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Publié le 27/04/2020 - Par Guillaume Trécan

Mathieu Huvenne (GRDF) : « Nous avons mis en place dès le 16 mars le paiement immédiat des prestations réalisées »

La direction des achats du spécialiste de la distribution du gaz a mis en œuvre toute une batterie de mesures pour soutenir ses fournisseurs et sous-traitants fragilisés par une chute drastique de ses commandes. Entretien avec Mathieu Huvenne, Directeur des Achats et des Approvisionnements.

Quelle part de vos activités est actuellement à l’arrêt ?

Au stade 3 du plan gouvernemental et à la suite de l’instauration de mesures de confinement, GRDF a pris des mesures pour assurer dans la durée sa mission de service public et se concentre exclusivement sur le maintien de ses missions essentielles, désignées par le « degré 0 », pour assurer la distribution du gaz et plus précisément pour maintenir un haut niveau de sécurité industrielle et fournir l’énergie de chauffage. Cela a eu un impact important sur nos activités de maintenance, qui sont réalisées en interne, mais aussi par des prestataires de services techniques pour à peu près 100 millions d'euros par an. Il y a eu aussi un impact sur les activités de travaux parce que nous avons réduit nos investissements.

Quelles mesures avez-vous mises en œuvre pour accompagner vos fournisseurs dans cette baisse brutale d’activité ?

Nous avons vécu un début de crise extrêmement fort, qui a eu un impact à la baisse sur nos fournisseurs dès le dimanche 15 mars et les premières mesures gouvernementales de confinement. Dans les jours qui ont suivi, nous avons mis en place un dispositif d'accompagnement pour les prestataires qui interviennent sur les activités de sécurité, des sociétés qui sont amenées à intervenir en urgence, avec des délais extrêmement contraints et dont nous ne pouvions pas nous permettre de perdre la disponibilité. Pour l'ensemble de la filière travaux et services techniques, nous avons mis en place dès le 16 mars le paiement immédiat des prestations réalisées. Environ 400 fournisseurs étaient éligibles à cette mesure et 300 en ont bénéficié. Nous avons également suspendu les pénalités pour d’éventuels retards de livraison ou incapacités à honorer des commandes ou des contrats pendant la période.

Nous avons également mis en place des mesures dédiées aux fournisseurs de matériel. Nous avons continué à passer des commandes à ceux qui souhaitaient maintenir le fonctionnement de leur usine et nous avons veillé à préserver un flux d’approvisionnements. Une fois que notre entité interne de logistique établie sur onze plateformes en France a été saturée, nous sommes passés à du stockage chez les fournisseurs. Aujourd'hui, cette situation a tendance à revenir à la normale parce que la plupart des entreprises de travaux publics réouvrent leurs dépôts et nos fournisseurs peuvent livrer nos commandes directement chez eux. Le fait d’avoir maintenu la sollicitation de notre filière industrielle à un niveau quasi normal nous évitera de faire face à des blocages au moment de la relance, sous l’effet d’un rattrapage brutal de nos commandes.

Quel type de factures sont passées au paiement immédiat ?

Cette mesure a concerné 12 700 factures pour un montant de 80 millions d'euros au total. Il s’agit de factures qui étaient à payer dans le délai de 60 jours, entre le 16 mars et le 16 mai. Nous avons déclenché des paiements immédiats, dont les virements ont été effectifs entre la fin de la semaine du 16 mars et une dizaine de jours plus tard sur les réceptions déjà réalisées. Tous les chantiers arrêtés ont également fait l'objet d'une réception partielle pour payer ce qui avait été engagé par les fournisseurs jusqu'à l’arrêt du chantier : tous les matériaux et toutes les heures de travail effectuées. Nous avons aussi accéléré la dématérialisation des factures pour éviter que ces factures ne subissent les délais de poste ou les délais d’enregistrement par notre unité comptable.

Comment la décision de déclencher ces paiements anticipés, dont l’impact sur la trésorerie du groupe n’est pas neutre, a-t-elle été prise ?

La qualité et la sécurité de la distribution du gaz en France implique un certain nombre de nos prestataires, nous étions donc obligés d’avoir cette réflexion. Notre stratégie d’entreprise repose en outre sur une forte capacité à investir et nous devons contribuer à préserver le panel de prestataires mobilisés par ces investissements. Enfin, GRDF contribue activement au plan de relance gouvernemental. Toutefois, il n’y aurait rien de pire que de mettre en péril GRDF en prenant cette décision, car nous sommes une pierre importante de l’édifice constitué par notre écosystème. Il fallait absolument que cette démarche soit parfaitement concertée avec toutes les entités de GRDF et prise au bon niveau. La décision du déclenchement de ces paiements immédiats a été prise par le directeur général de l’entreprise et c'est un dossier que nous avons mené conjointement avec le directeur financier. La direction finance et performance a notamment chiffré le coût associé à ces flux de trésorerie et s’est assurée de notre capacité à l’assumer.


La suite de cet entretien à lire dans La Lettre des Achats n°293 (mai 2020). A paraître.

Publié le 27/04/2020 - Par Guillaume Trécan

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