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Publié le 17/01/2021 - Par François-Charles Rebeix

Etude Agile Buyer CNA 2021 : les acheteurs, les fournisseurs, la Covid et eux…

Eude AgileBuyer CNA 2021 Eude AgileBuyer CNA 2021

Chaque année à cette époque, les consultants AgileBuyer restituent les résultats de leur enquête adressée aux adhérents du CNA. Les 682 répondants de l'édition 2021 donnent à nouveau quelques tendances pour les mois à venir dans les Achats. Sans surprise, réductions des coûts et relocalisations pointent en tête des priorités. La Covid est passée par là. Même si pour autant il s’agit de thèmes déjà rebattus dans les éditions précédentes.

C’est dur de devoir résumer en deux mots seulement ce qui va orienter le travail des organisations achats dans les mois à venir. Et pourtant... Les Achats ne peuvent que fonctionner à l’unisson des préoccupations ou des orientations – selon la gravité du moment - exprimés par leur environnement. Dans un contexte économique bouleversé par la pandémie, le recul général de l’activité ne peut qu’entrainer des contractions de la demande et donc des tensions sur les prix, pardon, sur les coûts... L’étude AgileBuyer traduit l’esprit du moment. Ainsi, pour 77% des répondants, la réduction des coûts apparaît comme une priorité. Fini le mouvement de baisse amorcé régulièrement depuis 2016 malgré “une rechute’ en 2019. Ou un signal faible que jamais les Achats ne renoncent à leur vocation... D’ailleurs, les auteurs précisent que dans certains secteurs comme l’automobile, ils sont 85% à faire de la réduction des coûts un impératif. D’ailleurs, le même jour où AgileBuyer dévoilait son étude, le groupe Renault présentait son plan « Renaulution » avec des annonces assez similaires. Pour faire court, le constructeur signe la fin de la course aux volumes (crise de la demande), la volonté de restaurer les marges et l’appel à contribution des fournisseurs (600 € de gains achats attendus par véhicule dès 2023).

D’un secteur à l’autre, des différences paradoxales

Le monde de l’automobile n’est pas une exception. La mécanique-métallurgie, l’aéronautique-défense, le tourisme et le transport avouent des objectifs similaires (84% des répondants). Sur les quinze secteurs d’activités identifiés, l’objectif reste largement majoritaire (au-dessus des 70% de répondants) pour les deux tiers d’entre eux. On peut noter encore que les secteurs Banques-Assurances (67%) et BTP (64%) paraissent moins focalisés. Derniers de la classe (si l’on peut dire), les répondants de la catégorie Services-conseil-formations même s’ils sont encore 57% à se concentrer sur les coûts. La ligne de partage semble aussi passer entre l’industrie et les services. Dans ces domaines, la part salaire domine et la prise en charge (mesures de chômage partiel) a sans doute permis de mieux (!) amortir l’effet de cette crise Covid. Une simple hypothèse, l’étude n’ayant pas développé. Il est aussi très intéressant de constater que les objectifs de réduction de coûts progressent plus fortement entre 2020 et 2021 (au-dessus des 10%) dans des secteurs d’activité comme le BTP (+22%), Banque et Assurance (+12%). L’automobile ne relève ses propres objectifs que de 9%. C’est un classement inversement proportionnel par rapport à la première question sur l’objectif prioritaire. Cela relève peut-être un écart de maturité, automobile vs BTP. L’effort de réduction des coûts est plus constant, plus dans l’ADN, chez les premiers tandis que les seconds perçoivent sans doute un retard mais le traduisent moins violemment. On se perd un peu en conjecture…

Mais la réduction des coûts ne figure-t-elle pas nécessairement, viscéralement, dans les objectifs des organisations Achats ? Poser ne serait-ce que cette question, c’est déjà y répondre. En se replongeant dans les études AgileBuyer précédentes, il n’est guère d’années où l’objectif de réduction des coûts ne figurait pas en haut du tableau : 90% des répondants en 2012, 77% en 2014 et 2015, 82% en 2016 et 2017, 72% en 2018 et de nouveau 75% en 2019… Cela fluctue mais toujours dans des proportions assez similaires. Alors avancer après que cet indicateur baissait régulièrement avant de remonter cette année, c’est vrai mais c’est un peu, comment dire, artificiel ?

Peuvent mieux faire

Plus intéressante reste la question de l’évaluation de la performance Achats par la direction des entreprises. En 2021, ce sont encore les économies générées qui emporteront la palme (59% des répondants). Contre… 55% des mêmes en 2020. Loin, très loin, d’un autre critère d’appréciation possible : la contribution au chiffre d’affaires (à son développement) qui ne recueille en 2021 qu’un maigre 10% des réponses, en recul d’un point par rapport à 2020, 11%. Au-delà, les items risques contractuels, contribution au cash, innovation, RSE, entrent pour très peu dans l’évaluation de la performance. Nous sommes là dans l’infinitésimal des Achats. Dommage. Sans doute des occasions manquées. Dérivons un peu : cette année, la priorité des entreprises sera plus que jamais les perspectives de chiffes d’affaires. Comment sécuriser les marchés existants, viser de nouveaux créneaux, développer de nouveaux canaux de vente ? Avec ce que la suppose le cas échéant de… nouveaux fournisseurs, prestataires et autres. Qui va oser les Achats dans ces conditions ? A nouveau dommage… Après, d’une étude à l’autre, on peut toujours mesurer la présence des Achats au sein des Codir/Comex des entreprises. Elle est en hausse, c’est indéniable : 62% des répondants en 2021 contre 55% en 2018. Pour autant, ce sont encore les attentes des dirigeants vis à vis de leurs Achats qu’il faut faire évoluer. Le retard n’est pas forcément là où l’on croit qu’il se trouve.

Mais reconnaissons aux organisations Achats une bonne dose de constance dans l’appréhension de leur mission. Certains parleraient de résilience… Ainsi, à la question, à propos de développement durable et d’empreinte carbone, 53% des répondants disent avoir des objectifs (alors même qu’ils ne seraient pas évalués sur ce plan ?), l’étude indique même que désormais le privé (51%) a rattrapé et dépassé le public (47%). En termes de contribution concrète à la stratégie l’action des Achats porte en premier sur l’empreinte carbone (58% des répondants), l’économie circulaire (37%), la territorialité (35%). Le handicap et l’insertion pointent plus loin pour respectivement 24 et 21% des réponses.

Perceptions divergentes

Voilà qui fait le lien avec la question des fournisseurs. Les Achats ont la maîtrise des risques gravée en dur sur leur feuille de route. Et leur mission n’’est pas exempte de fortes contraintes. L’étude a au fil des ans donné corps au concept de fournisseurs… tyrans quand la doxa populaire parle plutôt d’acheteurs tyranniques. C’est selon. Les fournisseurs tyrans imposent leurs contraintes aux acheteurs (ressources rares, tarifs, délais voire qualité, etc.). Ils étant 59% à le déplorer en 2019. Ils ne sont plus que 39% en 2021. Mais selon les secteurs, cette pression demeure dans la pharmacie (59%), l’automobile (58%) ou la mécanique-métallurgie (53%). Des secteurs d’activité eux-mêmes en forte tension, malmenés par leurs propres clients. En attendant, les effets délétères redoutés sont les augmentations de prix (85% des réponses) et la menace du défaut d’approvisionnement (75%). Heureusement, menaces et intimidations « ne font plus recette » (sic) et sont même en chute libre de près de 20 points. Les temps sont durs. La Covid a calmé les sens des uns et des autres mais a rendu plus prégnante encore la question de la gestion des risques. Le privé (77%) comme le public (59¨%) en ont fait un autre objectif prioritaire. Ainsi 81% des répondants ont renforcé leur surveillance.

Au premier rang des risques encourus figurent en tout cas les défaillances financières que pourraient subir les fournisseurs. Ils sont 31% des répondants à le redouter et plus encore selon les secteurs d’activité comme l’aéronautique, l’automobile, la mécanique-métallurgie et la pharmacie-santé, pour respectivement 53%, 52% 40% et 31%.des répondants. Heureusement, pour 66% des répondants le respect et/ou le pilotage des délais de paiement fournisseurs constituent un point incontournable de bonnes relations acheteurs/fournisseurs. Inquiétant quand même : ils ne sont que 26% à estimer avoir les outils suffisant pour évaluer la santé financière de leurs fournisseurs…

Les relocalisations plébiscitées

Ce sont maintenant les perspectives de sortie de cette crise qui peuvent faire débat. Tendance n°1 du moment : les relocalisations ! En 2014, l’étude de l’époque, dans la foulée du ministre Montebourg revêtu de sa marinière posait la question du « Made in France ». Las ! Il ne faisait pas recette. Sept ans (de réflexion) après, la donne a changé. Ils étaient 13% des répondants en 2014 à s’intéresser à cette question, ils sont 30% en 2021. Parmi les destinations envisagées, la France et l’Europe réalisent le même score : 77% des réponses. Avantages supposés : la sécurisation des approvisionnements (93% des réponses) puis (à distance) l’impact environnemental (51%), le temps de réponse au marché (47%) et enfin seulement la réduction des coûts. Difficile de sortir du triptyque : plus près, plus sûr, plus cher. Cependant, même si l’achat dans les pays à bas coûts n’a jamais été un objectif en soi pour les Achats (parce que toujours relié à des visées plus larges souvent dictées par la présence de l’entreprise sur des marchés lointains), cette année, le risque n’est pas exclu. Bien au contraire. Si 67% des répondants ne considèrent pas l’achat dans les pays à bas coûts comme un axe de travail, les réponses montrent des nuances selon les secteurs d’activité. Ainsi l’aéronautique-défense (30%), la mécanique-métallurgie (25%), l’automobile (24%) et même l’énergie et l’environnement (19%) envisagent accroître leurs achats dans les pays à bas coûts. Le risque de réputation avancé par certains comme moteur aux relocalisations risque d’être rattrapé par d’autres impératifs économiques. L’enjeu sera d’ailleurs moins les relocalisations d’activités disparues que la localisation de futures activités. Ce sera un des enjeux des investissements découlant du plan de relance qui finira par intervenir dans l’immédiat après-crise.

Emplois stables, outils en hausse

Daux mots encore à propos des ressources humaines comme de la digitalisation de la fonction. Les premières sont relativement stables (peu de turnover) pour 59% des répondants, la seconde avance fortement. L’étude nous dit que les Achats recourent d’abord aux outils collaboratifs à 74% tandis que l’automatisation des tâches (37%) et l’analyse des données (35%) progresse tout comme le recours aux places de marché (17%). Dans le détail, les Achats se servent de leurs outils pour du reporting (61%), du sourcing (55%), de l’appro (47%) ou encore du contract management (45%). Communication et RSE ferment la marche (22%).

Cette nouvelle mouture de l’étude AgileBuyer CNA, la dixième du genre (déjà), a le mérite d’exister. Elle anime tous les débuts d’année. Encore plus cette année, elle viendra rompre la morosité d’un énième couvre-feu sinon d’un nouveau reconfinement. Ses animateurs entameront un non moins traditionnel road show pour la présenter. Il n’y aura guère de sujets à controverse mais sans aucun doute des débats nourris. Tant mieux, les Achats feront parler d’eux. Un moindre mal.




Etudes AgileBuyer : leurs tendances Achats depuis dix ans en résumé.

AgileBuyer Tendances 2020 – S2 : quel destin pour les achats après les urgences ?

Agile Buyer Tendances 2020 – S1 : au revoir les cosy killers, bonjour les business partners ?

Agile Buyer Tendances 2019 : une supply chain tendue et des prix en hausse

Agile Buyer Tendances 2018 : des achats plus accommodants

AgileBuyer Tendances 2017 : contradiction entre innovation et massification

AgileBuyer Tendances 2016 : La réduction des coûts en première position

AgileBuyer Tendances 2015 : les achats restent sur les fondamentaux

AgileBuyer Tendances 2014 : Le made in France n’est pas tendance

AgileBuyer Tendances 2012 :le retour des coûts au premier rang des priorités

Publié le 17/01/2021 - Par François-Charles Rebeix

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