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Publié le 14/09/2020 - Par Guillaume Trécan

Marc Mortureux (PFA) : « Essayer de jouer le plus possible équipe de France »

Malgré le choc brutal de la crise, la filière automobile ne remet pas en question la trajectoire définie dans son contrat stratégique de filière en 2018. Unis au sein de la Plateforme de la filière automobile (PFA), constructeurs, équipementiers et sous-traitants semblent déterminés à affronter collectivement la crise économique, tout comme ils l’ont fait pour la crise sanitaire. Entretien avec le directeur général de la PFA, Marc Mortureux.

Dans quelle mesure la filière automobile est-elle unie face à la crise ?

Dès 2018, bien avant la crise liée au coronavirus, nous avons élaboré, avec la signature de notre contrat de filière, une vision partagée de l’avenir du secteur. Compte tenu de la transformation très rapide et profonde que connaît la filière automobile, notre première attente est d'avoir de la visibilité sur le futur. Nous avons pris le parti de nous organiser collectivement pour relever le défi de la transition écologique, la de la transformation digitale et des nouvelles mobilités. Nous nous sommes donné une trajectoire très concrète, avec des engagements forts, d'ici à 2022. Y compris en matière d’innovation, avec une feuille de route technologique qui vient d’être actualisée dans le cadre du Comité d’orientation de la recherche pour l’automobile et la mobilité (CORAM), autour de cinq grands chantiers d’avenir pour l’ensemble de la filière en France.

Y a-t-il des éléments de solidarité entre donneurs d’ordres et sous-traitants dans ce contrat ?

Ce contrat comprend deux éléments de solidarité. Le premier est le financement par les constructeurs du Fonds Avenir Automobile (FAA), dans lequel les deux constructeurs et BPI France ont accepté de remettre chacun 45 millions d'euros. Ces 135 millions d'euros sont de l'apport en fonds propres disponible pour aider à recapitaliser certaines entreprises lorsque nécessaire pour les aider à se diversifier, se repositionner, etc. Dans le cadre du plan de soutien automobile, PSA et Renault se sont à nouveau engagés à hauteur de deux fois 50 millions sur une première étape et potentiellement deux fois 50 millions sur une deuxième étape.

Le second est le financement d'un accélérateur automobile qui accompagne aujourd'hui une cinquantaine d'entreprises, PME et petites ETI, dans un parcours sur 18 mois à deux ans pour les aider à redéfinir leur stratégie et identifier des leviers pour gagner en compétitivité. Pendant le confinement, nous avons organisé avec BPI France des séminaires avec ces entreprises accélérées pour leur donner des informations sur la manière dont l’activité redémarrait. Ce sont des informations précieuses pour les fournisseurs.

Avez-vous travaillé à améliorer la communication entre clients et fournisseurs pendant le confinement ?

Face à la crise sanitaire, nous avons mis en place une gestion de crise au plus près des territoires associant grandes entreprises et PME, fournisseurs et sous-traitants via les fédérations métier, les ARIA et les pôles de compétitivité. Au départ, il s’agissait de relayer les mesures gouvernementales et de s'assurer qu'elles étaient mises en place au niveau des territoires.

Le 2 avril, nous avons adopté un pacte de solidarité et de bonnes pratiques au niveau de la filière. Nous avons obtenu de la part des grandes entreprises un certain nombre d'engagements pour créer les conditions d'un redémarrage de l'appareil industriel aussi coordonné que possible. Nous avons veillé au respect du code de performance et de bonnes pratiques, en particulier sur les délais de paiement. Nous avons également pu partager l’expérience que nos grandes entreprises avaient du redémarrage de leurs usines en Chine et ils ont mis à disposition de l'ensemble de la filière leurs protocoles en considérant que c’était du bien commun.

… et au moment du redémarrage ?

Globalement, le redémarrage s'est fait sans trop de blocages liés à des fournisseurs qui n’auraient pas pu redémarrer à temps. Une structure comme la PFA trouve tout son sens dans ce genre de périodes assez intenses. Travailler collectivement entre les constructeurs, les grands équipementiers et l'ensemble des fournisseurs a été très utile pour coordonner le redémarrage tout au long de la chaîne. Mais aussi, très concrètement, pour se comprendre. Un seul exemple : le constat a été très vite fait que les commandes informatisées, les EDI, n’étaient pas à jour ; ces échanges ouverts et informels ont permis aux fournisseurs de réaliser que cela ne découlait pas d’un manque de transparence des donneurs d’ordre, mais du seul fait qu’eux-mêmes avaient très peu de visibilité.

La question de la qualité de la relation donneurs d’ordres fournisseurs a-t-elle été mise sur la table ?

Tous les grands acteurs, constructeurs, équipementiers et toutes les fédérations qui composent la plateforme automobile (Fiev, Mécanique, Forge Fonderie, plasturgie, caoutchouc, carrosserie) ont signé une nouvelle charte d'engagement sur les relations entre clients et fournisseurs. Les donneurs d'ordres s'engagent à considérer de manière favorable l'offre de fournisseurs à partir de leur site français si cette offre est similaire à une offre hors de France en coût total. Nous allons travailler de façon prospective sur une méthodologie commune d’intégration du bilan CO2 global. Un travail est également en cours pour reprendre certaines des clauses des conditions générales d'achat.

Nous sommes dans un contexte très tendu, où toutes les entreprises sont fragilisées, les plus petites, comme les grands groupes. Les marges de manœuvre sont serrées, mais nous avons ouvert le dialogue autour des principaux irritants entre donneurs d’ordres et sous-traitants. L’idée étant d’essayer de jouer le plus possible équipe de France.

Comment le plan de relance s’inscrit-il dans la trajectoire de transformation que vous aviez déjà définie pour la filière ?

Dès le mois de décembre, avant même la crise sanitaire, nous avions alerté sur le fait que 2020 serait une année difficile pour l’automobile, avec des entreprises déjà fragilisées par l’accélération des transformations du secteur. Au moment de la crise, nous avons travaillé avec les pouvoirs publics pour élaborer un plan de relance équilibré entre soutien à la demande et soutien à l'offre avec cette conviction qu’il s’agissait de faire de la transition écologique un véritable levier de relance.

Nos entreprises ont déjà investi des dizaines de milliards d'euros pour aller vers cette transition et nous devons nous donner les moyens de la réussir. Nous sommes d’ailleurs plutôt en ligne avec la trajectoire que nous avions fixée dans notre contrat stratégique de filière. L’année 2020 est une année clef. Il fallait au moins doubler les ventes et nous sommes à peu près sur cette trajectoire aujourd'hui. Nous avions prévu 50 000 véhicules électriques en 2019 et 100 000 en 2020 et sur le premier semestre, nous sommes proches des 50 000, tandis que les ventes d’hybrides montent bien aussi.

Dans quel état sont les entreprises de la filière ?

Nous nous inquiétons du risque de défaillances d’entreprises. L’enjeu pour nous est d’anticiper pour voir quel type de consolidations intelligentes il faudra faire, comment préserver les compétences et accompagner la montée des talents de demain. Non seulement l’évolution des véhicules sur le marché entraînera des évolutions brutales et des surcapacités pour certains secteurs, mais nous ne retrouverons pas les volumes d’avant la crise Covid avant 2023 ou 2024. Nous cartographions actuellement les forces et faiblesses des acteurs des principaux secteurs qui composent la filière automobile en France : l'emboutissage, la forge, la fonderie, la plasturgie, le caoutchouc, l'électronique, le décolletage. Quelle est l’adéquation de l’offre par rapport à la demande ? Quelles sont les évolutions apportées et les facteurs clés de succès pour préserver des acteurs compétitifs ?

Menez-vous des réflexions communes autour de relocalisation d’activités ?

L’enjeu est moins de relocaliser, de fermer des usines pour les relocaliser, que de tout faire pour localiser en France les investissements autour des grands défis d’avenir. Il y a des investissements gigantesques à faire dans les dix ans à venir pour aller vers les véhicules électrifiés, les véhicules connectés de plus en plus automatisés, etc. et nous avons des atouts en France pour qu’une part significative de la valeur ajoutée de ces nouvelles chaînes de valeur soit localisée en France. C’est tout le sens de notre Feuille de route technologique et du Fonds R&D doté de 150 millions d’euros mis en place dans le cadre du Plan de soutien.

… et sur la nécessité de développer des fournisseurs sur des approvisionnements critiques en termes de souveraineté ?

Les batteries et l’hydrogène sont par exemple deux défis majeurs à relever. Pour une filière batterie, un partenariat public privé via un grand projet européen est indispensable. S’agissant de l’hydrogène, c’est un secteur complexe avec des enjeux de baisses de coûts et d’infrastructure, mais nous avons en France des acteurs avec de vrais atouts. Il est vital d’être présents sur ces deux technologies clefs de nature énergétique, si l’on veut figurer demain parmi les leaders de l’automobile et des mobilités du XXIème siècle.

Publié le 14/09/2020 - Par Guillaume Trécan

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