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Publié le 02/02/2021 - Par Guillaume Trécan

Aurélien Rothstein (Engagement et Performance) : « Quand on a des acheteurs engagés, le client interne le reconnaît et cela se traduit forcément en performance »

L’ancien directeur achats d’Essilor crée une société de conseil spécialisée dans l’engagement des équipes. Un sujet qu’il a largement expérimenté à la tête d’une équipe achats internationales de 300 personnes dotée d’une forte culture de décentralisation.

Vous revenez vers le conseil après dix ans aux Achats. Quel est l’objet de la société que vous venez de créer ?

Engagement et Performance est une société de services dédiée au sujet de l’engagement des équipes, aussi bien dans les entreprises que le secteur public. Partout où il y a des équipes conséquentes et des organisations suffisamment larges il y a un sujet d’engagement. Notre rôle est de proposer à ces organisations du conseil, des concepts innovants et des outils de pilotage, pour prendre la main sur ce levier qui est un levier majeur de performance durable mais souvent peu ou pas piloté.

Pouvez-vous définir la notion d’engagement ?

Définissons déjà ce que cela n’est pas. Ce n’est ni de la motivation – que l’on a à un moment donné et qui peut disparaître –, ni de la satisfaction – mettre des babyfoots dans l’open-space ou organiser des petits-déjeuners gratuits peut apporter de la satisfaction, mais ce n’est pas ce qui fait qu’une personne va se donner à fond pour son entreprise. Pour faire simple, on reconnaît l’engagement selon trois critères : est-ce que l’on parle positivement de son entreprise à son entourage ; est-ce que l’on s’y sent suffisamment bien pour s’y projeter à long terme ; et enfin est-ce que l’on a envie de se dépasser et aller plus loin que la seule fiche de poste pour laquelle on a été embauché.

Comment avez-vous identifié ce sujet dans votre parcours aux Achats ?

Quand j’ai pris la direction des achats d’Essilor, à la tête de 300 personnes disséminées dans le monde dont 80 % ne me reportaient pas, dans un groupe avec une forte culture de décentralisation, j’ai dû faire face à une sérieuse problématique d’engagement. Pour embarquer toutes ces personnes derrière une communauté, un langage, une vision et des objectifs communs, il fallait trouver des solutions de management et de leadership.

Au même moment, vers 2014, j’ai commencé à m’intéresser aux « entreprises libérées » et j’ai identifié un certain nombre de leviers et de pratiques que j’ai pu tester avec mon équipe de direction. Nous avons par exemple institué des rendez-vous hebdomadaires d’une demi-heure de libre expression, mêlant des techniques de lean management et de management participatif ; nous avons désigné des Chief Ambiance Officers, (rien à voir avec les Chief Happiness Officers) dotés d’un petit budget à l’année pour mener à bien de manière autonome des initiatives variées permettant de créer un lien entre tous les membres de l’équipe ; nous avons mis en place une newsletter, un réseau social pour la communauté achat, etc… Toutes ces initiatives nous ont permis de développer de l’engagement et de créer cette cohésion d’équipe dont nous avions besoin. Elles ont aussi permis à l’équipe de direction de grandir en termes de leadership.

Leadership, communication, bien-être… sur quels leviers travaillez-vous avec Engagement et Performance ?

L'engagement a de multiples sources auxquelles chacun a sa propre sensibilité. Il provient rarement d'une seule initiative. Nous regardons donc l’engagement de manière globale et nous travaillons sur l’ensemble du spectre : sens au travail ; management ; relation aux autres dans une équipe ; bien-être et santé ; environnement et moyens de travail.

Le fait que l’Achat soit trop souvent perçu à travers la réduction des coûts en fait-il un métier plus souvent en quête de sens et dont l’engagement serait plus fragile ?

Quand j’étais directeur des achats, je me suis beaucoup battu pour faire comprendre que la performance – c’est-à-dire les savings – ne peut pas être une finalité. Les savings ne sont que le résultat d’un processus qui découle naturellement d’une façon de travailler avec ses clients internes et ses fournisseurs. Si l’on en fait une finalité, on voit apparaître des comportements déviants qui vont à l’encontre de l’intérêt de l’entreprise. La performance n’est que la récompense d’un travail et d’un engagement. C’est d’ailleurs vrai dans toutes les fonctions de l'entreprise.

L’autre notion à avoir en tête, c’est celle de la symétrie des attentions. Quand on fait attention aux collaborateurs, ils font attention à leurs clients. Quand on a des équipes achats engagées, le client interne le reconnaît et cela se traduit forcément en performance. Quand l’acheteur comprend ce pour quoi il travaille, qu’il est curieux, qu’il a envie de progresser, envie d’apprendre, le client interne va lui donner beaucoup plus d’information, des projets plus ambitieux et c’est là que la performance va intervenir.

Comment le choix de créer votre entreprise est-il intervenu dans votre parcours de carrière ?

Les Achats sont une fonction qui doit se renouveler très souvent. Il faut être extrêmement agile, rester toujours dans l’anticipation des prochains sujets de l’entreprise. En ce qui me concerne, je suis resté cinq ans directeur achats chez Essilor, j’ai fait mon cycle de transformation de la fonction. Avec le rapprochement avec Luxottica, il était important qu’une autre personne avec un profil différent reprenne le poste. Et puis il n’y a pas que les Achats dans la vie et ayant toujours travaillé dans des grands groupes, j’étais tenté par l’adrénaline de l’entrepreneuriat depuis longtemps… ce qui ne veut pas dire que je ne retournerais pas dans un poste de management dans un grand groupe à l’avenir.



PORTRAIT

Aurélien Rothstein (40 ans, Centrale Paris) a fondé le cabinet Engagement et Performance en septembre 2020 en s'associant avec Benoît Campargue, ancien champion et entraîneur olympique de l'équipe de France de judo, entrepreneur et créateur de l'association "Pass'Sport pour l'Emploi" avec le chef étoilé Thierry Marx. Il était dernièrement directeur des achats d’Essilor International depuis mars 2015, après avoir exercé les fonctions de responsable de la performance achats groupe. Avant de rejoindre Essilor fin 2010, il a travaillé dans le conseil, chez Accenture, comme Senior Manager Sourcing & Supply Chain. Il a passé au total dix ans chez Accenture. Aurélien Rothstein a par ailleurs participé à la création du mastère spécialisé Purchasing Manager in Technology and Industry de l’École centrale Paris, dont il a été le directeur.

Publié le 02/02/2021 - Par Guillaume Trécan

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