeurs d’e-achat doivent composer avec les grandes tendances technologiques amenées à bousculer les systèmes d’information en 2012.

Après avoir mis l’accent sur la consolidation de leur solution, en 2011, pour proposer une couverture complète et intégrée du processus métier, les éditeurs d’e-achat misent à nouveau sur l’innovation. Pas pour ajouter des fonctionnalités sophistiquées, souvent trop avant-gardistes par rapport aux attentes du terrain, mais pour intégrer des nouveautés apportant une réelle valeur ajoutée, notamment sur le plan technologique. Pour 2012, tous domaines de l’informatique confondus, les grands cabinets d’analyse (Forrester, Gartner, IDC, etc.) et les cellules de recherche de différents acteurs du secteur (Brocade, HP, IBM, etc.) ont identifié quatre thématiques clés : cloud computing, mobilité, social, big data. S’il faut y ajouter un certain nombre de nouvelles fonctionnalités opérationnelles, ces tendances de fond sont également en train de remodeler le marché des solutions d’e-achat. Tous leurs éditeurs, en tout cas, en conviennent.

Une évolution du SaaS vers le cloud computing


En matière de cloud, la percée est perceptible depuis plusieurs mois. Après avoir proposé une première approche SaaS dite « simple », à savoir l’utilisation de la plate-forme externalisée chez un tiers et le paiement d’un abonnement généralement mensuel, la plupart des éditeurs, partisans du mode hébergé, avancent en effet vers ce modèle qui consiste à proposer une offre SaaS en configuration « multi tenant » (partage du même socle logiciel), avec allocation de ressources techniques et logicielles à la demande, et paiement à la consommation, y compris en fonction du nombre d’utilisateurs. « Dans le contexte économique actuel, ils sont de plus en plus nombreux à utiliser leur environnement technique comme source de revenus supplémentaires, en offrant des services de cloud computing autour de leur progiciel », constate Philippe Tiennot, directeur France de Brocade. Tout comme BravoSolution ou Zycus, Ariba considère que la solution SaaS mise sur le marché il y a cinq ans était la première étape de son offre cloud disponible en standard. « Aujourd’hui, Ariba Commerce Cloud propose un espace collaboratif basé sur un réseau de 800 000 fournisseurs connectés à 1 600 donneurs d’ordres, et donnant accès en ligne à un ensemble de fonctionnalités partagées », détaille Patrick Chabannes, business development manager pour l’Europe du Sud chez l’éditeur américain.
Le cloud va un peu plus loin que le mode SaaS, avec un système entièrement automatisé d’adaptation de la ressource à la demande, en temps quasi réel.
« Ce modèle entièrement dynamique est clairement l’axe majeur de notre stratégie, explique Julien Nadaud, PDG de B-Pack. Nous estimons d’ailleurs avoir rattrapé notre retard sur des acteurs comme Coupa, et avoir pris de l’avance par rapport à nos concurrents historiques. Nous sommes notamment un des seuls éditeurs aujourd’hui capables de mettre en place des offres entièrement cloud sur des plates-formes régionales, aux Etats-Unis, en Europe et en Asie ». Capgemini propose une configuration similaire, autour de sa plate-forme d’e-achat IBX, de même qu’Oalia, qui dispose depuis la mi-2011 d’une infrastructure de « cloud privé » supportant toutes ses activités d’hébergement.
D’autres éditeurs visent plutôt le moyen terme, comme SynerTrade qui a placé le cloud dans son plan de développement pour 2012-1014. « Alors que le modèle s’applique à des solutions hautement standardisées, les directions des achats manquent encore de maturité pour aller dans cette direction, justifie son directeur général pour la France, Franck Le Tendre. Le cloud est une vraie tendance, mais qui se concrétisera avec l’arrivée des prochaines générations de SI achats, à l’horizon de trois ou cinq ans ». En outre, « si le modèle permet de démarrer rapidement les principaux modules d’e-achat et d’adapter leur utilisation aux variations d’activité, il fait encore peur aux entreprises en termes de sécurité, d’intégration aux systèmes existants, de personnalisation, de qualité de service et de possibilité d’optimisation du processus », ajoute Greg Iaquinto, directeur de la stratégie produit chez Emptoris, dont la version 9 lancée en octobre denier reste basée sur le mode licence

La mobilité, pour agir à tout moment et en tout lieu


La seconde tendance, qui pourrait d’ailleurs accélérer le développement du cloud, concerne la mobilité. Alors que les acheteurs sont davantage soumis à des contraintes de timing et que leur profil a beaucoup changé (nomades, internationaux, etc.), il devient nécessaire de leur offrir des outils pour agir à tout moment et en tout lieu. Considéré comme un gadget lorsqu’il était cantonné aux smartphones, ce thème a pris une tout autre dimension avec l’arrivée des tablettes. D’ailleurs, note Gérard Dahan, directeur de la communication et du marketing d’Ivalua, « il apparaît de plus en plus souvent dans les appels d’offres des entreprises en quête d’un outil d’e-achat, et nous ne pouvons plus l’ignorer ». L’intérêt varie évidemment selon les secteurs : dans le BTP, par exemple, où le processus achats est très décentralisé et géré depuis le terrain, la mobilité est devenue un enjeu. Il dépend aussi des traitements et des profils d’utilisateurs.
Chez Oalia, le pack technique SRM EveryWhere permet aux utilisateurs, qu’ils soient acheteurs ou fournisseurs, d’accéder depuis leur smartphone ou tablette iPad à l’ensemble des modules de la suite, partout dans le monde. D’autres, comme Greg Iaquinto, estime que « l’intégration de la mobilité dans les solutions d’e-achat est surtout déterminante pour accéder aux informations les plus récentes sur les fournisseurs, les contrats et les démarches de référencement, afin de pouvoir prendre les meilleures décisions depuis n’importe quel endroit lorsque cela s’avère nécessaire ». Un point de vue partagé par Bruno Pillon, directeur général de BravoSolution en France : « Proposer la construction d’une évaluation fournisseurs ou d’un appel d’offres sur un BlackBerry ou un iPhone vous positionne comme un éditeur à la pointe, mais reste assez éloigné de la réalité de l’acheteur. La vraie question concerne le type d’information à envoyer sur ces terminaux pour fluidifier le processus achats ». Sans oublier de tenir compte des problématiques d’ergonomie, puisque les mobiles redéfinissent l’interface utilisateur.
« Le paradigme est en train de changer, confirme Peter Sondergaard, senior vice-président de Gartner. Les écrans à base de fenêtres, de menus et de pointeurs seront remplacés par des modèles inspirés des smartphones et des tablettes, mettant l’accent sur le toucher, le geste, la voix et la vidéo ». Tous les éditeurs d’e-achat y travaillent, dans un souci de performance et de confort d’utilisation. « Dans le prolongement des applications mobiles, nous sommes en phase de mise au point d’une nouvelle ergonomie orientée «touch», qui fonctionne aussi bien sur tablette que sur le navigateur d’un poste de travail classique, explique Julien Nadaud, chez B-Pack. Nous pensons qu’une convergence des plates-formes va s’opérer d’ici 2013 ».

Une intégration progressive de fonctionnalités sociales


La situation devrait également évoluer du côté des réseaux sociaux, et plus globalement des échanges collaboratifs. « Les possibilités de communication et d’information autour des décisions d’achats sont devenues cruciales, explique Greg Iaquinto, chez Emptoris. Sans extensions sociales et collaboratives des solutions, il est impossible de progresser efficacement puisque les bonnes pratiques en matière de référencement et de contractualisation, par exemple, sont rarement historisées ». Même analyse pour Arthur Raguette, vice-président en charge du développement commercial chez Zycus, qui assure que « l’utilisation des technologies 2.0 dans les solutions d’e-achat facilite le partage d’idées et l’atteinte des objectifs métiers ». Selon le rapport d’IBM sur les tendances technologiques pour 2012, les trois principaux outils utilisés par les entreprises pour faciliter les échanges d’informations sont les espaces de partage de fichiers, les blogs et les forums. Avec des gains tangibles. « S’appuyer sur un forum pour gérer les contrats évite la multiplication des réunions et l’empilement des mails », illustre Dominique Dupuis, directrice de la recherche au sein du CXP, société de veille et d’expertise sur les progiciels. Qui considère toutefois que la principale nouveauté concerne l’évolution vers les réseaux sociaux d’entreprise. « La fonction achats commence à être concernée, avec la mise en place de réseaux, indépendamment des progiciels métiers, mais aussi l’intégration progressive de fonctionnalités dédiées dans leurs solutions par les éditeurs d’e-achat », explique-t-elle. Depuis plusieurs années, le « collaborative sourcing » permet déjà de partager dans un même silo l’ensemble des informations liées à un projet achats provenant des acteurs internes de l’entreprise ou externes, essentiellement les fournisseurs. « Avec le concept de réseau social d’entreprise, il est désormais possible de créer une communauté virtuelle où se rejoindraient toutes les parties prenantes, explique Gérard Dahan, chez Ivalua, l’ensemble étant lui-même connecté aux réseaux sociaux grand public afin de partager l’information avec d’autres interlocuteurs ».
Hubwoo revendique déjà une solution de mise en relation entre donneurs d’ordres et fournisseurs au travers d’un réseau que sa directrice des alliances et communautés, Maxine Thompson, compare à un « Facebook professionnel ». Et BravoSolution, un outil de partage collaboratif destiné à des communautés d’acheteurs, autour d’une même plate-forme d’e-sourcing : le BravoSolution Education Network. D’autres, comme B-Pack, commencent à se positionner.
« Le social est un sujet de travail incontournable, sur lequel nous travaillons depuis 2011. Si nous n’en sommes qu’aux prémices, nous avons déjà commencé à prévoir l’intégration de nos outils avec des plates-formes de collaboration fondées sur le principe des réseaux sociaux orientés business. Nous ferons de nombreuses annonces dans les prochains mois », promet Julien Nadaud.

L’arrivée du big data pour optimiser les décisions


En 2012, enfin, des avancées sont attendues dans la gestion des données : autour du concept de big data, c’est-à-dire des technologies décisionnelles appliquées aux grands volumes, et des aspects prédictifs. Comme l’indique Peter Sondergaard, chez Gartner, « l’information est le carburant du XXIe siècle, et les outils d’analyse en sont le moteur ». Seulement, explique Dan Vesset, vice-président en charge de programmes dans le domaine du décisionnel, chez IDC, « les effets combinés des technologies liés aux aspects sociaux et à la mobilité, la quête de performance, et les nouvelles solutions d’analyse décisionnelle modifient la façon dont les utilisateurs vont créer et exploiter les informations ». En cause : la quantité considérable de données à disposition des entreprises, venant d’environnements variés et hétérogènes, et leur complexité croissante en termes de contenus et de formats. Faute de puissance de calcul suffisante, Forrester estime que seuls 5 % des données en possession des entreprises, ou accessibles, sont exploitées. Comme toutes les fonctions, les achats sont évidemment concernés, principalement pour les données fournisseurs, issues de sources multiples.
L’enjeu du big data est double : d’une part, faciliter la collecte et le classement de cette masse de données, d’autre part, en tirer une analyse qui optimise la prise de décision. « Cette innovation constitue un moyen de développer de nouveaux leviers de performances, de nouveaux gisements de compétitivité », assure Jean-Baptiste Dézard, responsable marketing des offres logicielles et sectorielles chez IBM France, notamment dans le domaine du décisionnel, qui parle de rupture avec le modèle traditionnel. Preuve de l’importance du sujet, la plupart des acteurs de l’e-achat ont pris le train en marche. « Le big data est un sujet sur lequel nous avons déjà travaillé, et auquel nous continuons de nous intéresser techniquement, au travers de mécanismes d’accès aux données différents des systèmes de bases relationnelles », explique Julien Nadaud. B-Pack n’a pas encore sa propre technologie, mais est capable de mettre à disposition des outils tiers interrogeant ses bases, comme le font aussi ses concurrents.

L’intégration, les données maîtres et l’ergonomie restent cruciales


Anticipant le phénomène il y a cinq ans, SynerTrade a ainsi fondé son moteur de Spend Analysis sur la technologie QlikView. Et accompagne ses clients dans la construction de leurs systèmes décisionnels. « Alors qu’il dispose d’une quantité astronomique d’informations, souvent éparpillées, le directeur des achats doit pouvoir visualiser dans un entrepôt unique et structuré ses données commandes, factures, stocks, etc., explique Franck Le Tendre, chez SynerTrade. C’est ce que nous mettons en place pour Lufthansa, Carrefour ou Groupama, chez qui nous avons connecté plusieurs dizaines d’ERP et gérons plusieurs téraoctets de données ». Idem pour Perfect Commerce : « Il est clair que le déploiement de système pour le plus grand nombre – 90 000 utilisateurs finaux chez nos plus grands clients, combiné avec des catalogues contenant jusqu’à 1 million d’entrées – crée une opportunité d’analyse de la dépense avec une puissance et une précision inégalées, explique son directeur général Europe, Martial Gérardin. La recherche de progrès constants dans l’exploitation de ces grands volumes de données est un point clé de notre stratégie ». Dans le prolongement, le décisionnel achats intègre progressivement une dimension prédictive. Alors que les outils décisionnels se contentaient jusqu’ici d’expliquer des événements passés, ceux qui arrivent vont se concentrer sur l’analyse prédictive de données. Sur le terrain, les éditeurs constatent en tout cas un début de prise de conscience.
« Certains de nos clients commencent à intégrer la performance achat et les économies futures envisagées dans l’élaboration et le suivi budgétaire, cela afin d’anticiper et de communiquer au plus tôt leurs efforts de réduction de coûts », témoigne Eric Decarpentries, PDG d’Oalia. Mais franchir le pas n’est pas aisé. « Pour utiliser des données riches à des fins d’analyses prédictives, les organisations achats ont besoin de construire des «cubes» intelligents pour remplacer les modèles achats traditionnels et mélanger des informations issues de multiples systèmes », explique Greg Iaquinto, chez Emptoris. Pour autant, la plupart des éditeurs concernés se disent prêts. C’est par exemple le cas d’Ariba. « Notre moteur d’intelligence artificielle offre des analyses de dépenses tant rétrospectivement qu’en mode prédictif », décrit Patrick Chabannes. Désormais, le plus grand bouleversement est le passage au temps réel, pour analyser « à la volée » les flux de données alimentant les systèmes.

Toujours la simplicité et le confort d’utilisation


Au-delà de ces quatre grandes thématiques innovantes, plusieurs autres défis techniques vont continuer
à agiter le monde de l’e-achat. L’intégration, d’abord, notamment entre les différentes briques fonctionnelles, pour apporter de la fluidité et de l’homogénéité au sein des offres. Ensuite, le développement de connecteurs standards, pour relier les solutions d’e-achat aux systèmes connexes, particulièrement les ERP les plus répandus du marché. Troisième défi : la structuration des données maîtres (master data) et des référentiels, pour que le SI achats devienne le pivot en termes d’informations métiers. Enfin, l’ergonomie.
Si de gros progrès ont été faits, particulièrement dans les dernières versions lancées en 2011, la simplicité et le confort d’utilisation restent un enjeu permanent pour les éditeurs. « La commande en trois clics, par exemple, et le fait de retrouver un environnement de travail qui proposerait une méthode d’achat comme celle d’eBay, avec un moteur de recherche de type Google, sont très attendus », illustre Gérard Dahan, chez Ivalua. Hubwoo fait déjà mieux : « Nous avons adopté des écrans très explicites, sur le modèle d’Amazon, qui permettent de réaliser une demande en un seul clic », se félicite Maxine Thompson. On le voit, dans tous les domaines, l’innovation n’a pas de limites.


Par Thierry Parisot

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