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La Lettre des Achats - Juillet-Août 2011 N°196
Juillet-Août 2011

Management

Publié le 28/06/2011 - Par Guillaume Trécan

Des acheteurs accaparés par L’opérationnel

L’observation du décalage entre les réponses des acheteurs et celles de leurs responsables hiérarchiques ne révèle pas de fracture profonde, mais une moindre prise en compte des perspectives de partenariat.
L’analyse comparée des réponses des 33 directeurs des achats et des 145 acheteurs appartenant à des entreprises de plus de 1 000 salariés révèle quelques décalages. Ainsi, il n’y a pratiquement pas de hiérarchisation en ce qui concerne les priorités des acheteurs dans la gestion de leur panel fournisseurs. Quatre missions figurent presque au même niveau : sécuriser les risques (66,9 %), identifier des partenaires (66,2 %), réduire le nombre de fournisseurs (65,5 %) et éliminer les situations de monopole (61,4 %).
Les directeurs des achats ont les mêmes priorités, mais l’une d’entre elles ressort très nettement en tête : identifier des partenaires, une réponse citée par 31 des 33 directeurs des achats représentant cet échantillon. Plus d’un tiers des acheteurs n’ont même pas mentionné cet objectif (33,8 %). Naturellement, leur niveau de responsabilité ne les positionne pas tous sur des missions à forte valeur ajoutée. Mais la connaissance du panel fournisseurs n’est-elle pas un des basiques de la fonction ?
De même, il est frappant de constater le retrait des acheteurs sur la question du management de la relation fournisseurs. En effet, si les deux tiers des directeurs des achats estiment piloter systématiquement (63,6 %) leurs relations fournisseurs et un tiers (36,4 %) le faire au cas par cas, pour les acheteurs, c’est l’inverse. 63,4 % d’entre eux le font au cas par cas et seulement 32,4 % systématiquement.

Un manque de formalisation à tous les niveaux


Pour ce qui est des freins à la gestion des relations fournisseurs, quel que soit le niveau hiérarchique, les avis se rejoignent : le manque de temps et un trop grand nombre de fournisseurs sont en tête. Les directeurs des achats sont aussi conscients que leurs équipes du manque de formalisation en interne, une proposition qu’ils citent dans 45,5 % des cas, contre 42,8 % pour les acheteurs. Il faut donc croire que si les choses méritent d’être précisées, ce n’est pas seulement au niveau du management du département achats, mais aussi de l’entreprise, puisque les patrons des achats eux-mêmes ressentent ce besoin.
Des précisions d’autant plus nécessaires pour garder le contact avec des acheteurs encore très focalisés sur les basiques. Ils placent en effet le respect des délais (77,2 %) en tête de leurs attentes à l’égard des fournisseurs, là où les ­directeurs des achats citent la réduction des coûts (87,9 %). Et alors que leurs responsables hiérarchiques font de l’innovation la deuxième exigence à l’égard des fournisseurs (84,8 %), elle n’est pour eux qu’en troisième position, à égalité avec la qualité (64,1 %).
Développer des partenariats fournisseurs, tout comme rechercher l’inno­vation, ne peut évidemment pas être la priorité à tous les niveaux du service achats. Néanmoins, les missions permettant de placer les achats dans des démarches de création de valeur ne peuvent relever de la seule responsabilité des directeurs des achats.
Plus préoccupés par les problématiques liées à la sécurisation des approvisionnements, les acheteurs seraient aussi plus sceptiques à l’égard des déclarations d’intention prônant une amélioration des relations fournisseurs sur le modèle du partenariat. Acheteurs et directeurs des achats ont perçu de la même manière les trois principaux changements dus au contexte économique actuel : objectifs fixés aux fournisseurs, durée des contrats et niveau de partenariat. Mais si les directeurs des achats citent en quatrième position les comportements (39,4 %), pour les acheteurs, cette place est prise par la communication avec les fournisseurs (31,7 %).
Les équipes achats partagent donc une vision cohérente à tous les niveaux de la chaîne hiérarchique en ce qui concerne leurs fournisseurs. Néanmoins, les motivations ne sont pas toutes aussi fortes, et de même qu’il paraît nécessaire de formaliser plus nettement les objectifs, il pourrait être utile de mieux les répercuter dans le calcul de la performance indi­viduelle des acheteurs.


Publié le 28/06/2011 - Par Guillaume Trécan

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