Publicité

Entretien

Actualité

Publié le 10/12/2021 - Par La rédaction

Bertrand Pouilloux (Enedis) : « Lors de nos Rencontres, nous avons invité le management des métiers. Cela signifie que les Achats parlent à toute l’entreprise. »

Bertrand Pouilloux, Directeur des Achats d’Enedis Bertrand Pouilloux, Directeur des Achats d’Enedis

Les 4ème Rencontres Achats d’Enedis organisées le 1er décembre s’adressaient à la fois aux 170 personnes de la direction des Achats et à près de 300 managers de l’entreprise. Pour Bertrand Pouilloux, patron des Achats, il s’agissait non seulement d’incarner le job mais aussi de montrer à l’entreprise que les Achats exercent bien le même métier au service de la performance. Des propos directs pour mettre en valeur les enjeux de transformation auxquels doit fait face le distributeur d’électricité.

Quelle est la portée du choix de faire intervenir la directrice Finances d’Enedis pour lancer ces 4èmes Rencontres Achats & Approvisionnements ? D’autre part, dans les chiffres présentés, il y a le montant des Achats et le montant des pertes, qu’est-ce que cela veut dire ?

Je suis rattaché à Corinne Fau, Directrice Finances, Achats, Assurances, membre du Directoire d’Enedis. Je ne suis pas au Comex mais j’y suis représenté, porté par elle. Son rôle, c'est ce qu'elle a dit dans son intervention, c'est d’assurer dans la durée le financement du distributeur que nous sommes et d’en contrôler sa performance financière. Nous évoluons dans un monde régulé et nous sommes financé par les tarifs d’utilisation des réseaux publics d’électricité (Turpe).

Quant aux chiffres sur les pertes, l'équation du distributeur est assez simple : lorsqu’un producteur nous fournit de l'énergie que nous distribuons, il y a toujours un delta. Ce que nous allons perdre notamment en échauffement sur les lignes, c’est ce que nous appelons les pertes.

Vous annoncez d’autre part un montant d’achats de 4 milliards d’euros. Que recouvrent-ils ?

Ce sont les achats tels que vous les connaissez pour permettre aux métiers de réaliser leurs activités. La direction des Achats et ses 170 acheteurs couvrent l'ensemble des dépenses de l'entreprise à travers quatre domaines : les travaux de construction et d’entretien du réseau électrique, les matériels électriques comme les compteurs, les poteaux, les câbles puis l'informatique et, enfin, tout ce qui est tertiaire et prestations intellectuelles. Toutefois, sur l’IT et le tertiaire, quand une massification est possible, nous nous arrimons sur les marchés du groupe. C’est le cas pour l’intérim, les flottes de véhicules par exemple. En revanche, nous traitons des achats tertiaires spécifiques au distributeur.

Lorsque la Présidente du directoire d’Enedis, Marianne Laigneau, a pris ses fonctions en février 2020, elle a évoqué un plan d’investissements de 69 milliards d’ici 2035 soit plus de 4 milliards par an. Est-ce qu’il entre dans votre périmètre ? Un défi pour votre organisation ?

Bien entendu, ces investissements entrent tout à fait dans le périmètre des Achats. Nous gérons de l’ordre de quatre milliards d’achats par an avec chaque année des investissements importants à réaliser, mais c’est leur nature qui va varier. Ainsi, le programme Linky – 35 millions de compteurs installés qui fait de nous le premier détenteur industriel d’objets connectés – s’arrête à la fin de cette année. Sur la période 2022-2024, ce sont d’autres sujets qui prennent le relais. Ce qui tire nos investissements aujourd’hui, c’est la transition écologique comme le raccordement de l’ensemble des producteurs d’électricité, notamment pour les modes en pleine croissance, éolien ou photovoltaïque. Le programme de raccordement représente une part importante de notre activité avec une trajectoire de 450 000 nouveaux points de production d’ici à dix ans.

L’autre programme qui se développe de façon importante, ce sont les bornes de recharge des véhicules électriques. Elles sont 35 000 aujourd’hui et seront plus de 100 000 d’ici à la fin de 2022. C’est tout un réseau à construire ou à adapter. Je vous laisse imaginer les contraintes en termes d’organisation, d’achats, de travaux, etc.

Vous avez évoqué, dans votre intervention, une montée en maturité de votre organisation Achats. Qu’est-ce que cela signifie ?

Ma philosophie, c’est d’incarner le job. Lors de ces Rencontres, nous avons invité le management des différents métiers de l’entreprise soit près de 300 personnes. Cela signifie que les Achats parlent à toute l’entreprise. Nous sommes des Distributeurs avant d’être des acheteurs. Je tiens à cette ligne. Je veux être une ressource pour les projets de l’entreprise. Quand un de nos 25 directeurs régionaux, qui est sur le terrain et exploite le réseau, exprime un besoin et appelle les achats, je veux que l’on y réponde, non pas en termes de process, mais concrètement. Nous devons être dans le business. Et lorsque je dis qu’un de mes enjeux, c’est d’être plus agile, à nouveau, cela signifie que je veux des acheteurs plus préoccupés de l’amont que de l’aval. Il faut que nous intervenions dans la construction de l’achat le plus en amont possible de l’émergence du besoin pour pouvoir le réussir parfaitement. Il nous arrive d’attribuer des consultations au prix remis. Si le dossier d’achat est bien construit, nous n’avons pas obligatoirement de négociation à envisager derrière.

Dans un autre registre, je suis un fervent défenseur du label Relations Fournisseurs et Achats Responsables qui converge avec la norme ISO 20400. Je suis très attaché au concept de relations soutenues dans la durée. C’est ce que nous intégrons dans le concept de l’entreprise étendue « Enedis et son panel de fournisseurs de travaux ». Nos activités opérationnelles s’appuient sur un panel, relativement stable, de fournisseurs de plus de 2 000 entreprises dont 1 800 TPE–PME réparties sur tout le territoire National. Ce n'est pas en remettant systématiquement en concurrence que l’on parvient à les fidéliser. Notre démarche s’inscrit dans la durée. Attention : je ne parle jamais de partenariat. Le socle de la relation, c'est le marché avec des clauses équilibrées. Le montant de nos investissements, c’est une trajectoire que nous partageons avec nos fournisseurs en toute transparence et en soulignant que les achats responsables s’entendent de part et d’autre du marché.

Mais face à un réseau de fournisseurs très spécialisés, avec un donneur d’ordres lui-même en position de force, comment faire de la performance ?

Une fois de plus, je parle plus d'animation de la filière que de mise en concurrence. Je veux disposer de panels suffisamment robustes, stables dans la durée pour pouvoir réaliser notre mission de service public. Un exemple : en 2020, nous avons mis au repos, du jour au lendemain, près de 3 000 poseurs Linky, 1 000 releveurs et quelques 1 800 TPE. A la demande des entreprises, nous avons produit, avec le niveau de réactivité attendu, des attestations hebdomadaires pour leur permettre de recourir au chômage partiel.

En phase de reprise, nous avons payé des surcoûts Covid à nos prestataires de travaux. Les conditions de travail n’étaient plus les mêmes. Les contraintes s’étaient alourdies. L’objectif, c’était de pourvoir relancer les chantiers aussitôt la fin du confinement.

Venons-en aux équipes Achats. Comment les faites-vous grandir elles aussi ? Est-ce le bon terme d’ailleurs parce que l’on peut imaginer qu’elles ont une bonne maturité ?

J’aime bien le mot grandir ! Parce que grandir, cela veut dire au moins s’adapter. Pour conclure notre journée, j’ai dit avoir au moins quatre chantiers. La qualité des relations avec les fournisseurs, nous venons d’en parler. La pénurie de matières premières et la crise des approvisionnements, ce qui suppose de renforcer la proximité avec les fournisseurs pour mieux anticiper leurs contraintes et leurs besoins. La diminution de l’empreinte carbone qui est un enjeu essentiel et bouleverse nos activités, nous l’avons évoqué. Et enfin, l’agilité des acheteurs.

Si un acheteur vient dans nos équipes pour faire de l’Excel et nous annoncer qu’il a gagné deux points sur un appel d’offres, c’est qu’il n’a pas compris ce que nous attendions de lui. Aujourd’hui, nous soumettons la plupart de nos achats en jurys techniques. Les entreprises de travaux viennent présenter leur organisation et leurs solutions devant les acheteurs et les représentants des métiers. Et au final c’est le métier qui évalue l’offre technique. L’acheteur garantit le process.

Comment abordez-vous, avec vos équipes, les enjeux bas carbones ?

Nous avons commencé par les acculturer et les former aux définitions Scope 1 (émissions directes), Scope 2 (émissions indirectes liées à la production) et Scope 3 (émissions indirectes liées aux apports extérieurs, les fournisseurs) et la prépondérance du scope 3 pour Enedis soit 70%. Nos équipes sont désormais largement sensibilisées à ces questions et capables de dire ce que nous réaliserons à court terme. Nous achetons sur quatre années (trois plus une). Autrement dit, ce que nous décidons aujourd’hui fera notre bilan carbone de 2025. Il y a une transformation qui s’opère et elle va s’accélérer.

Comment fait-on carrière aux Achats chez Enedis ? Vous privilégiez l’interne ou l’externe ?

Enedis, c’est une belle maison avec de vrais défis. Je la vends comme cela. Et en ce qui me concerne, j’ai un vrai bonheur à piloter cette équipe. Je pense que cela se voit et s’entend. En matière de recrutements, nous assurons notre gréement sur des ressources internes Nous privilégions notamment des profils de jeunes cadres qui ont au maximum quatre années dans la maison, qui connaissent les métiers, Nous les intégrons comme jeunes acheteurs, pour une durée limitée à deux mandats de trois ans sur différents segments achats. L’idée, c’est de leur permettre ensuite de retourner vers les métiers et être des ambassadeurs de la fonction Achats ! Nous recrutons souvent des profils qui n’auraient jamais imaginé travailler dans les Achats et encore moins sur les sujets que nous leur confions. Et les confronter, au cours de nos Rencontres, avec d’autres managers de l’entreprise ne peut que leur donner des idées pour continuer à grandir encore après les Achats !


PORTRAIT

Bertrand Pouilloux. Diplômé de l’École Spéciale des Travaux Publics (option Mécanique Électricité - 1986), il a effectué sa carrière au sein du groupe EDF et, pour une grande part, à Enedis, la filiale de distribution d’électricité. Il a notamment été Directeur Régional en Auvergne de 2012 à 2014. Il a occupé plusieurs postes à responsabilités en lien avec les achats. Il a ainsi été en charge des achats de travaux de réseaux pour la plaque Rhône-Alpes de 2001 à 2004. Il également été Directeur adjoint des achats du groupe EDF de 2014 à 2017. Il est depuis février 2018 Directeur des achats d’Enedis.


Les Achats chez Enedis

Publié le 10/12/2021 - Par La rédaction

Retrouvez la revue en format tablette

Apple store Google Play